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 Le malade et les plantes

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Guenaël Kenan

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Localisation : Lorde-Gian
Messages : 496

MessageSujet: Le malade et les plantes   Jeu 1 Nov - 16:00

Les fleurs de la nuit.

La nuit. Lorde-Gian est endormie. Ses habitants vadrouillent dans leurs libres songes, s’abandonnant à leurs instincts les plus primaires sans se soucier de ce que cela pourrait engendrer. Et pour cause, cela n’engendre normalement rien dans le réel. La nuit est le moment que choisissent les âmes égarées pour faire ce qui leur est impossible de faire de jour, ils se voient riches après avoir atteint les hautes sphères de la cité, déambulant parmi les personnes importantes de la royauté. Ils se voient aimer celle qui habite leurs pensées le jour et qui les caresse tendrement la nuit. Car la nuit, lorsque l’on se retrouve à l’abri d’un lit aux draps réconfortants, on ose tout. C’est dans la nature humaine. Mais quand on ne rêve pas, quand l’on ne trouve qu’angoisses et terreurs entre des draps trop chauds, que fait-on ?
Ce soir-là, Guenaël ne parvint pas à trouver le sommeil. La venue d’Eyeha l’avait troublé et les évènements qui avaient suivi n’étaient pas ceux qu’il avait attendus. Il n’avait pas eu le contrôle de ses gestes et de ses paroles, il s’était retrouvé prisonnier d’un rêve éveillé. Ou peut-être était-ce un cauchemar ? Quoi qu’il en fût, l’homme n’arrivait pas à trouver le sommeil, et ce depuis plusieurs jours déjà, craignant de vivre à nouveau ce songe terrifiant. La crainte l’avait saisi. Tout était prétexte à apeurement. Alors, il avait fait installer une lourde poutre en bois en travers de la porte qui menait à la cours, qui devait empêcher tout retour de la belle. Il avait fait poser des verrous sur chaque porte de la maison et possédait un trousseau digne d’un geôlier où toutes les clés étaient présentes, ouvrant chacune des serrures qui devaient séparer la maison. Il avait peur de lui-même. Peur de ce dont il était capable une fois… Une fois que la bête se réveillait. Il toussa, provoquant une tempête sonore dans la pièce vide, qui les répercuta en échos. Son souffle était court. Il empoigna son inhalateur et inspira profondément le gaz qui dégagea ses poumons. Puis, d’un geste ample, il saisit sa boite de médicaments. Il fit glisser la plaquette et dégluti bruyamment.

Rien, rien, il n’y a plus rien là-dedans ! La plaquette est terminée. Par chance, il me reste encore une boite, mais tout comme les recharges gazéifiées de mon inhalateur que je venais de terminer, ça n’allait pas durer éternellement. D'autant que chaque venue d'Eyeha me coûtait très cher. Il allait donc me falloir trouver un substitut, et qui marche de préférence… Comment en trouver ici, dans ce monde paumé ? Ils ne connaissent rien à la médecine, ils ne connaissent rien aux maladies orphelines, et si, même sur Terre, on ignore ce que j’ai, je doute que je puisse trouver un remède en Eleris. Il faudrait que je retourne sur Terre. Mais je sais que Matthieu ne voudra pas. Je doute qu’il ait suffisamment confiance en qui que ce soit pour lui confier le livre et le laisser retourner sur Terre. Alors il faudrait bien que je commence par trouver quelque chose ici. Du moins, une chose était sure : Je ne trouverai rien chez moi. Je me suis donc habillé, enfilant un pantalon en toile, le plus sombre que j’ai pu trouver, et une chemise que j’ai cachée sous mon perfecto. La nuit, tous les chats sont gris, c’est bien cela ? Eh bien moi, je serai noir…
J’ai soulevé la lourde poutre qui tenait la porte de la cour fermée, et me suis faufilé par la trappe dans les souterrains du château de Lorde-Gian. Eyeha m’avait interdit de les emprunter. C’était peut-être dangereux, je prenais un risque, j’en étais conscient, mais ce risque était calculé. Car ça n’allait pas être en restant chez moi à attendre une crise qui me serait fatale sans inhalateur que je pourrai échapper à ma mort annoncée. J’ai descendu les marches qui conduisaient au réseau secret, et j’ai marché dans la direction qui me semblait être la bonne…

L’ombre noire de l’homme glissait à travers les lourds murs de pierre noire qui muraient les souterrains. Avançant avec précaution, il progressait tout de même rapidement, ne s’attardant à aucun moment, ne laissant pas le temps à une nouvelle crise de venir le frapper. Une sorte de course contre la montre, ou plutôt contre son propre corps, venait de démarrer. Qu’est-ce qui pourrait bien l’assaillir en premier ? Allait-il prendre les traits d’une bête ignoble, ou bien perdre pied et se retrouver le souffle coupé, ou bien encore sentir son cœur s’emballer jusqu’à ce qu’il lâche définitivement ? Heureusement, pour ce dernier cas, il lui restait une faible médication qu’il prendrait en cas d’extrême urgence uniquement, préférant économiser les précieux cachets.

