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 Le Lien Rompu. [Les secrets du Château]

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Shinra Az-Dard
L'Archer de la Mort
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Localisation : En cavale
Messages : 109

MessageSujet: Le Lien Rompu. [Les secrets du Château]   Ven 14 Déc - 23:47






Le Lien Rompu
Mathan Gël'in + Shinra Az-Dard


Cela faisait des vens entiers durant lesquels je m'étais entrainé pour finalement partir dans des missions tenues secrètes, à l'abri des regards. C'est cet esprit malsain de tout cacher qui m'avait permis de monter rapidement dans l'estime du Directeur, que j'appelais désormais Maître, et non père comme je le faisais naïvement plus jeune. Toutes ces missions n'ont fait qu'aiguiser mon âme de tueur pour me transformer en un véritable fervent de la Mort. J'étais dénué de toute moralité, et parfois de bon sens lorsque trop de sang s'écoulait devant mes yeux. La notion d'amour, qu'il soit propre ou pour un tiers n'existait plus pour moi. On m'a appris à éradiquer l'amitié, l'attachement, la joie. La satisfaction de voir un ennemi mort était ma seule source de jouissance.

Vivre n'était plus qu'un mot vide de toute définition, tout comme moi. J'avais un nom dont personne ne pouvait y mettre un visage. J'étais un fantôme, craint des ennemis du Roi. Shinra Az-Dard, l'Archer de la Mort. C'est ainsi qu'on me nommait. Je portais ce titre fièrement sans pour autant me montrer. Certains diront que la vie que je mène est un cauchemar, pour moi c'est une révélation. Je suis venu au monde pour accomplir ce métier qui me destinait naturellement. Dès mon enfance, la Mort faisait parti de mon quotidien. Je l'ai trop côtoyé pour la renier. Aujourd'hui, elle faisait parti de moi, mêlée à mon sang, glissant de mes veines à ma chaire pour se répandre peu à peu dans le cœur de mes victimes. Je transmettais cette maladie mortelle, purifiant un corps de son âme corrompue. Homme, femme, enfant, peu importe son sexe et son âge : Les ordres étaient parfois donnés de plus haut, bien plus haut... Et tout ce qui était dit devait être fait. Sans le moindre remord.

Cela faisait tout juste une demi-journée que j'étais rentré d'une mission. Presque deux cyclums de travail acharné pour retrouver un fuyard détenant des lettres confidentielles de la haute noblesse. Ce traitre m'avait conduit au-delà des murailles de Misengris, non loin des terres de ces animaux belliqueux et stupides : Les Etementa. J'ai finis par le retrouver dans un camp de chasseur, et j'ai fait mon travail : Tuer et faire disparaitre.

Mais aujourd'hui fut un jour spécial, hors du commun. J'étais dans une loge au confort médiocre, mais luxueuse comparée à la plupart des chambres de la caserne. On nous habituait au strict minimum, pour ne pas donner de valeur sentimentale à un objet, quel qu’il soit. Nous n’avions rien à perdre mais nous avions tout donné, jusqu’à corps et âmes. Je sortis de ma douche froide lorsque le Directeur entra sans même frapper. Il me fixa et ne prononça que deux mots :

- Prépares-toi.

Il repartit. Aucune explication, aucune politesse, il fallait s'y habituer ici. Nous sommes des Supérieurs méprisés par notre travail, mais reconnu pour leur efficacité. Je pris mon attirail ; mes dagues, mon manteau usé, ma petite ainsi que ma grande arbalète et mes pieux. Je sortis habiller, ma capuche relevée, paré pour retourner en mission. Le Directeur me dévisagea et continua dans ses phrases succinctes.

- Suis-moi.

Il entama sa marche dans le couloir où le bois logeant de façades et de sol pourrissait peu à peu par le manque d’entretien. Grinçant à certains endroits, s’affaissant sous le pied à d’autres, nous atteignîmes le sommet de l’escalier dont les marches descendaient vers les sous-sols. Pendant que nous descendions, je me demandais pourquoi il m’avait convoqué et surtout, pourquoi m’écartait-il ainsi de la caserne. Le pied de l’escalier offrait sur un nouveau chemin terreux aux sombres murs de pierres. La roche mal taillée à certains niveaux portait à croire qu’ici, l’architecture des lieux n’avait aucune importance. L’endroit était frais, des gouttes perlaient du plafond, décrivant l’humidité de ce prolongement oppressant. Peu de torches éclairaient cet endroit caché. Où allions-nous ?

