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 De parchemin et d'ombre [TERMINE]

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Mathan Gël'in
Roi de Misengris
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Localisation : Misengris
Messages : 185

MessageSujet: De parchemin et d'ombre [TERMINE]   Sam 1 Déc - 7:50

Un voile de pluie fine et grise, qui plonge les nuits de Misengris dans une torpeur humide…
Cela fait déjà deux jours qu’elle tombe en silence sur la cité, figeant la lumière et les heures dans une mantille blafarde. Mathan la regarde s’écouler lentement sur les longues et étroites fenêtres de sa chambre. Au mépris des courbes aériennes des orfèvreries dorées serpentant sur le verre, les gouttes glissent en ligne droite sur la surface lisse, se rejoignent, s’arrêtent, repartent et déforment le paysage. Deux jours de pluie… il imagine le jardin détrempé, la terre spongieuse et les pavés glissants, s’y promène. Ses nuits ne se résument presque qu’à cela, ces derniers temps. Il s’est fait la réflexion il y a peu : plus les années défilent, plus le sommeil le fuit. Durant ces heures d’obscurité, le flux de ses pensées se perd sous les arches célestes et les somptueux dédales de ce Palais qui l’a vu naître et grandir. Il y croise des souvenirs, des images rémanentes et des échos de paroles qui assombrissent son esprit de leur goût amer. Le roi Supérieur y voit comme un avertissement. Il ne saurait y mettre de mots mais la menace est bien là. Son propre corps le trahit et se dérobe au répit relatif que lui apporte le sommeil, le confrontant sans relâche aux fantômes qui ne cessent de ramper en ces murs, sur la pierre, l’or et le marbre. Face à de tels assauts du passé, que pourrait lui apporter de bon les temps à venir, ce futur noyé par la pluie dont il ne peut distinguer les tourments ?

Mathan se détourne de la fenêtre, jetant un regard dur à son pâle reflet. Il n’aime pas se laisser aller à ce genre de réflexions qui le conduisent à se pencher en lui-même et le placent sans cesse face à sa colère. Quel que soit le chemin qu’empruntent ses pensées, elles finissent toujours par aboutir à ces regrets pleins de rancune qui roulent et tonnent sourdement en son cœur, lui brûlent le sang et les nerfs. Saisissant la tunique que ses serviteurs ont pliée et rangée près de l’âtre au moment du coucher, il l’enfile par-dessus sa chemise de soie, y ajoute des bottes et la ceinture de cuir ouvragé où pend le fourreau ciselé d’Heleborg. Il ne faut pas qu’il reste ici. Lorsqu’il sent cette agitation coléreuse qui commence à bouillonner en lui, la pièce où il se trouve finit toujours par lui sembler trop étroite mais cette chambre luxueuse, de pourpre et de velours, imprégnée de sa puissance et de sa solitude, lui est particulièrement étouffante. Il lui faut sortir, rapidement.

A cette heure de la nuit, les chandeliers suspendus et couronnés de lumière ne suffisent pas à réchauffer les couloirs. Les essaims de minuscules flammes répartis à intervalles réguliers jettent de pâles halos dorés sur les bas-reliefs sculptés et les lourdes tentures brodées mais ne parviennent pas à atteindre les moulures des plafonds. Mathan peut tout juste en distinguer les creux et les ombres alors que ses pas raisonnent sur les dalles de marbre, vers l’aile nord du palais. Des soldats en armure, parfois somnolents, se redressent au garde à vous sur son passage sans qu’il ne leur accorde ne serait-ce qu’un regard. Il déteste avoir des gardes à sa porte mais il ne peut pas en vider les appartements royaux. Nombre de ses vassaux logeant en ces murs se sentent plus rassurés de savoir les couloirs protégés par des soudards endormis sur leurs lances. Comme si cela pouvait un jour faire une quelconque différence si l’on en venait à attenter à leurs petites vies… Mathan est bien placé pour savoir que ce n’est qu’un écran de poudre et il se sent soudain en colère en dépassant ces gardes fatigués. Contre la crédulité stupide de ses courtisans et contre cette illusion de sécurité dans laquelle ils baignent, qui n’a plus de prise sur lui et l’empêche de goûter à la paix, en le soulageant de l’angoisse. Mais seuls les ignorants ont le droit à l’insouciance.

Le roi Supérieur continue son chemin dans le labyrinthe désert de couloirs somptueux et arrive enfin face à la double porte de chêne de la bibliothèque. Sculptés avec un raffinement majestueux, les battants donnent à tous ceux qui y viennent un avant-goût de la connaissance qu’ils protègent. Mathan reste un moment immobile à observer les fragments de poèmes enlaçant des animaux merveilleux, les personnages historiques mêlés aux étoiles et aux arts. Il se rappelle un instant comme cette porte lui semblait gigantesque lorsqu’il était petit, puis entre. Les conservateurs sont au courant de ses promenades nocturnes et ne ferment pas la bibliothèque à la nuit tombée, de crainte que leur roi ne tempête contre eux le lendemain s’il n’a pas pu y accéder pendant la nuit. L’odeur du cuir et du parchemin l’enveloppe aussitôt, flottant sur ses épaules comme le silence sépulcral, aussi compact que le verre, qui règne sous les hautes voûtes en ogives de l’immense pièce principale. Elle pourrait en paraître inquiétante mais Mathan connait ce mutisme, l’apprécie et le supporte beaucoup mieux que l’irritante rumeur qui bruisse en journée, faite de chuchotis, de plumes sur le papier, de pages que l’on tourne. A dire vrai, voilà de nombreuses années déjà qu’il ne vient à la bibliothèque que lorsqu’il ne peut l’éviter.

Ca n’a jamais été son endroit préféré mais il ne détestait pas y venir. Il ne sait plus trop à quoi cela était du, mais les salles de lecture lui semblaient être un refuge avec leur remparts de savoir. Et puis il s’y sentait… pas apaisé, non. De sa vie entière, à aucun moment il n’a connu de paix en lui-même, mais c’était comme si une accalmie se faisaient parmi les tourments se mêlant sans cesse dans son esprit. Un soulagement discret, où le poids de ses souffrances secrètes ne disparaissaient pas mais semblait s’alléger, comme s’il n’était plus seul à le porter, pour quelques instants. Il se souvient bien de cette sensation que lui procurait autrefois cet endroit et cela n’en rend que plus amère la frustration qui l’habite alors qu’aujourd’hui, ce lieu lui déplait sans qu’il ne puisse dire pourquoi. Il n’aime pas les savants et les érudits qui viennent feuilleter les anciens manuscrits et les commenter à basse voix. Il n’aime pas les copistes qui grattent frénétiquement leurs parchemins, les archivistes qui discutent sans fin de leurs incompréhensibles classements. Et il n’aime pas les conservateurs obséquieux qui se mettent à sa disposition dès son arrivée, qui le tiennent au courant de la moindre note ayant rejoint les étagères encombrées et qui l’assurent que tout va pour le mieux dans la cathédrale du savoir de Misengris. Il n’y a qu’à la nuit tombée, une fois que le lieu est vide de tous ses parasites, que Mathan peut y trouver le semblant de quiétude reflétant vaguement ce qu’il ressentait autrefois.