Je ne voyais rien, l’horizon était aussi noir que la pierre qui creusait l’endroit. J’avais cependant remarqué quelque chose d’intéressant, et même du plutôt agréable, et c’était bien la seule chose agréable que je pouvais déceler dans ma malédiction. Être un Naüro me procurait une vision légèrement meilleure que celle d’un être humain normal. J’arrivais donc à distinguer l’architecture des lieux. Ce n’était pas comme si j’avais pu éclairer les couloirs avec ma lampe torche, qui n’avait plus de pile, mais c’était suffisant pour ne pas se cogner sur certaines voutes basses. J’ai cru errer des heures dans ces dédales, et ce fut peut-être bien le cas, mais quoi qu’il en soit, je suis finalement arrivé là où je voulais aller, et là où j’étais certain de pouvoir trouver les informations que je recherchais. Ne me demandez pas comment j’ai fait. J’ai simplement marché au hasard des tournants, prenant parfois un escalier s’enfonçant encore un peu plus vers les ténèbres, ou au contraire, remontant à la surface. J’ai poussé des portes, j’en ai parfois poussé qui ne m’avaient pas amené là où je voulais atterrir, mais finalement, j’y étais : La bibliothèque royale.

Les longues rangées de livres se dressaient devant Guenaël. Il y avait ici un nombre incalculable d’ouvrages qu’il pouvait enfin entrevoir après en avoir tant rêvé. Les couvertures, passant du mauve au vert écaille, du rouge carmin au cyan, parfois rigides, parfois plus souples, se mélangeaient dans un entremêlement de livres dont le classement demeurait énigmatique. Parfois, il tombait sur un libre intéressant, contant une légende chère au royaume, parfois, il tombait sur un livre de poésie. Mais rien sur la médecine. Alors, tournant sur lui-même, il chercha du regard, vainement, où il pourrait trouver ce qui l’intéressait.

Il y avait tellement de livres. Je n’en revenais pas. Et en même temps, il y en avait tellement que trouver un livre qui pourrait m’aider semblait relever du miracle. L’ordre de classement de tous ces ouvrages m’était inconnu et je ne comprenais pas comment l’on pouvait s’y retrouver, et trouver un livre. Alors, j’ai tout essayé. Etagère par étagère, rangée par rangée. J’ai inspecté tous les livres, vérifiant avec minutie qu’ils ne traitaient pas de médecine, en les reposant à chaque fois délicatement à leur place. Et plus je cherchais, plus j’étais censé me rapprocher de mon but, et plus je me sentais au contraire m’en éloigner, perdant peu à peu tout espoir de trouver remède à mes maux. Souvent, je m’arrêtais net, prêtant l’oreille au moindre bruit qui pourrait m’indiquer une présence à éviter. Là aussi, je pouvais remercier cette bête qui m’avait attaqué. Mon ouïe s’était affinée. Et dans une situation comme celle-là, cela se révélait des plus rassurants. Je savais que quelqu’un finirait par venir par ici. Les patrouilles devaient être courantes, et un fin bruit de pas m’indiqua que mon intuition ne m’avait pas trompé. Qui était-ce ? Je n’en savais rien, et je n’ai pas attendu de le savoir, j’ai précipitamment rangé les ouvrages qui se trouvaient devant moi et j’ai tenté de me dissimuler derrière une étagère, regardant avec angoisse tout autour de moi, cherchant avec attention celui qui venait perturber mes recherches…

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Siegfried Godart

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Localisation : Forêt de Kirigan
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MessageSujet: Re: Le malade et les plantes   Jeu 1 Nov - 17:08

Trop de pierres. Depuis trop longtemps. Je n'en peux plus. L'arrivée dans ce monde a été magique pour moi. Je crois que j'avais besoin de cette possibilité, de m'échapper, de fuir son souvenir, ces lieux, cette terre... tout ce qui faisait que j'avais sombré à cette époque. En quelque sorte, j'avais été sauvé par ce portail. Mais maintenant qu'un nouveau monde m'avait été offert, on m'enfermait dans ce maudit château avec tous ces gens certes charmants mais qui ne m'intéressaient pas quand toute une nature m'attendait dans cette forêt que nous avions quittée.

Nous sommes arrivés depuis plusieurs... jours? Semaines? Je ne sais plus. Je n'arrive plus à faire la différence entre ces gens qui m'ont accompagnés et les locaux. Non pas que je me souvienne de ceux qui ont traversé en même temps que moi. Il n'y avait que la finalité du projet qui m'importait, et Alexia, quelque part. Depuis, nous avons été autorisés à sortir une fois pour "visiter le Royaume". Il semblerait que ça n'ait pas réussi à l'un des nôtres. Encore une fois, peu m'importe. Si une personne a été attaquée, c'est que quelque chose a mal tourné dans l'organisation de notre expédition.

Cela me rappelle d'ailleurs l'un de nos voyages en Sibérie. Nous avions été envoyés pour étudier les particules qui avaient été relevées sur la carcasse de mammouth qu'un enfant avait déterré. Un nouveau groupe privé, qui ne s'y connaissait pas vraiment, et qui avait failli nous mener à notre mort. A l'époque, ç'aurait été une mauvaise idée, mais après... A ce moment-là j'y serais retourné de mon plein gré dans cette expédition foireuse.

Tout ce que j'ai réussi à tirer de ces autochtones, c'est l'emplacement de leur bibliothèque et un début de langage. Il me rappelait d'ailleurs vaguement quelque chose... Un souvenir flou d'un livre lu enfant? Non, jamais mes parents ne m'auraient laissé lire quelque chose qui n'avait pas de rapport avec les études. Cela dit, j'ai déjà feuilleté certains de leurs ouvrages et j'ai réussi, grâce à l'aide de... quelqu'un, je ne sais plus qui, à comprendre les fondamentaux de leurs écrits.

J'ai l'impression de me retourner dans ce lit trop mou depuis des heures. Ce n'est pas sans me rappeler une chanson que j'ai entendu il y a longtemps, à la radio. Les paroles donnaient quelque chose comme "j'ai pas sommeil et pourtant la journée était raide". Et elle l'avait été, croyez-moi. Des gens, encore des gens, toujours des gens, et cette pierraille, ces tentures, ces tapis, ce plafond... A peine une once de vert ou de bleu aperçu par la fenêtre. De quoi déprimer n'importe quel homme, et plus encore quelqu'un épris de liberté comme moi. C'était ce que me disait toujours Alexia. Que j'étais trop impatient, trop têtu, trop... rebelle selon ses mots.