Il reprit son avancée silencieuse, me laissant toujours dans l’inconnu. Les questions étaient fortement déconseillées, voire interdites. Je ne fis que suivre aveuglément le vieil homme, sans l’ombre d’une hésitation. Nous marchâmes ainsi de longues minutes. Les ténèbres persistaient et l’atmosphère devenait réellement étouffante. De plus en plus de mousses poussaient sur les murs ainsi que le plafond rocheux. L’égouttement de l’eau devenait lui plus importants, et une odeur putride se dégageait ici. Finalement, nous finîmes par rejoindre un groupe de trois hommes, dont chacun avait une manière différente de se cacher le visage. Deux portaient des masques à l’allure agressive et dont les yeux effrayaient. Quant au dernier, il portait un casque de ferraille baroudé de rayures et laissant paraitre des yeux luisant de colère. On entendait sa respiration comme un râle.

Le vieux Supérieur s’arrêta et nous regarda tour à tour. Il prit une profonde inspiration. Il avança vers deux des soldats qui s’écartèrent pour lui libérer le passage. Une porte se trouvait derrière eux. Le directeur se mit devant à la porte et se retourna pour nous faire face. Il croisa les bras, respirant lentement, maitrisant chaque seconde du temps pour nous faire bouillonner intérieurement. Nous étions tous âpres de savoir. Pourquoi étions-nous là ? Où allions-nous ? Qui étaient les trois autres ? Il prit la parole d’une voix calme, posée, pesant le moindre mot qu’il prononçait.

- Vous ignorez l’identité de l’autre. Y compris la vôtre. Vous ignorez la notion de vie propre au profit de celle de notre Nation. Vous ignorez la signification du doute et de la pitié. Vous ignorez l’échec, l’amour, l’amitié et tous ces sentiments qui rendent faible. Vous avez soif de réussite, de haine, de colère, de meurtre. C’est pourquoi vous avez été choisit pour servir personnellement notre Roi. Baissez les yeux. Ne croisez pas son regard. Ne parlez pas, buvez ses paroles. Obéissez à ce qu’il vous dira. Il vous méprise plus que tout et n’a aucune confiance en vous. Préparez-vous à être traiter comme des moins que rien. Préparez-vous à servir la plus haute royauté qu’il puisse exister en Eleris. Préparez-vous à servir les intérêts du Roi en personne.

Aucun de nous ne prononça un mot. Seul un signe de tête suffit. Mon Maitre ouvrit la porte donnant un autre couloir sombre. Il s’engouffra dans les ténèbres encore plus épaisses que précédemment. Les autres suivirent et je fermis la marche. Marchant dans une quasi-totale obscurité, je saurais dire ce qui m’entourait, mais mes pieds s’enfonçaient dans le sol flasque. Parfois, on entendait des bruits de craquement lorsque nous posions les pieds par terre. Très certainement de vieux ossements… Mais où étions-nous ? Au loin on apercevait une timide lueur qui perçait cette nuit artificielle à l’atmosphère étouffante. Dans quelques minutes, nous allions les atteindre.

Je repensais à ce que nous avait le Directeur. Le Roi. Nous allions servir le Roi, en personne. Incroyable. J’avais entendu des choses sur Lui, vieux mais bien gardé, combattif, d’une extrême sévérité, grand, imposant… J’essayais de me faire une représentation de Lui dans ma tête, mais rien ne venait. Je ne pensais qu’à cette rencontre unique. Avoir le Roi face à lui… C’est un honneur que peu de personnes obtiennent à Misengris. Les lueurs étaient proches désormais. Qu’allait-il nous demander ? A en croire le Directeur, nous n’allions pas être accueillit de bonne augure. Haïssait-il à ce point notre condition ? Si oui, pour quelles raisons nous a-t-il fait quérir… ? Comment le Roi peut-il nous confier des affaires concernant la royauté alors qu’il ne nous connait pas ? Comment… De nombreuses interrogations voguaient dans ma tête sans que je puisse y donner une réponse.

Nous atteignîmes les torches qui éclairaient la porte en bois massif qui nous bloquait la route. Elle était armée d’un mécanisme en ferraille à l’allure complexe. Le directeur sortit un trousseau de grosses clefs rouillées et enclencha les différents crans de sécurité de la porte blindée. Chaque cran avait une clef différente et à aucun moment, le vieux supérieur n’hésita en insérant la tige de fer dans une serrure. Finalement, plusieurs clics du mécanisme s’échappèrent permettant au Directeur d’ouvrir la porte sur… Des sortes de cachots.