Lentement, il avance de quelques pas dans la pénombre, le son résonnant de ses bottes couvrant la pluie qui effleure presque sans bruit les vitraux teintés, obscurs à cette heure. Son regard glisse sur les longues étagères rangées contre les murs ou disposées en épis le long de l’allée centrale, de la même façon que les nervures d’une feuille d’arbre. Une des dernières fantaisies du Haut Conservateur précédent, selon qui cette étrange disposition serait plus plaisante que les austères bataillons de rayonnages, alignés comme pour partir en guerre. Mathan secoue la tête en songeant à ce vieillard plein d’idées saugrenues, qui n’a vécu que pour ses livres. Son buste se trouve au bout de l’allée, posé entre deux serre-livres sur une étagère de la section littérature. Il est fidèle à son modèle, mais le roi Supérieur se demande encore comment derrière ses traits tout en rondeur, ce doux visage de poupon un peu ridé, a pu se cacher un tel entêté. Peut-être est-ce parce qu’il l’a vu grandir depuis sa naissance, mais jamais de son vivant le Haut Conservateur n’avait hésité à lui dire franchement les problèmes que rencontrait la bibliothèque et même à lui demander des fonds pour y remédier. Cela avait le don de l’irriter d’ailleurs et il se souvient sans peine des interminables joutes verbales qu’ils ont livrées, sur ce sujet comme sur bien d’autres. Le bougre n’avait pas sa langue dans sa poche. Pourtant, même si Mathan s’est souvent mis en colère contre lui, jamais Enkaël ne lui a paru aussi détestable que les conservateurs actuels, qui rampent à ses pieds comme des petits chiens hypocrites.

« Vieux fou… Tu aurais pu éviter d’emporter l’âme de ce lieu dans ta tombe. »
Le buste ne lui répond pas mais Mathan imagine sans peine le sourire malicieux que le Haut Conservateur aurait discrètement caché derrière un de ses vieux manuscrits, et il pousse un soupir. Souvent, il se demande pourquoi c’était le seul dont il ait jamais supporté la franchise, mais il n’a pas la réponse à cette question. Et de toutes façons, il ne veut pas y songer plus que nécessaire pour éviter que sa mémoire ne le ramène au dernier jour, qui le remplit de rage plus que n’importe quel autre. Et pourtant, alors qu’il fixe les yeux de pierre de la statue comme s’il s’attendait à la voir s’animer, sa main vient se poser lentement sur le pommeau d’Heleborg. Car il y a ce soir quelque chose de différent dans cette pièce, qui fait courir un pressentiment hargneux le long de son dos. Sa colère se réveille tandis que ses sens épient le moindre changement. On ne s’introduit pas impunément dans le palais de Misengris, à plus forte raison si c’est pour troubler les souvenirs de Mathan Gël’in.

« Fais donc preuve d’un peu de courage, petit rat. Je serais fâché d’avoir à te débusquer dans un tel lieu… »


Dernière édition par Mathan Gël'in le Jeu 25 Juil - 22:26, édité 2 fois
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Eyeha Norken
Princesse de Lorde-Gian
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Localisation : Château de Lorde-Gian
Messages : 788

MessageSujet: Re: De parchemin et d'ombre [TERMINE]   Sam 15 Déc - 0:21

Ces minutes de course jusqu’à ma chambre me semblèrent interminables. Je montai les marches de pierre à une vitesse presque surnaturelle, voulant éviter les regards curieux des habitants du Château. Je ne pensais qu’à une chose, rejoindre mes appartements, le plus rapidement possible. Comment avait-il pu me faire subir une telle humiliation ? Mon propre père ! Je n’en revenais pas. Perdue dans mes nombreuses larmes, je me pris les pieds dans ma robe et je trébuchai sur la dernière marche de l’escalier, m’affalant à terre comme un poids mort, devant le regard atterré d’un jeune garde qui m’aida à me relever. Honteuse, je refusai son aide, me relevai et couru de plus belle vers mes murs pour m’y renfermer. Je ne voulais plus que personne ne rentre. Je tournai bientôt le verrou afin d’être certaine d’assurer une tranquillité bien méritée. Cela m’était insensé ! Pourquoi me gifler devant une assemblée de nobles ? N’aurait-il pas pu attendre de me faire la morale plus tard ? Cette escapade hors du Château méritait-elle réellement cette punition grotesque ?

Je saisis mon diadème et l’envoyai valser contre le mur. Puis, dans un élan de colère, je déchirai ma robe de princesse, afin de m’en défaire le plus vite possible. Comment le Roi pouvait-il faire cela ? A la princesse de Lorde-Gian ! A sa propre fille ! Alors que sa mère était actuellement mourante et qu’elle n’avait même pas le droit de la visiter ! « Tu vas la distraire ! Elle a besoin de repos.» m’avait-il rétorqué. Etait-ce une raison pour me priver de Mère alors qu’elle risque de nous quitter ? Moi qui ne la vois presque jamais… Je n’avais d’ailleurs jamais compris pourquoi Père avait été aussi dur depuis mon enfance, aussi tranchant sur ses principes. Il devait penser qu’être la nouvelle famille royale était ce qu’il nous était arrivé de mieux. Malheureusement, nous n’étions pas une famille. Peut-être que constater son erreur le rendait encore plus coupable, et qu’il ne savait comment s’en défendre. Peut-être croyait-il que m’endurcir me donnerait les capacités de devenir une future Reine accomplie. Etre froide, rigide et droite ne me rendrait pas plus heureuse. Mais ce que je comprenais était que mes joies et mes peines devaient passer après le Royaume et que seul Lorde-Gian et son avenir devait compter, que je ne devais pas penser à moi mais au peuple et à sa grandeur. Alors je devais tout accepter, sans rechigner. Comment voulait-il que je devienne une bonne Reine sans pouvoir sortir du Château ? Quand allait-il enfin me faire confiance, accepter que je fusse devenue adulte, et qu’il ne pourrait pas protéger la descendance royale de tous les malheurs que la vie nous apporte?

Je n’en pouvais plus de cette vie étouffante et de cette prison et tout ce qui m’entourait me faisait de jour en jour un peu plus horreur. Alors je saisis mon épée et dans mes pleurs incessants je fracassai chaque meuble de ma chambre dans un élan de rage infini, comme pour me battre contre un ennemi invisible appelé « destin ». J’entendis alors les gardes se précipiter un à un à ma porte, frappant et appelant ma raison, inquiet que je ne tente quelque chose d’irrémédiable. C’est alors que la voix du Roi résonna dans le long couloir. Il avait été vite alerté par les hommes de l’étage.


« Ma fille, ouvrez cette porte sur-le-champ ! »

«Je ne veux point vous voir Père, allez-vous-en ! »

Je l’entendis alors frapper du poing sur la porte et murmurer des paroles toujours plus blessantes à mon égard.