D'un tour sur moi-même, je roule au bord du lit et m'en extrais, tirant rageusement la courtepointe. Même cette chambre me rappelle ce que j'ai voulu quitter. Décidément, ce soir, les cauchemars sont à la fête. Du bout des doigts, je tire sur les mèches oranges trop longues. Soit nous sommes partis depuis plus longtemps que je ne le croyais, soit j'ai raté mon dernier rendez-vous chez le coiffeur. La deuxième option semble la plus probable, aussi ne puis-je que passer les lunettes de protection qui intriguent beaucoup nos nouveaux hôtes, et dont l'élastique retient ma tignasse efficacement, dégageant mon visage et me permettant de travailler sans être gêné.

Dans le capharnaüm que cette chambre arrive à devenir entre le passage de deux serviteurs, je cherche les vêtements confortables et familiers avec lesquels je suis arrivé. J'enfile donc le pantalon cargo, le t-shirt et les chaussures de trekking qui me protègent du froid glacial de la pierre avant de me pencher à la fenêtre pour prendre une grande inspiration d'air pur. Puis, d'un pas rapide, j'écarte la porte de mon passage et me dirige vers le seul autre endroit familier où je peux me détendre quelque peu.

La Bibliothèque Royale me rappelle, par certains côtés, la BNF et mon passage de thèse. Une certaine impression de titres ronflants et d'ouvrages que personne ne feuillette, même ceux qui les ont écrits. Cela dit, c'est un lieu particulièrement magique, dans le sens où sa beauté me transporte malgré tout, la chaleur de ses décors, l'exotisme des bois utilisés que je n'ai de cesse d'étudier... J'en ai même prélevé un échantillon, discrètement, afin de pouvoir l'identifier avec certitude après avoir enlevé la laque qui le couvre.

Je suis enfin devant la porte, une lanterne sourde à la main. Je pousse le battant qui grince légèrement avant de me céder le passage et les senteurs de vieux cuir, de parchemins et de cire flottent jusqu'à moi, m'invitant, m'attirant. Les yeux presque fermés, oublieux de tout ce qui n'est pas cette pièce, j'entre, avant de me diriger vers une étagère que l'on m'avait indiquée plus tôt dans la journée. J'ouvre grand les battants de la lanterne, dont la lumière pare mes cheveux de reflets flamboyants, avant d'apporter sur une des grandes tables de travail tous les ouvrages qui pourraient m'intéresser, traitant de la faune et de la flore locales. Comme à mon habitude, je les étale autour de moi dans un ordre qui m'est propre et semble obscur à pratiquement tout le monde.

Effectivement, comme l'avaient dit... je ne sais plus qui... ces livres sont très intéressants. Passionné, plongé dans cette étude, j'en arrivais à oublier tout ce qui n'était pas la biologie, comme quand je travaillais, comme à l'époque de Sarah, comme toujours...
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Guenaël Kenan

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Localisation : Lorde-Gian
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MessageSujet: Re: Le malade et les plantes   Ven 2 Nov - 23:14

Les fleurs du Mal.

Dissimulé par les grandes étagères de bibliothèques vomissant leurs ouvrages lourds de connaissances, caché parmi les ombres d’une faible bougie esseulée, Guenaël tentait de reprendre son souffle qui venait de s’emballer. Il essayait vainement de se calmer, rallongeant progressivement les durées respectives de ses inspirations et expirations. Mais rien n’y faisait. Il sentait ses poumons s’atrophier, sa trachée se rétractait au contact de l’oxygène, ne laissant passer qu’un mince souffle salvateur jusqu’aux poumons qui en extrayaient difficilement les molécules vitales. Il serra le poing, luttant comme il le pouvait contre sa mort impalpable, plaquant sa main contre son cou dans un réflexe animal qu’il ne comprit pas. Il lutta encore quelques instants, débattant les jambes dans un silence mortel, sifflant un souffle qui se perdait dans les étagères silencieuses. Guenaël tenta de combattre sa peur. Sa peur que quelqu’un qui lui veuille du mal ait pénétré dans la pièce. Dans un effort qui avait rassemblé toutes ses forces restantes, il se retourna, fixant, hébété, la source lumineuse.
Sur une petite table de travail était posé un garçon, plutôt fin, à l’épaisse tignasse rousse qui lui dessinait une crinière, qui ne tenait que par l’élastique de lunettes remontées sur le dessus de son crâne. Sur la table, Guenaël put distinguer plusieurs ouvrages ouverts, déballant leur lot d’information. Une petite lanterne, posée sur la table, illuminait tant bien que mal les livres vomissant de papier et la face passionnée du garçon qui faisait voyager ses yeux d’une phrase à une autre à une vitesse folle, griffonnant sur le papier notes et schémas. En partie soulagé, Guenaël sentit son rythme cardiaque reprendre une allure normale et son souffle retrouver son calme. Cela ne se fit pas sans tressaillements, mais il parvint à se calmer, se laissant lentement glisser contre les étagères.