L’architecture y était différente. Travaillée même. Nous nous engouffrâmes dans l’ouverture où une odeur pestilentielle remplit instantanément notre nez. L’endroit était humide, l’atmosphère pesante et lourde. L’environnement où des chaines pendaient des murs parfois recouvert de mousses, où des rats rongeaient les vieux ossements de pauvres inconnus ayant finis leurs derniers jours ici, où des cellules ressemblaient à des salles de torture, était remplit de ce parfum. Le parfum du mensonge, de l’inavouable, du pêché et de la tromperie. Ces lieux empestaient tout sauf la royauté, la noblesse, la grandeur du Roi.

- Quoiqu’il se passera lorsque vous traverserez les couloirs, ne déviez pas du regard, ne les écoutez pas. Laissez-les. Ceux qui sont ici sont ennemis du Roi,
ordonna le Directeur.


Il reprit sa marche en passant par le couloir de droite. D’autres chaines s’étalaient sur le sol. Rouillées, souvent ensanglantées, elles étaient accompagnées d’instruments de torture et de socles pour trancher les membres certainement. Plus nous avancions, plus nous découvrions de macabres outils, avec des crochets suspendus au plafond, des machines à écarteler, des tables surplombées d’un massif entonnoir, des fours, des pics métalliques… Et plus je voyais ces engins de la mort, plus je m’exaltais à l’idée de pouvoir faire subir cela un jour à un traitre. Faire de lui un martyre qui implorera la Mort de venir le prendre, sans pour autant qu’Elle ne le fasse.

Le Directeur tourna à gauche. Un nouveau couloir se dressa devant nous, où chaque côté se situait des cellules emprisonnant des créatures de toutes races, mais aussi des Supérieurs nuisant à notre Roi. Le bruit de nos pas les éveilla et certains se ruèrent sur les barreaux, perchant leur bras à travers ces derniers.

- Aidez-moi ! Je vous en supplie !

- Laissez-moi sortir ! Par pitié !

- Notre Roi est perfide et faux ! Il causera votre perte !

- Je ferais tout ce que vous voudrez !


Les chaines des prisonniers trainaient sur le sol, chantant la même prière. Celle du jour où leur joug cessera. Ils pleuraient pour la plupart, certains parlaient dans le vide, d’autres étaient devenus fou à crier à plein poumons ou encore qui marmonnaient des paroles incompréhensibles. De nombreux bras se tendaient sur notre route. Ne pas regarder, ne pas regarder. Et pourtant, cela me dévorait de voir leur visage creusé par la douleur tant mentale que physique. Je voulais voir cette peine, cette souffrance dans leurs yeux. Je voulais voir leur… Je vis un petit bras tendu où il manquait des doigts. J’essayai de dévier mon regard de cette main aux doigts amputés. Regarde ailleurs Shinra. Regarde ailleurs. Qu’avait fait cet enfant pour mériter pareille punition ? Pourquoi étais-je sensible à ce jeune prisonnier et pas aux autres ? Lâche de tes yeux ce membre infantile… Je fermis les yeux mais l’image de cette main restait gravée sur mes paupières. Rien n’y faisait, je n’arrivais pas à la chasser de ma tête. Je rouvris les yeux et mon regard se déroba sur l’enfant au visage marqué de torture. Des plaies récentes recouvertes de sang séché détruisaient le visage de celui-ci. Il avait l’œil gauche enflé, violet. De son autre œil, je puis voir sa rétine verte laisser couler des perles scintillantes d’une tristesse indescriptible. Il me regardait avec son air de pitié.

Une larme coula sur ma joue. J’aurais voulu l’aider. Sa douleur était mienne car je la comprenais. Enfin je vivais aussi dans un cauchemar, mais pas enfermé dans quatre murs obscurs. Je le perdis du regard dans mon avancée. J’ai fixé le sol, me remémorant son visage, en imaginant sa vie dans ce lieu insalubre. Mon esprit se remplissait d’une colère contre cette injustice, d’avoir torturé et massacré sa vie si jeune. Il ne connaitra jamais le levé de soleil de Misengris, les champs verdoyant ainsi que le bruyant marché du cœur de la Cité. Sa vie était déjà toute tracée : il allait vivre et mourir ici sans jamais revoir la lumière du jour.