« Cette enfant est un cauchemar, elle me rendra fol ! »

Je savais que Père m’aimait mais son statut de roi le rendrait aussi glacial que les cimes d’Izefrid. Ne voulant que trop bien faire, il m’en faisait la vie impossible et je ne le supportais plus. Alors j’allais jusqu’à ma porte, déverrouillant la serrure pour que les nourrices viennent ranger ce capharnaüm. Le jeune homme qui m’avait aidé à me relever était là, devant ma porte, inquiet. Je l’aperçu dans l’ouverture, après qu’il est poussé la porte pour vérifier que tout allait bien.

« Tout va bien princesse Eyeha ? Puis-je me rendre utile ? »

Je refermai alors la porte, lui soufflant de ne pas prévenir le Roi et le remerciant. Puis j’allai vers mon lit, les yeux bouffis et remplis de larmes, me laissant tomber dans les draps blancs, en tenue légère. Plus de corset, plus de diadème, plus de robe pompeuse. Rien que moi et moi-même, perdue dans l’infinité de mes pensées.

Je sanglotai toujours étouffant mes pleurs dans les oreillers, serrant fort dans mes poignets fatigués les couvertures. Puis je finis par me taire et me retourner vers les vitres glacées, regardant la nuit tomber et les gouttes de pluie venir mourir sur les carreaux. Je sentais la chaleur de mes larmes couler sur mes joues, doucement, et tracer le même chemin sinueux que la pluie sur le verre de la fenêtre. J’entendais alors les nourrices pénétrer mes appartements et commencer à ranger mes bêtises.

L’une d’elle vint jusqu’à moi et remonta la couverture sur mon corps glacé. Elle déposa un baiser sur ma joue et s’éclipsa un instant. Elle revint avec une brosse puis, la sentant dans mon dos me réchauffer de sa présence bienveillante, elle me brossa les cheveux doucement, comme une mère l’aurait fait. Je lui demandai alors comment allait mère, si son état s’améliorait.


« Elle était très fatiguée aujourd’hui et elle a mal dormi la nuit dernière mais elle sait que vous pensez fort à elle et que vous priez Liv. »

Une dernière larme coula sur ma joue avant que je ne m’endorme l’esprit apaisé, le cœur encore serré de cette journée presque comme les autres.


***


La nuit, la pluie qui se fracasse sur les pavés, les gens qui cherchent où s’abriter, à rentrer dans leur chaumière ou pénétrer la taverne la plus proche. Moi, seule, au milieu de la ruelle, sous cette pluie sans cesse plus forte qui me trempe les cheveux et m’empêche de voir au loin. Je ne peux pas bouger comme à l’habitude, je suis là, immobile, j’attends. Puis un passant me bouscule, me sortant de cette nouvelle torpeur. Alors je regarde le ciel et sens les gouttes s’écraser sur mon visage. Je ne sais pas où je suis mais ce que je sais, c’est que je suis en liberté, hors du château. Je ferme les yeux et souris. Puis je sens une présence m’agripper la main et m’entraîner, pendant qu’une autre personne me crie :

« Faites donc attention petite sotte ! ». Je vois alors une calèche traverser la ruelle avec à son bord un homme rouspétant. Je me retourne vers la personne m’ayant évité des ennuis et mon regard surpris s’ouvre sur un Supérieur. Je le fixe, ne comprenant pas ce qu’il fait ici. Puis je finis par comprendre que je ne suis pas à Lorde-Gian et que c’est pour cela que ce quartier me semble inconnu. Il me regarde, tout aussi hébété que moi, puis finit par froncer les sourcils et appeler la garde. Je cours alors dans les ruelles étroites, fuyant un cauchemar que je ne veux continuer. Je me retourne pour voir si personne ne me suit et je me cogne contre quelque chose.



Je ne sens plus la pluie sur mes vêtements trempés. Je ne sens plus sa force couvrir ma peau. Je suis toujours en piteux état, mes longs cheveux venant border mon visage pâle et encore plein de gouttelettes. Je suis dans une grande pièce que je ne connais pas non plus et dont je ne me souviens pas. L’eau ruisselant sur mon corps finit sur le bois du sol, dans un cliquetis presque inaudible. Face à moi, des rangés de livres et manuscrits. Il fait toujours nuit, et j’entends pourtant cette pluie interminable déranger les vitraux de la pièce. Une seule lumière apparaît alors, dans mon dos. Je me retourne sans faire de bruit, observant l’homme étrange qui vient de pénétrer l’endroit. Je dois être dans une bibliothèque et cet individu est sans hésitation un Supérieur. Je le reconnais à ses oreilles longues et sa peau qui me semble foncée malgré le peu de lumière présente en ce lieu silencieux et désert.

Semblant perdu dans ses pensées et se parlant à lui-même, il finit par réagir, presque instinctivement, comme un animal qui aurait humé une odeur non-familière. Il pose sa main sur ce qui semble être un fourreau et se retourne, prononçant les mots suivants.


« Fais donc preuve d’un peu de courage, petit rat. Je serais fâché d’avoir à te débusquer dans un tel lieu… »

Je me retrouve chassée par un individu inconnu, dans un lieu que je n’ai jamais vu, sans la moindre idée du comment je vais me sortir de ce nouveau pétrin. Je décide de me coller contre le bois du meuble et de me laisser glisser, sans bruits vers une autre étagère. Le silence qui règne est alors des plus pesants, et le moindre bruit d’une goutte pourrait me démasquer…

Comme celle qui vient à l’instant de tomber sur sol.
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Mathan Gël'in
Roi de Misengris
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Localisation : Misengris
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MessageSujet: Re: De parchemin et d'ombre [TERMINE]   Dim 16 Déc - 23:15

Un frémissement agressif et impérieux, qui court sur ses membres et le pousse à la chasse…
Au début, cela était trop infime pour éveiller son attention, distraite par les sombres vapeurs de ses pensées moroses. Puis, le calme du lieu opérant, ses sens se sont affutés contre le silence et alors seulement, il a senti que tout n’était pas comme à l’accoutumée dans la Bibliothèque Royale. Avec lenteur et maîtrise, Mathan se retourne sans un bruit, presque sans un froissement de tissu, sa main fermement calée sur le manche familier d’Heleborg. A première vue pourtant, rien ne semble anormal. Les étagères sculptées et leurs bataillons de connaissances sont toujours en place, doucement éclairés par les lueurs dansantes de la torche près de l’entrée. L’imperceptible rumeur de la pluie lui parvient toujours avec la même régularité. Mais il y a quelque chose, un trouble invisible dans l’aura méditative de la pièce, qui le dérange et aiguise le début de fièvre féroce qu’il sent courir dans son sang. Le roi Supérieur est un roi joueur et peu de choses le divertissent autant que la chasse. Que le petit animal qui s’est introduit ici se dérobe, qu’il se cache et s’enfuit, cela n’en rendra la poursuite que plus plaisante.