Putain, j’étais passé tout près. J’ai bien cru que cette fois-ci serait la bonne. Je suis resté quelques instants allongé contre la bibliothèque, reprenant lentement mes esprits, remettant au clair mes pensées. Je n’avais toujours pas trouvé ce pour quoi j’étais ici, et maintenant qu’il y avait quelqu’un, je devrai changer de tactique. Néanmoins, je savais que la fuite n’était pas une solution. La mésaventure que je venais de vivre s’était trouvée sans conséquence, mais cet avertissement me montrait que la prochaine fois, peut-être ne m’en tirerais-je pas à si bon compte. Je me souvenais du rouquin qui était attablé. Son visage ne m’était pas inconnu, je savais qu’il avait participé à notre expédition. Sinon, comment aurai-je pu le connaitre ? Cependant, je n’arrivais pas à me souvenir de sa fonction. Je me retournais sur le ventre, mon souffle créant un peu de buée sur le parquet de bois noble qui couvrait le sol de la pièce. Quand j’eu finis de reprendre mes esprit, je me suis relevé, tentant de regarder plus attentivement ce que l’intrus faisait. Je me plaquais contre la bibliothèque, me rapprochant de lui furtivement. Mes talents n’étaient pas exceptionnels dans cet art, mais le rouquin, totalement absorbé par sa tâche ne me remarqua pas. Arrivé à bonne distance, je pu enfin poser mon regard sur ses travaux.

La lumière faiblarde qui s’échappait de la lanterne sourde du rouquin insomniaque ne permettrait pas à des yeux standards de pouvoir lire ce qui était écrit sur les feuilles griffonnées de dessins et d’informations incompréhensibles, mais le sang animal qui coulait dans les veines du Guenaël lui donnait une excellente vue. Ce dernier prit une gigantesque inspiration sous la surprise qui venait de lui sauter aux yeux.

Ce mec travaillait sur les herbes médicinales ! Nom de Dieu, je n’en revenais pas. C’était quelque chose qui tenait du miracle, ou du destin. Je n’en savais rien, mais je me sentais bien. C’était le botaniste de l’équipe, c’était l’amoureux des plantes. Et on ne me fera pas avaler qu’il ne s’y connaissait pas en phytothérapie… Il devrait bien avoir un remède, ou connaitre quelques plantes qui seraient un substitut naturel à mes maux ! Je devais aller lui parler. Même s’il ne m’avait pas eu l’air loquace, même s’il avait eu l’air décalé par rapport au reste de l’équipe expéditionnaire, j’en étais certain, ce mec ne m’ignorerait pas. Je lui expliquerai mon problème et nous pourrions trouver ensemble une solution. Moi je connaissais les symptômes. Lui connaîtrait les remèdes.

Toujours alerte, toujours méfiant, Guenaël passa sa tête à la lumière, s’approchant doucement de son but. S’il avait pu se voir à ce moment précis, probablement aurait-il eu peur de sa propre mine, ravagée par les efforts qu’il venait de déployer et par sa santé qui lui creusait le visage, laissant son front humide de sueur dégoulinante, s’écoulant jusque dans son cou tapissé d’une barbe mal rasée. Ses yeux tirés, supportant de lourdes valises soulignant son regard blafard et fatigué, étaient injectés de sang, quelques vaisseaux sanguins ayant cédé sous le poids de l’intense effort de survie dont il avait fait preuve. Haletant, la bouche entrouverte dans le but de capter le maximum d’oxygène qu’il pourrait et ses cheveux emmêlés les uns dans les autres formant une crinière difforme, il s’avança précautionneusement, apparaissant enfin de tout son être dans le rayonnement de la faible lumière posée sur la table de travail. Ses pas mal assurés trahissaient une nouvelle crise…

Je sentais ma trachée se raidir, mes tympans battre une mesure anarchique et tambourinant contre mon crâne qui criant au supplice. Un capharnaüm indescriptible se jouait dans ma tête. J’aurai préféré que ce soit un concert de Bad Religion, mais à mon grand désespoir, je n’étais pas dans une fosse remplie de punks où se déversaient des hectolitres de bière, et il n’y avait ni scène, ni musicien. Ce tapage cacophonique résultait bien des prémices d’une nouvelle attaque. Titubant, je me suis rattrapé tant bien que mal à l’étagère qui me supportait et qui m’avait dissimulé quelques instants auparavant. A mon contact, le bois trembla un court instant, attestant de la masse qui venait de s’abattre contre lui dans un laisser-aller coupable. Pour la discrétion, c’était raté… Je soufflais comme un taureau en rut, je laissais de fins sifflements percer l’air ambiant pour venir s’écraser dans ce qui me semblait être un écho dans toute la pièce. Mes jambes tremblaient, mes mains étaient tétanisées sur le bois solide, s’agrippant comme elles pouvaient pour ne pas laisser mon corps s’écraser au sol comme un engin en perdition. J’ai fermé les yeux sous la douleur que m’envoyait mon cerveau et qui agitait tous mes membres comme un seul homme. Je les sentais, ces fines perles de sueurs qui s’écoulaient le long de mon visage. J’ai plongé ma main dans la poche de mon perfecto, y saisissant maladroitement la tablette salvatrice. Me laissant finalement tomber, à bout de force, le long de l’étagère, j’ai réussi à percer l’une des capsules qui libéra son précieux contenu. Puis j’ai rapidement gobé la pastille qui vint se dissoudre sur son palet, libérant ses molécules dans mon organisme. En espérant que cela marcherait…
Les yeux toujours clos, j’ai senti les battements de mes tympans se calmer, sans pour autant cesser, m’accordant le répit nécessaire pour que je relève la tête et rouvre mes paupières, posant mon regard cadavérique sur l’homme qui se tenait assis, quelques mètres plus loin…

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Siegfried Godart

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Localisation : Forêt de Kirigan
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MessageSujet: Re: Le malade et les plantes   Dim 4 Nov - 14:59

Ces livres sont très intéressants. Je ne comprends pas tout, bien évidemment, mais le nécessaire m'est fourni. J'ai d'ailleurs réussi à trouver un dictionnaire entre le liléen et le "vieux françois". Heureusement que mes parents m'ont suffisamment noyé sous les vieux ouvrages pour qu'il me soit utile. Il était perturbant de voir que je ne pouvais pas vraiment me reposer sur mes acquis, car un certain nombre de plantes physiquement semblables à celles que je pouvais trouver sur terre n'avaient absolument pas le même effet. J'en ai un peu discuté avec un apothicaire que j'ai croisé et à qui j'ai tenu la jambe pendant une éternité avant qu'il me renvoie dans mes pénates.