J’avais perdu la notion du temps à penser à ce jeune Supérieur. Si bien que je n’étais pas rendu compte que nous étions arrivés à un étroit escalier en colimaçon. Nous le montâmes rapidement et une porte s’offrait à nous au premier palier. Le Directeur l’ouvrit et entreprit quelques pas. Il nous regarda une dernière fois.

- C’est l’heure. Ne me décevez pas.

Il attrapa la poignée de la lourde porte à sa gauche et la tira vers lui. Nous entrâmes dans la pièce. Il était là. Lui. Debout, les bras croisés à nous regarder nous installer face à lui. Nous faisions désormais face au Roi le plus puissant d’Eleris. Notre Roi. Le Roi Mathan Gël’in.
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Mathan Gël'in
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MessageSujet: Re: Le Lien Rompu. [Les secrets du Château]   Mar 18 Déc - 10:28

Une lune claire, étouffante et ronde, qui semblait cette nuit-là destinée à enfanter les pires complots...
La chambre de pitié. C’est ainsi que se nomme la petite pièce circulaire où il se tient debout, dans la faible lueur opaline qui semble s’écouler des moulures même du plafond, par un ingénieux système de diffraction de la lumière. De jour comme de nuit, ce n’est jamais plus que ce faible halo d’argent qui lutte sans espoir contre la pénombre, jetant sur les pierres humides des murs et du sol un éclat d’irréel. Le talent des sculpteurs Supérieurs se déploie encore jusqu’ici, cristallisé dans le colossal blason de Misengris dont l’écu en ogive rehausse la roche de son bas-relief. La tête de loup et les trois épées croisées sont représentées avec un luxe de détails étonnants pour un tel endroit. C’est toutefois le seul ornement présent ici, la chambre de pitié étant bien cyniquement à des lieues de la moindre clémence. Ici se trouvent enfermés ceux qui doivent mourir uniquement aux yeux du monde. Ce n’est pas la nourriture qui fait défaut, ni même la lumière si tant est que sa pénombre crépusculaire puisse suffire à un être vivant, car ce n’est ni la nuit ni la faim qui viennent à bout de ses captifs. Ce qui imprègne comme un poison les murs de cette cellule, qui noie tout ce qui s’y trouve jusqu’à la nausée, c’est le silence. Les supplications et les cris des autres prisonniers ne parviennent pas jusque là. La pluie et le vent ne battent jamais contre les fenêtres dérobées. La pitance arrive par une petite trappe dans un des murs, qui ne laisse jamais passer aucun autre son que le bol raclant sur la pierre. Celui qui se voit avalé par la chambre de pitié descend avant l’heure dans son propre tombeau et ce monologue sépulcral effrite toujours la raison des plus forts. Ceux qui entrent ici s’y regardent mourir, de corps comme d’esprit. C’est là que Mathan s’est rendu ce soir.

Il a rendez-vous ici, mais a tenu à s’y rendre en avance. Il a comme une affaire personnelle avec cet endroit. La trame de sa mémoire retrouve jusqu’ici quelques fils de souvenirs le reliant à ces murs, toujours englué dans ce goût d’amertume qui semble ne jamais devoir le quitter. Il caresse distraitement le relief du museau du loup, ses yeux de pierre aveugles accrochant de façon étrange la lueur pâle. Le contact froid et rugueux exhume les vestiges d’une ancienne terreur, lorsqu’Hilrik l’avait une fois enfermé quelques jours dans cette parenthèse du monde pour le punir d’avoir publiquement manqué de respect à Argan. Il contemple ces vieux sentiments avec dégoût, et cette ombre de colère qui lui plane sans cesse sur le cœur. Ces nuits de ténèbres silencieuses avaient amplement suffi à marquer au fer rouge son âme fière d’adolescent à l’époque mais il pourrait largement dépasser ce souvenir aujourd’hui. Oui, il le pourrait si seulement ce lieu ne portait pas l’empreinte d’une triste vilenie, dont il ne sait se défaire malgré les vens qui l’en séparent. Une autre trahison de son sang, corrompu sous ses yeux par une indigne, impardonnable faiblesse. Quelques uns à Misengris peuvent se souvenir que c’est ici que Santia a passé les vingt-cinq derniers vens de son existence, mais lui seul à présent sait que la défunte Impératrice Elysbeth, sa propre sœur, s’y rendait chaque jour pour le retrouver et lui offrir la vie, la chaleur, l’amour dont il aurait du être privé. Mathan ferme les yeux pour contenir son dépit. Presque deux siècles déjà le séparent de sa mort et pourtant, dans cette lumière opaline et incertaine, digne du monde des rêves, il lui semble qu’il pourrait presque la revoir. Il n’aurait même pas besoin de clore les paupières pour redonner vie à l’ombre satinée de sa peau, l’éclat discret de son sourire, la finesse de son cou, le tendre corail de ses lèvres et les imaginer ici, offerts à ce souverain déchu, loqueteux et misérable. Dès lors il ne peut empêcher la tristesse de l’étreindre et la jalousie de le consumer, alors que sa solitude vide ces émotions de leur sens. Car il n’y a plus que lui aujourd’hui dans cette pièce maudite. Santia a été exécuté sur la place du Conseil de Misengris et Elysbeth repose dans le royal caveau depuis le jour funeste où il l’a trouvée morte dans ses appartements, le sang immobile coulant comme deux ruisselets de velours rouge de ses poignets déchirés…