A pas de velours, il remonte l’allée centrale dans un silence absolu, le pied léger sur les lattes de bois. Il ne s’agit pas de perdre le moindre indice sur la position de sa proie, ou de lui donner l’occasion de s’échapper en manquant de discrétion. Voilà qui le plongerait assurément dans une dantesque frustration mais cette éventualité ne lui effleure même pas l’esprit. Mathan est confiant. Cela se voit dans le regard acéré de prédateur qu’il laisse glisser le long de chaque étagère et dans le discret sourire qui flotte sur ses lèvres. Car l’intrus est sur son territoire et rien de ce qu’il pourra y faire ne le mettra à l’abri. Au besoin, le souverain n’a qu’à donner l’alerte pour rameuter la garde, sonner la chasse et rabattre le gibier jusque sous sa lame. Une chasse à courre dans ses propres murs, que voilà une idée distrayante qui le remplit soudain d’enthousiasme. Assuré de sa victoire par sa maîtrise du terrain, le roi se fait aussi indolent qu’un grand fauve dans sa traque, avançant sans se presser, détendu et attentif, savourant sa prise par avance. Tôt ou tard, d’une façon ou d’une autre, la proie finira par se trahir. La seule peur de se savoir pris au piège lui fera commettre un impair, suffisamment minuscule pour signer sa perte.
Comme le bruit de cette imperceptible goutte d’eau sur le sol, qui résonne dans le silence avec le fracas de l’hallali. La deuxième étagère à droite, devant lui.

D’un bond, Mathan s’engouffre entre les rangées de livres, juste à temps pour voir une petite silhouette fine disparaître à l’angle du meuble, semant derrière elle une odeur de pluie. Restant dans l’allée principale, il s’élance à sa suite, bien résolu à lui couper la route. Immobilisant le fourreau d’Heleborg contre sa hanche pour en limiter les tintements métalliques, il épie avec une avidité mesquine la course légère et précipitée de sa proie qui se répercute contre les hautes voûtes ouvragées. Elle cherche à s’éloigner de lui et gagne d’autres allées, il fallait s’en douter. Mathan s’immobilise aussitôt pour la laisser courir, tendant l’oreille pour deviner jusqu’où elle est allée. Quelques secondes de pas affolés glissant sur le bois, puis de nouveau le silence. Le gibier serait plus intelligent qu’il ne l’escomptait de prime abord s’il a compris la manœuvre aussi vite. Pour le peu qu’il a pu en voir, il pencherait pour une femme, ou peut-être un jeune homme très mince. Le roi Supérieur sourit de nouveau et se remet en marche sans bruit, enflammé par les étincelles qui lui échauffent le sang et le prépare à la bataille. Oh, il sait bien que le jeu est déloyal et qu’il ne tirera que peu d’agréments d’un éventuel affrontement. Mais par tous ses ancêtres, maudits soient-ils, depuis combien de temps un tel jeu ne l’a-t-il pas tenu en haleine ? Bien trop de vens se sont écoulés depuis la dernière fois qu’il a senti l’excitation du combat tendre ses muscles et vibrer dans son corps. Une chasse à l’homme est un prétexte comme un autre pour dépenser les vaines ardeurs qu’il accumule pesamment dans ce Palais empli de perfidie. C’est pourquoi il se prend à espérer que la traque ne sera pas trop facile et ne prendra pas fin, si ses sens ne le trompent pas, dans la section Arts et Techniques de laquelle il se rapproche inexorablement.

Retenant son propre souffle pour repérer celui de sa proie, il parvient finalement à le surprendre, discret, volatil, palpitant malgré lui dans une poitrine affolée à moins d’un rayonnage de là. A portée d’épée. Parfait…il savoure déjà tellement sa capture qu’emporté par son assurance, il ne voit pas que le bout de son fourreau frôle périlleusement une des étagères. Le son discordant d’un infime choc métallique fait courir un désagréable frisson le long de ses membres. Aussitôt, la proie aux abois reprend sa course, aussi légère et vive que sa peur le lui permet, et Mathan retient à grand peine une exclamation de colère. Cette erreur de débutant consume en un instant tout le plaisir qu’il prenait au jeu et il s’élance à sa suite avec une énergie implacable, ou plus rien ne subsiste de sa langueur confiante. Sur son trône comme à la chasse, le roi Supérieur aime mener la danse d’un bout à l’autre et ce n’est certainement pas un intrus malavisé de troubler sa solitude en son propre Palais qui marquera le pas. Sans bruit et sans temps mort, dans le dédale des allées qui se ramifient au gré des sections, il cherche et épie avec rage les sons parasites et cette entêtante odeur de pluie. Arpentant furieusement les rayonnages, bouillonnant intérieurement contre cette proie introuvable et ces livres qui se ressemblent tous, une colère sourde enflamme ses veines, crispe ses doigts sur la garde de son espadon.

Et soudain n’y tenant plus, la lame jaillit de son fourreau dans un cri métallique qui écorche le silence. Les secondes se figent en même temps que l’acier, uniquement ébranlé par les derniers échos du son qui se perdent bientôt entre la pénombre. Tandis que le métal se pare de reflets laiteux en miroir de la gorge blanche de sa proie, acculée contre une étagère, Mathan observe enfin sa victoire.

Une jeune femme, en fin de compte. Une silhouette fine déliée par des courbes généreuses, encore pantelantes de la course poursuite. Une longue et dense chevelure châtain, humide de pluie, dont quelques mèches échevelées viennent s’échouer en désordre sur la peau d’ivoire de ses épaules fragiles, impudemment découvertes. Un visage aux traits francs, épurés et délicats, qui ne lui donnent guère qu’aux alentours d’une vingtaine de vens, peut-être un peu plus. Pourtant, alors qu’il détaille la beauté de sa prise, nulle émotion ne vient effleurer le visage fermé du roi Supérieur. Son âge et le poids de sa couronne pèsent bien plus lourd que les ardeurs d’homme qui le prennent parfois et ce ne sont certainement pas les charmes de cette intruse qui motiveront une inexistante pitié. Seul le regard intense de la jeune femme, le bleu incandescent de ses yeux outremer parvient à retenir son attention, un bref instant. La tenant toujours en joue de son épée sous sa gorge, il vient se mettre face à elle, méfiant et songeur. A en juger par ses atours athlétiques, elle n’est pas une servante. Mais alors par quel moyen a-t-elle pu s’introduire dans le Palais de Misengris sans que rien ni personne ne la remarque ? Un soupçon lui frôle l’esprit et il tend la main vers son visage pour le vérifier. Repoussant ses cheveux, un sifflement méprisant lui échappe lorsqu’il aperçoit ses oreilles, trop courtes pour une Supérieure, trop pointues pour celle d’une humaine. Une Héritière…

De vieux souvenirs tous plus acérés les uns que les autres affleurent à la surface de sa mémoire et y soulèvent une houle de rancune à l’évocation de cette race. Resserrant la prise sur le pommeau d’Heleborg, Mathan se redresse pour la croiser avec un mépris hargneux. Sa voix basse gronde sourdement entre les étagères :


« Peu me chaut de savoir par quel maléfice tu es entrée ici, sorcière, car tu n’iras pas plus loin de toute façon. Malheureusement pour toi, je suis d’assez méchante humeur. »
S’il s’était écouté, il l’aurait égorgée sur-le-champ pour la punir de son intrusion et de sa naissance ignominieuse. Cependant, il sait qu’il n’en fera rien, du moins pas tout de suite. L’intrusion d’une Héritière en ses murs est un incident trop grave pour qu’il le règle d’un simple coup d’épée. Si elle se trouve ici, qui sait ce que ses semblables peuvent ourdir en secret ?