Mon carnet se remplit à vue d’œil. Déjà j'ai aperçu quelques plantes dont les effets s'approchent d'un remède dont m'a parlé un sage, considéré comme un chaman par sa tribu d'Amazonie. Quelque chose de très puissant mais d'assez dangereux, qui pouvait soigner les... Subitement, je relève la tête. J'ai cru entendre un bruit sourd contre une des lourdes bibliothèques. Je fronce les sourcils, tournant la tête en direction du son. Je hausse les épaules, retournant mon regard azur sur mes livres, lorsqu'un sifflement traverse l'air une fois, deux fois... C'est une respiration difficile. Damnation.

Avec un soupir, j'attrape ma lanterne et marche rapidement dans cette direction. Je ne suis pas médecin, bien entendu, mais si je peux faire quelque chose pour l'aider... Je ne tue pas d'animaux, ça n'est pas pour laisser mourir un être humain quand je pourrais peut-être le sauver. Secouant la tête face à ma propre faiblesse, j'aperçois enfin une forme vague allongée par terre. En m'approchant, je réalise qu'il s'agit d'un homme. Peut-être me dit-il vaguement quelque chose, oui, mais j'ai rencontré tellement de gens, et très honnêtement, aucun ne m'a vraiment marqué jusque-là... Il a l'air de s'être quand même un peu calmé, et j'aperçois une plaquette de médicaments à côté de lui, à portée de sa main.

Je pose la lanterne de façon à ce qu'elle m'éclaire suffisamment, puis j'aide l'homme brun, plus grand et plus lourd que moi à s'adosser contre une autre armoire. Je n'ai pas particulièrement envie qu'il avale sa langue pendant que je l'examine. Rapidement, je ramasse la plaquette pour lire le nom du médicament. Je suis loin d'être un Vidal ambulant, mais je sais que ceux-là traitent les insuffisances cardiaques. Clairement, c'est un membre de notre expédition, et je doute que si Matthieu avait su dans quel état il était, il l'aurait autorisé à nous accompagner. D'un haussement de sourcil, je me résigne à plaquer mon oreille contre sa poitrine, espérant qu'il n'essaierait pas de parler, lui collant mes mèches rousses un peu trop longues sous le menton.

Les battements de son cœur restent irréguliers mais au moins ils sont forts. Avec un soupir, je m'appuie sur mes talons, un peu gêné par mes chaussures du trekking trop rigides, avant de croiser ses yeux injectés de sang. Je prends cette fois véritablement le temps de le détailler. Il a l'air mal en point, son souffle est un peu court, il transpire abondamment et, à l'odeur, je dirais bien qu'il ne s'est pas lavé depuis au moins une semaine. Il est aussi mal rasé et ses cheveux sont complètement emmêlés. Vraiment, ce que la maladie peut faire aux gens parfois... Alexia aussi commençait à ressembler à ça, vers la fin, quand elle avait abandonné.

Avec un grognement, je réajuste mes lunettes avant de prendre la parole de cette voix un peu grave qui surprend parfois mes interlocuteurs:


"Vous êtes vraiment en sale état. Je ne vous demanderai pas ce que vous faites ici en plein milieu de la nuit, je n'ai pas plus de justification, par contre, à ce rythme-là, vous ne tiendrez pas longtemps. Et votre plaquette arrive à terme..."

Très honnêtement, ce n'était vraiment pas à moi de lui faire la morale, alors que je m'étais jeté dans cette aventure justement d'en l'espoir de ne pas en réchapper. Après tout, peut-être avait-il le même sentiment à l'époque. Avec un nouveau soupir, je reprends la parole:

"Et sinon... Vous êtes qui déjà?"
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Guenaël Kenan

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MessageSujet: Re: Le malade et les plantes   Ven 16 Nov - 11:54

Une aide fleurie.

La respiration de l’homme s’était calmée. Son rythme cardiaque avait repris un tempo plus régulier malgré les quelques saccades qui animaient toujours son corps immobile. Guenaël sentait les perles de sueur couler sur son visage, une douce humidité rafraichissant ses traits asséchés. Il releva la tête pour permettre au rouquin de planter son oreille sur son torse. Un peu surpris, il ne chercha pas à l’écarter et écouta simplement les paroles de l’homme. Il avait l’impression de se faire materner. S’il était ici, c’est parce qu’il devait se trouver en ces lieux. Si Matthieu lui avait demandé de venir, conscient de ses problèmes de santé, c’est qu’il avait sa place en Eleris. Et il n’avait aucunement besoin que l’on lui dise ce qu’il avait à faire, encore moins venant d’un jeunot. Guenaël fourra sa main dans sa poche, farfouillant à l’intérieur pour en sortir un petit paquet de tabac.

-Je sais que ma plaquette… Arrive à terme. Et je sais aussi… Que si je ne trouve pas une solution, je vais clamser. Alors ne viens pas… Pas me les briser… Avec tes réflexions stupides. Le souffle court, Guenaël prit une grande inspiration, reprenant un peu d’aplomb. Plusieurs allers retours d’oxygène plus tard, il reprit la parole, se présentant à son interlocuteur. Guenaël… L’historien, tu me remets pas ? Toi t’es l’botaniste. J’ai plus ton nom en tête, mais j’ai une bonne mémoire, j’me souviens de toi.