La chambre de pitié. C’est ainsi que se nomme cette petite pièce circulaire qui renferme tant de souffrances et de sombres secrets, baignés de jour comme de nuit par une spectrale pâleur. C’est là que le roi Supérieur a ordonné que le rejoignent ceux qu’il a fait mander. Car rien de ce qui se dit ou se fait dans cette mortelle antichambre ne peut atteindre le monde extérieur et la sentence qu’il a à rendre ce soir doit être prononcée entre ces murs sans oreilles. Se retournant vers la porte et se redressant de toute sa majesté, il attend tranquillement qu’arrivent les futurs bourreaux, ceux qui rendront sa justice sans plaidoyer ni témoin et rétabliront en son nom l’ordre dans son royaume. C’est à peu près en ces termes qu’il s’est adressé au directeur de la caserne lorsqu’il lui a transmis son ordre. Il doit rencontrer ce soir les porteurs de morts que le vieux soldat a choisi avec soin pour le servir. Cette perspective le dérange quelque peu en vérité. Mathan aime faire plier lui-même les rares adversaires assez fous pour lui tenir tête. Il ne connaît pas de meilleur moyen de rappeler à tous qui est à la tête de Misengris et il aurait donné cher pour que Zophiel d’Andarÿs lui en laisse l’occasion. Malheureusement, ce pleutre est la preuve vivante que bon sang peut mentir et que l’on peut être avide, lâche, prétentieux, hypocrite et d’une prodigieuse inconséquence tout en étant cousin du roi par la famille de la défunte reine Eriane. Mathan a un sifflement dédaigneux en songeant à cet homme ridicule qui s’agite pour obtenir ce qui est hors de sa portée, comme un enfant capricieux et détestable. Et dire qu’il doit l’appeler « neveu »… Zophiel qui, à la mort prématurée de son père, s’est offusqué de ne pas hériter de sa charge de conseiller d’Etat en même temps que de son titre de pair du royaume. Qui n’a eu de cesse, depuis près de deux vens, de critiquer une à une toutes les décisions prises par l’imposteur de petite noblesse nommé à sa place, dans l’espoir de le discréditer auprès de son royal oncle. Qui sème la discorde dans tout le Palais en divisant la Cour. Qui commence à rassembler des partisans en s’imaginant qu’il pourra faire pression sur lui et récupérer ce qui lui est du. Un insondable puits de sottise, en vérité…

La seule erreur de Mathan a été de sous-estimer ce petit chien braillard, lui octroyant ainsi le temps de fédérer d’autres nobles à sa cause. Cependant, il entend bien remédier à cette méprise grâce aux hommes qu’on lui a promis ce soir et qui passent enfin le seuil de la porte dans un ordre impeccable, suivi du directeur de la caserne. Le roi Supérieur les regarde sans mot dire, le visage fermé. Quatre hommes silencieux et attentifs dont il ne peut voir les visages. Ses yeux d’acier se posent sur chacun d’eux, un bref instant. Les deux de droite portent d’étranges masques de bataille figurant des traits agressifs et fantastiques, le plus grand arbore un casque balafré ne laissant entrevoir que son regard de prédateur furieux, le dernier a simplement rabattu l’ample capuche de son manteau. Le lourd tissu sombre ne révèle que le bas de son visage, un menton volontaire et une bouche encore ronde, des traits qui finissent à peine de se dépouiller des marques de l’enfance. Parce que c’est sans aucun doute le plus jeune, parce que c’est le seul qui ne dissimule pas complètement son identité, celui-ci retient son attention plus longtemps que les autres. Puis, il finit enfin par prendre la parole, s’adressant sans le regarder au directeur de la caserne avec une hautaine dérision :