« Je te laisse en vie le temps que tu répondes à mes questions : qui es-tu, qu’es-tu venu faire ici et qui t’envoie ? Une réponse rapide te vaudra moins de douleur… »


Dernière édition par Mathan Gël'in le Jeu 21 Mar - 12:11, édité 1 fois
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Eyeha Norken
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Localisation : Château de Lorde-Gian
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MessageSujet: Re: De parchemin et d'ombre [TERMINE]   Mar 22 Jan - 15:58

Le calme avant la tempête. Un silence lourd qui annonce avec fracas dans mon esprit perdu que le chasseur s’avance vers moi. Je ne l’entend quasiment pas mais je sais qu’il est proche, que la distance qui nous sépare n’est qu’infime et que le jeu que je viens de lui offrir va le faire frémir quelques instants. Je le sens dans sa voix, dans sa présence. Je ne sais pas qui est cet individu à la voix grave semblant porter de nombreux ven dans la gorge, comme une existence qu’il n’aurait pas totalement digérée.

Dans ce long engouement qui nous lie alors, j’essaie de me défaire de son étreinte mortuaire, sachant que s’il m’attrappe je ne ferais pas long feu. L’homme au fourreau n’est peut-etre pas commode, mais moi je suis rapide. Je m’élance donc dans une course effrénée qui me vide l’esprit et m’emplit les poumons. A pas de loups, je me fais discrète, silencieuse, comme un chat l’aurait été devant un oisillon et sa mère. Mais aujourd’hu je ne suis pas le prédateur, je suis la victime, le repas.
Peu importe, je mets en pratique les enseignements de mes maitres d’armes et me prouve à moi-meme que je n’ai pas été une élève passive mais que j’ai retenu les leçons importantes. J’arpente les allées avec douceur et terreur, persuadée que dans un lieu que je ne connais pas, je ne pourrais que perdre. Mais j’y crois, je me dis que tout n’est pas fini. Et dans mes nombreux élans, je tente de trouver la sortie. Le problème? Cet endroit est immense et je ne sais où je suis, ni meme par où je suis arrivée.

Etouffée par l’obscurité et les ombres, je tente de deviner dans quelle direction se trouve mon exutoire. Mais impossible de le savoir car je dois fuir, fuir, pour ne pas me retrouver piégée dans les griffes du loup Supérieur. Tel un chien de chasse, je sens son souffle s’accélérer et perdre patience. Je tourne la tete, je ne devine pas sa présence. Quelle allée? Quel endroit? Jusqu’à ce qu’un bruit virulent d'une lame vienne m’échauffer les oreilles d’une nouvelle rèconfortante: à quelques pas sur ma gauche. Je cours alors et l’instinct qui me guide enfin ne me présage rien de bon. La bête vient de se réveiller et n’hésite pas à me poursuivre, trop frustrée de son erreur et de dècouvrir qu’elle m’offre ma dernière chance de fuite. Alors que je semble appercevoir le bout d’une allée et un semblant de porte en bois dans la pénombre de la nuit hantant la pièce gigantesque, ma route est coupée par l’individu aux yeux de démon et sa lame inflexible.

Je suis là, tremblante, sentant le bois vieux de l’étagère qui m’empeche de m’échapper de ce gétapant. Non loin de nous, la lumière faiblarde d’une bougie nous éclaire assez pour que je distingue son visage colérique et froid. Son souffle alletant, il prend quelques secondes pour me détailler, satisfait d’avoir capturé le parasite de ses murs. Moi, je ne sais toujours pas où je suis, mais je prends enfin le temps de le découvrir. Des plafonds hauts, très hauts, une architecture Supérieures sans aucun doute, à laquelle vient s’ajouter des sculptures splendides. L’endroit semble riche, je serais donc dans une grande bibliothèque officielle. Je réfléchis impunément jusqu’à ce que l’idée effroyable me traverse un instant l’esprit. Serais-je dans le Château? Un frisson parcourt alors mon dos trempé, et une impulsion de l’homme me fait revenir à lui. Ses yeux ne sont pas mauvais, mais il sont le reflet d’une âme perturbée n’ayant jamais trouvée le repos. Il continue de me scruter, ne prononçant pas un mot, obnubilé par sa découverte.

Que compte-il me faire? Je sens sa main frôler mon corps, comme s’il voulait se rassurer de m’avoir bien attrapé, comme si pour lui je n’étais pas réelle ou que j'allais à nouveau lui échapper. Je comprends alors que pendant ce bref moment son questionnement est tout autre. Il approche sa main sombre de mon visage et je ferme les yeux, ne souhaitant pas voir la lueur qui pourrait naitre en son regard. Il pousse mes mèches humides et découvre avec horreur ma vraie nature. Mais je n’ose ouvrir mes paupières pour observer le spectacle. C’est alors que mon esprit curieux me dépasse et m'oblige à observer l'être sortir de ses gons. Pourquoi tant de haine envers notre race? Nous n’avons rien demandé à Liv, nous sommes des enfants de la paix, les Héritiers d’un monde nouveau. Mais l’homme face à moi ne semble pas partager mon discours et manque alors de m’égorger sur place lorsque sa raison le rattrape.


« Peu me chaut de savoir par quel maléfice tu es entrée ici, sorcière, car tu n’iras pas plus loin de toute façon. Malheureusement pour toi, je suis d’assez méchante humeur. »

Attendant le supplice de mon bourreau, je me frotte à de nouvelles interrogations. Cet individu est loin d’être sot et va chercher à obtenir des informations. Mais quelles informations pourrais-je bien lui apporter? Je ne sais même pas comment je suis arrivée ici. C’est alors que je commence à réaliser que je suis dans un rêve et que le sommeil me quitte quand soudain il me secoue vivement et me somme de répondre à ces questions:


« Je te laisse en vie le temps que tu répondes à mes questions : qui es-tu, qu’es-tu venu faire ici et qui t’envoie ? Une réponse rapide te vaudra moins de douleur… »


Et puis quoi aussi? Je te réponds et tu me tues? Bougre! Crois-tu réellement que j’oserais prononcer un seul mot en ma défaveur devant autant de mépris? Je ne suis pas un insecte! Mon regard du à ses pensées changer de teinte et d’expression puisque le sien en changea également voyant que je ne me sentais pas prête à me soumettre à lui. Qui était-il donc pour exiger des gens et se permettre le droit de mort sur leur existence? Un garde frustré? Un soldat voulant faire le malin? Je n’y pensais pas un seconde, mais cette personne ténébreuse ne pouvait pas être quelqu’un de si terrifiant, sinon, pourquoi serait-il seul la nuit à la portée des brigants de haut vol et des assassins qualifiés? En effet, je ne connaissais rien à la vie et l’organisation des Supérieurs, mais je n’étais pas si idiote.