J’ai sortis mon paquet de tabac et l’ai ouvert, faisant glisser le paquet de feuilles au dehors. Dans un bruit de papier plissé, j’ai extrait une feuille de gomme et ai plongé ma main dans le paquet de tabac pour en ressortir une pincée que j’ai disposé sur la feuille. En trifouillant de nouveau dans ma poche, j’en ai sorti un petit sachet d’herbe que j’ai ajouté sur le tabac. C’est surement pas très catholique, mais c’est la dernière médecine que je connais pour mon mal, alors je ne vais pas faire de chichi. J’ai fini de rouler mon médicament et l’ai porté à ma bouche, sortant un briquet pour l’allumer. Après plusieurs inspirations, laissant la fumée emplir mes poumons, j’ai senti mon souffle retrouver sa normale, mon cœur suivant tranquillement le rythme.

-Mon dernier remède…Dit-il avec un petit rire.

L’épaisse fumée nacrée emplissait peu à peu l’atmosphère tandis que Guenaël aspirait et recrachait les gazes qui émanaient de sa cigarette. Au moins cela avait pour effet de le calmer et de stopper ses crises. Il releva la tête vers l’homme, le toisant un instant, avant d’annoncer solennellement :

-J’aurais besoin de toi… De tes services.

Guenaël n’aimait pas la tournure qu’avaient pris les évènements. Il se retrouvait dans le rôle de l’assisté quémandant de l’aide, comme un chien pour un os juteux. Mais cet os-là pouvait lui couter la vie. Son naturel solitaire devait bien se taire à présent, sa vie en dépendait.

Il désigna de la tête la plaquette que le rouquin tenait encore à la main.

-J’m’y connais pas, mais toi tu sais peut-être… Les molécules utilisées dans ce médoc, on doit pouvoir trouver des substituts dans la nature, même ici non ?

Je n’étais vraiment pas sûr de moi. Et la possibilité d’une réponse négative me terrorisait. Mine de rien, je pouvais jouer au dur, mais j’avais pas envie de crever ici. Et ce gars-là pouvait bien avoir la réponse et pourrait se révéler salvateur. Je tirais une nouvelle bouffé de tabac que je recrachais en tournant la tête à l’opposé du rouquin. A chaque fois que la fumée emplissait mes poumons, je me sentais apaisé, calmé. Au pire, me disais-je, je devrais pouvoir aisément trouver une herbe aux propriétés proches de celle-ci. Péniblement, je me suis redressé, prenant un peu de hauteur. J’aurais l’air moins con qu’assis comme un clochard sur une étagère, et je donnerai surement moins l’impression d’être accablé sous mon mal. Sentant au passage mes articulations craquer, j’ai finalement réussi à me redresser, prenant encore appui sur l’étagère de livres dans mon dos un court instant. Debout il était plus petit que moi.

Guenaël finit son pétard avant de l’écraser contre son perfecto. Le cuir émit un petit crépitement avant que le foyer ne s’éteigne et qu’il s’en sorte finalement sans grand dommage. Après quoi, il déposa son mégot au fond de sa poche. Ainsi ne laisserait-il aucune trace de son passage, du moins le pensait-il. Il observa le botaniste qui n’avait aucune expression franche sur le visage autre que celle d’un inconnu qui aurait aidé un clochard à se relever.

-Dans tes bouquins tout ça, y’a pas un chapitre qui pourrait m’être utile ?

Mes herbes commençaient à faire effet et je sentais déjà mon crâne me dire que ce genre de conneries n'étaient plus pour moi. Mais le temps m'était imparti, je n'avais pas le temps de m'arrêter à des détails. Même si ma tête commençait à s'engourdir doucement, je n'avais au moins plus aucune difficulté pour respirer et mon coeur avait reprit un rythme de croisière normal. Je venais de m'accorder un délai qui devrait me permettre de questionner le rouquin.

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Siegfried Godart

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MessageSujet: Re: Le malade et les plantes   Jeu 7 Fév - 20:45

Ça faisait bien longtemps que je ne m'étais pas fait traiter comme un gamin. En fait, si, mais elle était la seule autorisée à le faire, et je n'avais jamais particulièrement apprécié que d'autres le fasse, même quand j'avais été le sale gosse insolent et trop sûr de lui qui adorait se rouler dans la boue quand ses parents recevaient leurs amis salement chics et snobs. Mais je m'attendais à me faire rabrouer, alors je hausse juste les épaules, n'écoutant que d'une oreille ce qu'il me raconte, les yeux fixés sur cette petite plaquette à laquelle le cœur de cet homme était attaché. Guenaël avait-il dit... Historien? Ça leur servait à quoi au juste ici? Enfin, ce n'était pas mon problème... Du moment que je pouvais sortir d'ici, il pouvait bien être clown, ça changerait rien à la donne.