« Tes meilleurs éléments, m’as-tu dit… Te serais-tu moqué de moi ? Je ne vois que trois clowns de carnaval accompagnés d’un moinillon en capuche. »
Le vieux Supérieur s’apprête à lui servir des excuses et des explications mais Mathan l’arrête d’un simple geste du doigt, sans appel. Il n’a pas envie d’entendre un quelconque éloge de ceux qu’il a en face de lui. Ce n’est pas cela qui les fera remonter dans son estime. Il n’aime pas cette façon de se cacher ainsi derrière un déguisement grotesque, une mise en scène censée donner un relief de terreur à ce qui n’est rien de plus qu’un acte de mort. Or, la mort n’a rien de terrifiant. Pour l’avoir côtoyée durant presque toute la Grande Guerre, il sait qu’elle est aussi légitime et inéluctable que la vie, qu’elle frappe à toute heure et sans distinction et n’a aucun besoin de messagers bariolés. Aussi, il n’aime pas ces simples exécutants qui se prennent pour plus que ce qu’ils sont.

« Je ne perdrai pas mon temps et ma salive à expliquer à des bouchers de votre espèce l’édifice complexe et pernicieux qu’est l’exercice du pouvoir. En vérité, il n’y a qu’une chose que vous avez besoin de connaître et que vous êtes à même de comprendre. »
Le roi Supérieur s’avance de quelques pas et passe devant chacun d’eux pour les survoler de son regard dur, aussi glacial que sa voix qu’il martèle avec fermeté pour imprégner distinctement chacun de ses mots en eux :

« Vous êtes là devant moi parce qu’un homme de cette cité a bafoué mon autorité. Il s’est imaginé qu’il pouvait me dicter ma conduite et il pense pouvoir me ranger à son avis en ralliant suffisamment de fidèles à sa cause. En d’autres termes, il s’offre le luxe d’oublier que je suis celui qui tient la totalité du peuple Supérieur dans ses mains, celui à qui tous ceux qui prétendent vivre à Misengris doivent la plus totale des soumissions. »
Mathan s’arrête et laisse ses paroles se distiller dans le silence minéral de la chambre. Il n’a pas vraiment pensé à ce qu’il allait dire à ces assassins avant de venir. En revanche, il sait exactement ce qu’il veut implanter en eux : le sentiment aigu et pénétrant qu’à travers lui, c’est pour le royaume tout entier qu’ils s’apprêtent à œuvrer. Qu’il n’est pas un simple Supérieur richement vêtu et portant couronne mais le socle et le sommet de Misengris et qu’à ce titre, c’est la Nation elle-même qui leur fait l’honneur de les vouloir sous ses ordres. Se retournant vers eux, il ajoute d'un ton net et inflexible :

« Ils sont dix-sept conjurés à avoir fui la Cour actuellement, après avoir réalisé trop tard leur erreur. Ils sont menés par mon neveu Zophiel d’Andarÿs, que je veux vivant, entier et en tout dernier. Car avant cela, je veux qu’il voit tomber l’un après l’autre tous ses fidèles. Ramenez leurs têtes à Misengris afin que tout le monde sache que nul ne peut prétendre diriger cette ville à ma place. Vous quatre ici présent, à partir de maintenant et jusqu’à ce que la mort ou moi-même vous libère, vous êtes mon bras armé. Vous êtes mon ombre et ma justice, vous êtes la Main du Roi. En tant que tel, j’entends que vous portiez mon châtiment sur mes terres avec la même intransigeance que je mets à exercer mon règne. »
S’avançant d’un pas, il repousse d’un geste dédaigneux la capuche du plus jeune, révélant son visage, ses cheveux de neige et ses yeux flamboyants. Un bien jeune garçon qu’il toise droit dans les yeux, avec une inflexible dureté.

« Me suis-je bien fait comprendre ? »
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Shinra Az-Dard
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MessageSujet: Re: Le Lien Rompu. [Les secrets du Château]   Ven 21 Déc - 18:26

- Tes meilleurs éléments, m’as-tu dit… Te serais-tu moqué de moi ? Je ne vois que trois clowns de carnaval accompagnés d’un moinillon en capuche.