Pourtant, que répondre à une telle question? Si je lui disais ce qu’il voulait, il allait me tuer. Si je ne lui disais pas, cela serait pareil, à moins que sa curiosité à mon sujet soit sans limite. Lui dévoiler mon existence royale? Surement pas, je ne serais pas assez irréfléchie pour déclencher une guerre à moi toute seule. Et puis quoi finalement? N’étions-nous pas dans un reve?

Un nouveau vertige me saisit lorsqu’il me remua le gosier une fois de plus avec sa lame. Le Supérieur attendait des réponses, et vite. Il était donc de mon devoir de lui en donner, et rapidement. Mais comment m’épargner? Si je tentais de fuir maintenant, sa lame ne pourrait pas m’épargner. Alors d’une voix déterminée et pleine d’assurance je lui rétorqua:


“Je ne vous dirais pas qui m’envoie et ce que je viens faire en ces lieux mais si vous saviez qui je suis je doute que vous oseriez me chasser comme un lièvre, me parler comme à une vermine ou bien encore de me menacer de votre lame comme un vulgaire mendiant qui vous aurait offensé.”

Je ne savais si mon culot me permettrait de vivre un peu plus longtemps et s’il éveillerait ainsi une nouvelle curiosité chez mon chasseur. Maintenant que mes cartes étaient à découvert, c’était à présent son tour de mon montrer son jeu, n’oubliant pas que ma véritable identité resterait ma botte secrète, bien à l’abri de son esprit haineux.




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Mathan Gël'in
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MessageSujet: Re: De parchemin et d'ombre [TERMINE]   Ven 8 Fév - 21:14

Une vague d’insoumission soulevant soudain le bleu farouche de ses prunelles, portées haut par une étincelle de peur…
Aucun sentiment n’affleure sur ses traits lorsque les braises de révolte s’allument dans ce regard de mer. Au contraire, imperceptiblement le mépris scelle un peu plus son visage. Pourtant, même s’il ne cesse d’écraser la jeune femme du point de ses yeux métalliques, Mathan ne peut s’empêcher de se sentir intrigué, en son for intérieur. Combien de ses sujets oseraient le dévisager avec une telle bravade ? Du haut de son orgueil, il n’en voit aucun qui serait si peu attaché à sa vie et à sa liberté pour tenter pareille folie. C’est pourquoi il ne s’explique pas la témérité subite qui fait relever la tête à cette héritière, alors qu’il lui suffirait d’un mot pour faire de chacun de ses jours un cauchemar en punition de son effronterie. Pourtant, il sait qu’il n’en fera rien, du moins pas tout de suite. Tout d’abord parce qu’il ne tolère pas que ses questions demeurent sans réponses et qu’elle lui avouera tout avant peu, dans la violence si nécessaire. Mais aussi parce qu’alors qu’il examine sans ciller son visage fougueux, son instinct lui souffle que cette jeune femme n’est peut-être pas simplement la proie fragile et faible qu’il pensait avoir piégée dans ses murs. Aucun des voleurs et des assassins qu’il a envoyé tutoyer l’enfer dans les cellules de son Palais depuis le début de son règne n’ont cette fierté innocente, ce courage insensé, ce royal port de tête.

Sa voix s’élève bientôt entre les rangées de livres, l’indignation jetant une nette vibration de menace dans son timbre clair, et Mathan sent irrépressiblement son humeur prédatrice friseler à nouveau sur ses nerfs. L’irrespect déroutant de ces paroles impertinentes fouette méchamment son ego et l’ombre d’un sourire mauvais durcit son visage dans les lointains miroitements de la torche. Bien sûr, la colère gronde dans son sang devant un tel affront. Bien sûr, cette insulte ne restera pas impunie et l’héritière aura tout le loisir de regretter ses mots malheureux. Mais, pour lui qui pensait déjà déambuler dans les murmures de ses innombrables fantômes, il serait presque tenté de remercier l’intruse imprévue qui lui offre cette scène surréaliste, où la biche entend tenir tête au lion. Sa présomption ne lui vaudra aucune pitié mais le roi Supérieur se décide intérieurement à faire durer le plaisir de cet étrange face-à-face. Sa voix grave fond dans sa gorge en un velours doucereux, moqueur, aussi inquiétant que le métal glacé de son regard :


« Oh, vraiment ? Je ne pensais pas voir un jour si grande dame se faufiler en ces murs telle une vulgaire chapardeuse… Mais si noble que te crois, tu es également bien ignorante ou follement présomptueuse pour ignorer ainsi qui se trouve devant toi. »

Chez Mathan, les menaces les plus mielleuses augurent les toujours les pires représailles. Guidée par un souple mouvement de poignet, la lame d’Heleborg quitte un instant la gorge d’ivoire de l’Héritière pour se ranger au côté de son maître, et sous les voûtes ouvragées raisonne le claquement sec et féroce de la gifle assénée par le roi. Impitoyable, il a à peine retenu le coup, juste assez pour que le sceau royal ornant son majeur gauche vienne écorcher la pommette ronde, creusant une entaille superflue mais cuisante sur la peau immaculée. Le roi Supérieur sourit, satisfait de cette marque :

« Pour t’inculquer le respect que tu dois à ton Roi… »

La lame acérée de l’espadon revient la tenir en joue sur ses mots. Il s’agit de ne pas la laisser s’échapper une nouvelle fois dans le dédale de connaissances de la bibliothèque. Tout en la gardant sous le métal luisant de son arme, Mathan aligne lentement quelques pas pour tourner autour d’elle, à la manière d’un fauve heureux de sa prise. Il est confiant. Il sait qu’elle finira par parler. Nombreux ont étés ceux qui ont juré de se taire dont il est venu à bout. Toutefois, il ne peut s’empêcher de se demander jusqu’où la bravoure de cette intrigante Héritière la mènera. Ce n’est plus uniquement pour la punir comme il se doit de son intrusion qu’il désire savoir qui elle est, mais pour mettre un nom sur cette douce présomption, cette stupidité innocente et pure lui évoquant les lointains souvenirs d’une enfance perdue trop tôt.