Au son d'un paquet d'herbe, je relève la tête. Il s'est levé, le bougre, et il est même plutôt grand, même si je gagne sept à huit centimètres de cheveux avec ce serre-tête improvisé. A l'odeur, c'est de la marijuana, et pas de la meilleure. Ça change de ce que j'ai pu goûter au Maroc ou même les herbes plus fortes d'Amazonie. Mais si ça l'aide, ce n'est pas moi qui jugerait, en tous cas pas cette fois. Je ne l'écoutait vraiment plus, plongé dans les souvenirs de mes expéditions et de ce fichu remède qui m'échappait un peu et revenait titiller ma mémoire pour une raison inconnue. Retirant les lunettes qui retenaient mes cheveux, les laissant s'échapper et cacher presque entièrement mes yeux, j'essaie de réfléchir. Sérieusement, les gens m'ennuient. Ils détruisent tout et se plaignent ensuite que la nature ne leur donne pas ses bienfaits, alors qu'elle devrait leur rendre au centuple le mal qu'elle leur fait. Écarquillant les yeux, j'ai l'impression de voir défiler dans ma tête la prochaine bande-annonce de Greenpeace. Je me trouve pathétique alors que j'ai d'autres choses à faire.

Vraiment, les gens ne servent à rien et la nature s'en sortirait mieux sans eux, mais je suis trop gentil, paraît-il. Têtu, obstiné, méchant parfois, mais aussi trop gentil. Damnation, si seulement la voix d'Alexia pouvait s'éteindre parfois... Non! Surtout pas! Qu'elle reste là, je ferai avec, promis, je ne me plaindrai plus. J'ai l'impression de divaguer complètement alors qu'en face de moi l'historien mal fagoté (et ce n'est pas peu dire, venant de moi) continue à me parler en écrasant son mégot de spliff contre son blouson en cuir. Aaah, le cuir, encore une... Non, on se calme, il se fiche de ton discours sur les vaches et les bébés phoques encore plus que de tes conseils médicaux. Bon, plus sérieusement, ce médicament...

Avec un soupir, j'embarque la plaquette, lui laissant à peine le temps de finir sa phrase, pour retourner m'asseoir à la table. Remettant mes lunettes pour repousser les mèches oranges, je tapote les médicaments sur la table, me souvenant d'un certain nombre d'excipients qu'ils contiennent, simplement parce que j'ai connu quelqu'un qui les prenait. Qui était-ce, déjà? Peu importe, de toute façon... Perplexe, je sors une feuille volante avant de noter ce dont je me souviens. La plupart de ces molécules sont chimiques, mais elles ont eu, à un moment ou un autre, un équivalent naturel. Comme la digitale, par exemple. Ce qui me fait d'ailleurs penser à ce remède amazonien. Mais voilà, bien sûr! Vivement, je claque des doigts et me mets à écrire frénétiquement sur la feuille volante, à mesure que les souvenirs de ce fameux voyage me reviennent. Enthousiaste, je reprends la parole:


"Il y a quelques années, j'ai fait une expédition en Amazonie, dans une tribu très reculée et primitive. Normalement, on devait les étudier, mais on s'est retrouvé à participer à leurs fêtes, et à ingurgiter pas mal de substances... honnêtement, ce serait beaucoup plus efficace que de la marijuana de mauvaise qualité si on arrive à les refaire. Mais là n'est pas le point le plus intéressant de cette histoire. Entre deux stupeurs hallucinées, j'ai réussi à extirper la recette d'un remède très efficace mais potentiellement dangereux, voire mortel. Un remède pour homme fort, comme on dit. Soit tu vas mieux, soit tu meurs. Intéressant donc, parce qu'il agissait directement sur le palpitant. La digitale, mais en mieux. Cela dit, j'ai l'impression que ce n'est pas ton seul problème, Guenaël, si tu permets... Maintenant, je dois chercher les équivalents locaux, en traduisant un dialecte amazonien en vieux français, puis dans leur langue... Donc, sauf si tu le lis mieux que moi, ce que j'espère, vaudrait mieux me laisser bosser."

Très concentré, le nez déjà plongé dans mon carnet, je n'ai même pas relevé la tête. Je devrais pouvoir y arriver, pour me dire que j'aurais pu le faire et que je ne l'ai pas fait. Pour me dire que j'aurais pu la sauver si je m'y étais mise. Damnation, ça va être dur, mais je le ferai... N'entendant pas de réponse de la part de mon interlocuteur et craignant qu'il ne m'ait déjà lâché, je lève les yeux et le voit, encore vivant et à peu près entier. Avec un petit geste vers le fauteuil le plus proche, je reprends, distraitement:

"Au fait, je m'appelle Siegfried... Sieg pour tout le monde sauf mes parents, et vu qu'ils sont morts... Enfin bref. Au boulot."

J'espère quand même qu'il me dira ce qu'il a d'autre, pour éviter les contre-indications, mais en attendant, j'avais du travail, un qui me permettait d'oublier, pour quelques heures, jours ou semaines, la raison pour laquelle j'étais là et les tonnes de pierres qui m'entouraient et m'étouffaient.
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Guenaël Kenan

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Localisation : Lorde-Gian
Messages : 496

MessageSujet: Re: Le malade et les plantes   Lun 4 Mar - 12:49

L'espoir fait vivre.

Le rouquin semblait avoir été frappé par une idée, un souvenir, ou peut être était-il juste enfin décidé à aider Guenaël. Quoi qui ait pu lui passer par la tête, il s'affairait, marmonnant les composants chimiques inscrits sur la boite de carton, le nez fourré dans un petit carnet où s'entrechoquent des bribes de mots et de schémas illisibles pour l'oeil de néophyte du malade. L'espoir grandissait en lui. Même si le garçon pouvait être arrogant et un tantinet sale gosse, c'était un génie, comme tous ceux que Matthieu avait amené ici, et il lui apparaissait clairement qu'il lui serait aisé de trouver un substitut à ses médicaments. Alors que Siegfried (puisque c'était son nom) ne ralentissait à aucun moment son débit, Guenaël comprit rapidement qu'il avait bel et bien trouvé quelque chose. Le botaniste, ne s'arrêtant toujours pas de parler, continua en avertissant Guenaël des possibles répercussions de cette panacée, mais qu'importe. L'équation était simple : Ne pas tenter l'expérience revenait à se laisser mourir à petit feu, alors que s'il trouvait cette plante, il aurait une chance de s'en sortir. Même si elle pouvait être infime, c'était tout de même sa seule option valable. Alors à quoi bon tergiverser encore ?
Le rouquin, avec un petit geste vers un large fauteuil, ordonna à l'homme de s'asseoir. Sans prêter un regard à la somptueuse assise écarlate, qui devait certes être confortable, Guenaël se rapprocha de Siegfried, ses yeux essayant en vain de suivre le rythme de ceux de l'expert, qui passaient d'une ligne à l'autre, sans que Guenaël ne puisse avoir le temps de comprendre le comment du pourquoi. Le botaniste listait sur une petite feuille de son carnet, les composants de son médicament, y associant aussi rapidement, les composants naturels qu'il connaissait comme étant les substituts à ces derniers.