Dur. Sévère. Froid. Imposant. Autoritaire. Comme on me l'avait décrit. C'est que j'ai ressentit dès ses premiers mots. Nul doute qu'il menait d'une main ferme notre cité pour l'amener à son apogée. Il nous méprisait clairement, cela va sans dire. Le directeur nous avait prévenu. Le Directeur essaya de s'excuser en vain. Le Roi l'avait tû d'un geste. L'air hautain du Roi marquait la frontière de nos conditions respectives. D'un simple regard vous connaissiez votre place et la sienne. Vous n'êtiez qu'un simple sujet des bas-fond qu'il anime ou vous prive de la vie d'un seul et unique geste. Vous saviez que votre vie n'avait qu'une maigre importance pour lui. Si ce n'est aucune. Mais malgré tout, nous buvions ses paroles en silence, fixant le sol pour ne pas croiser son regard impérial.

- Je ne perdrai pas mon temps et ma salive à expliquer à des bouchers de votre espèce l’édifice complexe et pernicieux qu’est l’exercice du pouvoir. En vérité, il n’y a qu’une chose que vous avez besoin de connaître et que vous êtes à même de comprendre.


Avançant pas à pas devant nous sur la roche froide, il dictait avec fermeté la situation et ce qu'il attendait de nous. Le problème relevait encore de la noblesse et de la royauté. Je ne m'étais guère penché dans ce monde d'aristocrates où les mensonges perduraient, animant cette dimension politique. Mais Lui n'était pas un homme comme tous les autres. Il n'agissait pas tel un fourbe, mais il se montrait pour imposer le respect que l'on lui devait. Cependant, ici la chose paraissait bien différente. Et faire appel à nos services ne devait très certainement pas l'enchanter outre mesure. Mater ses adversaires de son propre chef était d'une autre dimension que celle d'en donner l'ordre à des Supérieurs comme nous, méconnus et méprisables par notre profession. Mais nous agissions dans un but précis. Celui de servir de notre Roi, de satisfaire ses attentes et de ne jamais le décevoir.

- Ils sont dix-sept conjurés à avoir fui la Cour actuellement, après avoir réalisé trop tard leur erreur. Ils sont menés par mon neveu Zophiel d’Andarÿs, que je veux vivant, entier et en tout dernier. Car avant cela, je veux qu’il voit tomber l’un après l’autre tous ses fidèles. Ramenez leurs têtes à Misengris afin que tout le monde sache que nul ne peut prétendre diriger cette ville à ma place. Vous quatre ici présent, à partir de maintenant et jusqu’à ce que la mort ou moi-même vous libère, vous êtes mon bras armé. Vous êtes mon ombre et ma justice, vous êtes la Main du Roi. En tant que tel, j’entends que vous portiez mon châtiment sur mes terres avec la même intransigeance que je mets à exercer mon règne.

Je ne pouvais que m'exalter à l'idée d'une telle mission. Chaque mot qu'il prononçait était des pics qui tiraillaient cette folie meurtrière habitant mon âme. Ses idées étaient claires, son plan ambitieux et doué d'une macabre créativité. J'admirais son côté presque sans coeur et dénué de toute moral. Mais ils étaient des traitres, et seule la mort était un châtiment digne d'un tel comportement. Cette idée de massacre était une pure merveille. L'excitation montait en moi, devenant quasi-incontrolâble. Peut être était-ce ce stress qui coulait dans mes veines à voir l'être le plus important d'Eleris ou cette chasse aux tête qui agitait la chose en moi. Ou peut être les deux ? J'en avais oublié l'enfant mutilé et l'injustice que celui-ci subissait. La seule chose qui m'intéressait désormais c'était cette tâche des plus complexes et excitantes. Je me voyais déjà ramener chacune des têtes de ces malfaisants. Je me voyais féliciter de mon travail. Je me voyais... Avec de trop grandes idées qui me montaient à la tête. Cette dernière fut brusquement découverte. Le Roi m'avait découvert le visage.

- Me suis-je bien fait comprendre ?

J'ai légèrement relevé les yeux et je vis son regard pénétrant, glacial et dur. Il n'oscillait pas, laissant de marbre son visage aux traits ternis par le temps, laissant pourtant transparaitre une nette fermeté sur son visage, presque comme une colère quotidienne. Je frémissais, bouillonnais intérieurement. Je devais choisir mes mots avec prudence, sans quoi je perdrais toute chance de monter dans son estime.