« Maintenant que cela est clair, me forceras-tu à répéter mes questions ? Sache que je n’ai pas de scrupules particuliers à torturer les femmes. Octroyer un quelconque traitement de faveur à un ennemi potentiel au non d’une niaise galanterie convient aux sots et aux prétentieux. Considère-toi comme prévenue... »

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Dernière édition par Mathan Gël'in le Jeu 21 Mar - 12:12, édité 1 fois
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Eyeha Norken
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MessageSujet: Re: De parchemin et d'ombre [TERMINE]   Sam 9 Mar - 15:22

« Oh, vraiment ? Je ne pensais pas voir un jour si grande dame se faufiler en ces murs telle une vulgaire chapardeuse… Mais si noble que te crois, tu es également bien ignorante ou follement présomptueuse pour ignorer ainsi qui se trouve devant toi. »

Cette moquerie ne plu pas à Eyeha. Elle ne savait pas qui il était mais tous deux semblaient très surs d’eux. Ce Supérieur devait être quelqu’un d’important pour tenter d’obtenir de la jeune femme une quelconque forme de soumission. Intriguée, elle écoutait chacun de ses mots, buvant ses paroles comme pour tenter d’en décrypter un signe caché. Il la menaçait mais la princesse n’avait pas peur. Elle connaissait son statut et savait que celui-ci était son arme la plus puissante. Peu importe ce que cet homme tenterait, Eyeha saurait comment le contrer et l’effrayer. Et pire qu’elle serait sa réaction en sachant que la princesse de Lorde-Gian pu entrer dans les murs de Misengris comme un rat qui se serait caché de tout. Elle était loin de n’être qu’une vermine mais les sentiments de suspens et d’excitation la tiraillait au bon de n’avoir plus conscience du risque qui la suivait. Cela avait beau être un rêve, il semblait si réel que les frissons dans son dos auraient pu ne serait-ce que la réveiller.

C’est alors qu’une violente gifle du revers de la main vint s’écraser sur la joue de la princesse, lui entaillant la pommette au passage. Au moment du coup, elle lâcha un petit cri de stupeur, puis resta hébétée quelques instants, sous le choc du geste. Comment osait-il lever la main sur elle tel que son père aurait pu le faire ? Seul le Roi aurait pu se permettre un tel geste car personne n’était au-dessus de lui, sauf…

« Pour t’inculquer le respect que tu dois à ton Roi… »

Le regard de la jeune femme se glaça à ces mots. Plus aucun son ne sortir de sa bouche. Elle resta figée, de part la lame qui était revenue se glisser dans son coup et à la suite de ces affirmations. Eyeha n’en revenait pas. Qu’est-ce qui avait bien pu la mener jusqu’à lui ? Que faisait-elle dans le château de Misengris ? Le ventre tendu et l’estomac serré, elle déglutit puis ne pu sortir un seul mot. Elle restait bloquée sur le visage méprisant de ce Roi vaniteux, ténébreux et terriblement fier d’avoir blessé la jeune femme. Eyeha avait en face d’elle Mathan Gel’in de Misengris, et celui-ci lui insufflait un fort désir de violence. Elle aurait aimé l’étriper sur place, l’ennui étant que c’était elle la victime supposée, gardée d’une lame étincelante à la lumière douce des astres qui flottaient sur les vitraux. On pouvait certainement sentir la colère dans son regard, qui grandissait au fur et à mesure que la réflexion inondait les pensées de la princesse. Encore bien trop farouche et peu préparée à telle situation, elle se sentait perdre le contrôle sous tant de prétention.

« Maintenant que cela est clair, me forceras-tu à répéter mes questions ? Sache que je n’ai pas de scrupules particuliers à torturer les femmes. Octroyer un quelconque traitement de faveur à un ennemi potentiel au non d’une niaise galanterie convient aux sots et aux prétentieux. Considère-toi comme prévenue... »

Venant d’un tel individu, ces paroles n’eurent aucun effet. Elle voyait bien que le Roi d’Eleris, si on pouvait l’appeler ainsi, son propre Roi, n’était pas une personne douée d’empathie ou d’une compassion enfouie. Celle-ci ayant dû disparaître depuis bien longtemps. Il devait être vieux et expérimentée, une feinte ne servirait donc à rien pour contrer son audace et sa témérité face à la situation. La seule échappatoire qui restait donc à la jeune femme était de l’embobiner ou bien de le provoquer davantage. Même si la douleur ressentit par sa joue la piquait jusque dans son épiderme profond, elle bouillonnait d’envie d’aller plus loin et de le ridiculiser. Elle aurait tant aimé voir en son visage plein d’assurance, une mine stupéfaite et déconfite. Le sang encore chaud de la gifle détestable, elle réussit à lui envoyer un sourire des plus insupportables et rebelles, un sourire qu’elle aurait pu lancer à son père dans l’intimité. Et encore, il ne fallait pas plaisanter avec père, celui-ci étant peut-être le seul être en Eleris à provoquer chez elle la peur. Seulement, elle n’en savait pas grand-chose, n’ayant rien connu d’autre à part dans ses rêves les plus fous, comme celui qu’elle était en train de faire.

C’est ainsi que sans réfléchir davantage, elle osa dévisager à nouveau le Roi et lui lancer au visage une réplique digne de la gifle précédemment portée sur la princesse.


« Je n’ai qu’un seul Roi, et ce n’est surement pas vous. »

Elle ne savait s’il la frapperait encore, mais l’idée d’avoir pu envoyer une telle brimade lui réchauffait le cœur et résonnait en elle comme une certaine victoire. Elle attendit donc de voir en son visage la réaction espérée, et peut-être même une réflexion au-delà de simples mots. Comprendrait-il de quel Roi elle parlait ? Elle n’aurait su le dire avant sa réponse, qu’elle puisse être sous forme de coups ou de paroles blessantes et blessées.





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Mathan Gël'in
Roi de Misengris
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MessageSujet: Re: De parchemin et d'ombre [TERMINE]   Jeu 28 Mar - 19:45

Cet éclat vacillant d’assurance effrontée, qui enflamme son regard comme un phare sur la mer…
Mathan prend un plaisir singulier à voir s’épanouir la révolte sur les traits de la jeune femme. Personne à Misengris n’oserait lui tenir tête ainsi, sachant son nom, son rang et son dénuement de pitié. Mais l’ignorance nourrit tous les courages et cette Héritière est aussi ingénue qu’une enfant. Insolente et butée comme une fillette sûre de son bon droit, elle soutient l’acier de ses yeux malgré un reste de peur qui frissonne encore sur sa peau. Quelle scène étrange et improbable pour le roi Supérieur que d’être ainsi bravé, bravade d’autant plus dérisoire qu’il la sait vouée à la chute. Dès qu’elle saura qui il est, comme tous les autres la terreur la fera plier. Cette issue fatidique donne un charme désuet à sa présomption, qui arrache presque un sourire à l’impassibilité de Mathan lorsqu’il fait voler toutes ses certitudes en éclats par sa gifle acérée. Sous les voûtes muettes de la bibliothèque, le cri bref de la jeune femme fait écho au fracas du coup, qui semble résonner une éternité durant avant de se dissoudre dans le murmure de la pluie. Alors que sa peau d’albâtre rougit autour de la coupure de sa pommette, la stupeur la paralyse de longs instants, sans voix. Le roi Supérieur considère avec un certain amusement la façon dont l’hébétude cède la place à l’effroi sur ce visage portant sa marque. Son rang, révélé sans pompe ni fard, avec une simplicité mesquine, a remis cette péronnelle à sa place comme il se doit, et comme il l’avait prévu. L’ombre de sa couronne fait planer tant d’angoisse sur Misengris que chacun courbe l’échine avant de l’affronter, lui offrant la victoire en échange de la vie. C’est dans l’ordre des choses et pourtant, cela ne lui apporte que peu d’agréments. Il était presque rafraîchissant qu’on lui tienne tête avec cette innocente stupidité, songe-t-il alors que cette intruse perd le peu de piquant qu’elle avait…