-Quoi que tu me proposes, Siegfried, je le ferai. Si tu me dis là que c'est un remède possible, alors soit.

Mes yeux se posèrent alors sur un ouvrage botanique local que le rouquin venait d'ouvrir bruyamment sur la table. Fermant les yeux un instant en entendant la lourde couverture de cuir s'écraser sur le bois de la table, priant un court moment que personne n'ait perçu le bruit. Lorsque mes paupières se rouvrirent, je scrutais le visage du petit homme -bien qu'il ne fut pas plus petit qu'un autre, cet adjectif est purement subjectif- et constatais qu'il commençait à se sentir mal à l'aise. Son index passait difficilement d'un mot à un autre, témoignant de sa difficulté à déchiffrer le Liléen.
Je n'étais moi-même pas expert et me prétendre bilingue Français-Liléen aurait été présomptueux, mais il me semblait que mes compétences en la matière pouvaient ici lui être utiles. Je ne voulais pas le froisser, non, mais il ne me semblait pas le plus efficace pour traduire les écrits locaux.


-Je dois pouvoir t'aider si tu le veux bien. Cela fait déjà un bout de temps que je lis ce genre de bouquins chez moi, enfin, pas sur la botanique, je dois peut être en avoir un quand même, mais je ne sais pas si... Bref, ça fait plusieurs jours que je lis le Liléen et je peux t'assurer que pour la traduction, je devrais aller un peu plus rapidement que toi, bien que je ne remette pas en doute tes capacités.

Le temps pressait. Guenaël savait que chaque seconde pouvait être précieuse et il valait mieux utiliser les talents de chacun là où ils servaient le plus. Le rouquin pour la connaissance des plantes et de leurs effets, et lui-même pour la traduction des écrits. Guenaël tira le lourd ouvrage vers lui, le long de la table, faisant rugir le cuir contre le bois, alors que ses yeux pouvaient à présent mieux appréhender ce qui y était écrit. De longues listes de plantes, de fleurs et d'arbres s'y entassaient, décrivant leurs formes, leurs attributs, leur couleur, leur localisation. Les chapitres étaient très complet et démontraient l'habileté des populations locales à trouver les informations dont ils avaient besoin. Chaque élément composant la flore locale lui était inconnu. Où étaient les pissenlits, tulipes et autres hortensias ? Même si certaines pouvaient avoir quelques points communs avec la végétation terrestre, toutes avaient ce petit quelque chose en plus qui les rendaient totalement différentes. Ce petit quelque chose qui rendait ce livre passionnant, alors que Guenaël ne connaissait rien à la botanique et n'avait jamais eu quoi que ce soit à faire de savoir différencier telle plante tropicale, de telle plante tropicale. Il tournait les pages, toujours plus vite, avide de découvertes, rongé par sa curiosité. Si bien qu'il lui semblait se perdre dans les pages, sombrer dans les schémas aux couleurs exotiques, caressant les lignes de description qui remplissaient le livre. Passant son regard d'un coin à l'autre des pages qui s'ouvraient devant lui, Guenaël releva la tête, comprenant qu'il ne savait pas ce qu'il cherchait.

-Dis moi ce que tu cherches Siegfried. Je n'y connais rien à ce machins moi. C'est toi l'expert en fleurs ici ! Dit-il, un sourire narquois au coin des lèvres.

Je reprenais peu à peu mon calme. Perdant progressivement ce sourire niais qui avait animé mes lèvres pour retrouver la concentration qui devrait me permettre de déchiffrer les écrits de cet ouvrage botanique. Cette curiosité, cette excitation devant l'inconnu. Il y avait fort longtemps que je n'avais plus ressentis quelque chose de comparable. Depuis que j'étais en Eleris, jamais je n'avais été aussi avide de découvertes, aussi pressant devant la connaissance que depuis notre arrivée et la découverte de la jolie Eyeha, du château de Lorde-Gian, de ses habitants. Même les livres historiques, contant les guerres et les évènements qui avaient ébranlé ce monde ne m'avait pas à ce point intéressé. Peut être avais-je déjà l'esprit tourné vers cette infâme maladie, et cette malédiction qui me ronge et me change en bête. Alors que tous ces emmerdements semblent aujourd'hui ne plus avoir d'importance, je me sens bien (à moi que ce soit les effets de la marijuana...). Je souris au botaniste et lâche un frêle :

-Merci.

Qu'importe ce qui devait arriver à partir de maintenant. J'avais au moins retrouvé le goût pour la vie. Si cette infirmité m'avait plombé jusqu'à aujourd'hui, et même si elle continuait après cela, si je ne trouvais pas le remède, au moins, je ne passerais pas mes derniers instants mortifié. Il y a quelque chose de magique dans l'espoir.

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