Cependant, alors qu’il pensait la bataille gagnée, Mathan a la surprise de voir le feu de l’insolence brûler de nouveau dans son regard. Rien sur ses traits glacés ne trahit alors son étonnement mais tout en lui examine soudain la jeune femme d’un œil nouveau. Est-ce possible ? Pourtant, c’est toujours bien celle qu’il avait prise pour une proie effarouchée, piégée dans l’ombre des livres, qui se dresse à présent devant lui et le dévisage avec hargne malgré la menace d’Heleborg sur sa peau immaculée. Imperceptiblement, la rébellion arme son corps tout entier, contracte ses muscles et abaisse l’arc rétif de son front comme une forteresse au-dessus de ses prunelles azurines. Sans détacher les yeux de ce bleu vibrant de hardiesse, Mathan se raidit lui aussi, plus sombre encore qu’auparavant. Jamais son règne durant on n’a ainsi remis en cause sa supériorité. Qui est donc cette Héritière qui ne tremble pas à sa vue ? Jusqu’où s’étend son audace ? Le roi Supérieur ignore tout cela mais bientôt les braises d’une excitation agressive font de nouveau courir leur feu dans ses membres. Cette attitude anormale le prépare à la guerre. De gré ou de force, il lui faut briser cette irrévérence. Et c’est maintenant à lui d’épier de toute son attention cette inconnue qui ne le craint pas, qui conteste son autorité par l’allure frondeuse de son port de tête. Resserrant sa prise sur la poignée d’Heleborg, il redresse le menton pour la toiser avec mépris, méfiance et, malgré tout, une certaine curiosité. Quel tour lui prépare cette jeune folle qui ose le défier ? Avant de le voir, il pressentait quelque injure aussi acerbe que vaine et cela suffisait déjà à piquer sa défiance. L’idée même qu’elle puisse réellement se risquer à lui répondre faisait lever en lui le courroux comme la tempête sur l’océan. Mais lorsqu’il le voit se déployer telle une bannière sur son visage blessé, la provocation de son sourire éperonne furieusement sa colère.

Cette insignifiante sorcière se pense-t-elle donc immortelle pour se moquer de lui avec une telle impunité ? Il en viendrait presque à souhaiter qu’elle le soit pour prolonger indéfiniment ses souffrances, en juste punition de son crime. Mais alors que ses phalanges se crispent sur son envie de la gifler de nouveau, elle lui assène son ultime saillie, l’horripilant plaisir qu’elle éprouve à lui tenir tête crépitant dans son regard. Pendant deux secondes qui retiennent leur souffle, Mathan fixe ses yeux d’aigue-marine, laissé sans voix par la stupéfaction. Un silence mortel étouffe la pièce entière… Juste avant qu’un étrange son feutré ne se mette à ronronner dans l’air immobile, à peine plus haut que les modulations légères de la pluie. Cet insolite grondement dont l’ampleur ne cesse de se dilater s’élève bientôt entre les remparts de livres pour écraser l’atmosphère de ses vibrations dédaigneuses. Et sous les yeux de l’Héritière, le roi Supérieur éclate soudain d’un rire tranchant comme un couperet, glacé par le mépris qui lui secoue les épaules, roulant dans la pièce en un funeste présage. Tout en plaçant sa lame au plus près de la gorge laiteuse pour lui ôter toute velléité de fuite, il ne peut retenir cette hilarité dépourvue de joie, qui le prend tel un accès de fièvre face à une telle présomption. Alors c’était donc ça, la raison de son assurance… Lorsqu’il reprend contenance, son sourire, sa voix de velours et son calme retrouvé n’augurent rien de bon. Dans un geste dont la rudesse n’a d’égale que la négligence, sa poigne d’airain enserre la nuque gracieuse de la jeune femme pour approcher son visage du sien et abattre l’impitoyable menace de ses yeux d’acier au plus près de ses prunelles océanes :


« Je sais bien que les bâtards de ton espèce ont jurés allégeance à un Fils de Dieu veule et chétif. Mais malgré toute ton effronterie, Kedric Norken ne peut rien pour toi là où tu te trouves. En ces murs, fillette, tu es en mon pouvoir. Gardes ! »
Ce dernier mot éclate dans le silence de la bibliothèque comme la pire des sanctions, après cette chasse furtive. D’un même mouvement fluide, Mathan remet Heleborg au fourreau et saisit avec une brutalité avide le tendre bras blanc drapé dans la chemise humide pour entraîner violemment sa captive à sa suite, vers la porte et le couloir. Malgré le sourire conquérant qu’il se permet d’arborer et l’éclat joueur de son regard, sa prise n’a rien de lubrique. Il n’a jamais été un de ces hommes libidineux qui prennent plaisir à forcer les femmes et il éprouve même un profond dédain pour cette race d’impuissants. Cependant, il n’en est pas moins certain de récolter bientôt les cris de souffrance de cette folle d’Héritière, en paiement de son insoumission. Lorsqu’il ouvre à la volée le lourd battant sculpté, trois gardes en armure viennent à leur rencontre, épée au clair rutilant dans la lueur des chandeliers. Le roi Supérieur leur jette négligemment sa prisonnière en pâture avant de donner ses ordres d’un ton presque léger malgré les menaces dont il gronde, sans cesser un seul instant de toiser la jeune femme d’un œil glacial et d’un sourire mielleux :

« Une noble souris de Lorde-Gian nous a fait cette nuit l’honneur de venir fouiner dans notre humble Palais. Je vous féliciterai comme il se doit pour la qualité déplorable de la sécurité plus tard. Pour l’instant, je tiens à accueillir convenablement cette demoiselle. Réveillez quelques bourreaux et conduisez-la en salle de torture. »

La sentence est sans appel et les soldats s’empressent de plier avec zèle face à la volonté de leur souverain, dans le vague espoir que la menace qui plane sur leurs propres têtes soit moins terrible que le sort réservé à l’Héritière. Sans ménagement, ils l’empoignent et la privent de la vue à l’aide d’un tissu noué sur ses yeux. Il ne s’agirait pas qu’elle puisse espionner les profondeurs du Palais pendant le trajet jusqu’aux cellules privées d’espoir qui l’attendent sous terre. Alors que la pénombre du couloir commence à avaler sa silhouette gracile, Mathan tourne les talons, en route vers un des nombreux passages dérobés qui lui permettra d’atteindre les cachots. Qu’importe ce qu’elle avouera, il veut être présent pour savourer les moindres détails de sa victoire. Presque par dérision, il jette par-dessus son épaule.

« Une réponse rapide t’épargnerait des souffrances inutiles. Je me permets de te le rappeler par pure courtoisie… »

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