- Il n'est plus aisé que de comprendre votre requête mon Roi.

Je me suis incliné face à Lui, à sa prestance majestueuse. Les autres suivirent le pas. Montrer sa fidélité, son acharnement, sa volonté. Je voulais lui montrer à quel point mon devoir me tenait à cœur.

- Si par ma vie je peux vous servir, je n'hésiterais pas.

Les autres auraient pus dire cela... Quel imbécile... Je ne savais plus quoi dire... Un long silence pesa. Peut être n'aura-t-il duré que quelques secondes, mais elles parurent aussi longues que l'éternité elle-même. Je repris la parole pour briser ce malaise qui s’installait en moi, tel un poison qui envenimait progressivement mon corps.

- Mon Roi, sauf votre respect et outre votre neveu, connaisseriez-vous certains noms de ces traitres voulant vous renverser ? Cela nous permettrait d'éliminer rapidement cette menace qui oppresse votre légitime souveraineté.
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Mathan Gël'in
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MessageSujet: Re: Le Lien Rompu. [Les secrets du Château]   Mar 8 Jan - 17:27

Un regard érubescent dont la pupille vacille à l’appel du sang…
Alors qu’il toise avec une froide précision le jeune visage face à lui, Mathan ne peut cerner distinctement les raisons de son geste. Peut-être parce que c’est le seul qui ne lui cachait pas totalement son visage en arrivant, le seul qu’il puisse identifier comme un de ses semblables et non comme un pantin morbide affublé d’un masque clownesque. Un semblable… Pourtant, tout les oppose. Il ne peut rien y avoir de commun entre lui, le roi tout puissant du peuple Supérieur, et ce jeune assassin qui n’a sans doute eut que la mort et son empreinte putride pour seules compagnes. Lorsqu’il répond à son ordre déguisé en question, Mathan peut entendre son souffle frémir très légèrement et donner à sa voix cette vibration impulsive, comme s’il était déjà en train de poursuivre ses proies. Cette hâte lui évoque vaguement quelque chose, une impression diffuse et familière sur laquelle il tente de mettre un souvenir sans lâcher de son regard d’acier le jeune supérieur. Ce dernier l’y aide par son serment de fidélité, juré sans fioritures avec une concision qui, en quelques mots, révèle sa ténacité et sa conviction sans faille. Rien ne change dans l’expression du roi, mais ce dernier s’amuse un peu dans son for intérieur d’un tel dévouement. Il se souvient, à présent. Cet assassin lui rappelle les tout jeunes chiens de chasse qui renouvellent régulièrement ses meutes. Leur impatience, leur fougue, leur volonté de bien-faire et leur loyauté absolue sont un peu les mêmes que celles qu’il devine parcourant les membres du jeune homme. Cependant, il repousse bien vite cette comparaison et finit par se détourner de ce regard carmin. Il n’y a pas lieu de le considérer de trop près.

Faisant de nouveau face au blason de pierre sur le mur du fond, il s’éloigne de quelques pas, se désintéressant totalement de toutes les personnes présentes. Pour lui, l’entretien est déjà terminé. Pour ce qu’il a pu discerner dans les prunelles rouges du jeune assassin, ses paroles ont eu l’effet escompté et il ne doute pas un instant que lui et ses comparses accompliront sa volonté sans faillir. Il aura ce qu’il a demandé, les têtes de tous les traitres, une par une. Assurément, il n’en fera pas grand-chose mais maintenant qu’il s’est fait à l’idée de confier le châtiment à de sombres exécutants, il commence à discerner de quelle façon tirer partie d’une mort mystérieuse et soudaine, survenue du néant comme une obscure malédiction. Ses sujets ne sont pas naïfs à l’égal de ces misérables humains qui se prosternent en invoquant les faveurs de leurs idoles. Chaque Supérieur à sa cours saura tôt ou tard que ces punitions sont de son fait d’une façon ou d’une autre. Alors, bien hardis seront ceux qui oseront à nouveau s’élever contre lui, dont la justice s’abat en silence et sans pitié jusqu’aux confins les plus reculés de ses terres. Oui, Mathan commence tout juste à s’abîmer dans ses réflexions en songeant qu’un peu de spectaculaire dans son règne pourrait mater les faibles d’esprit tel que son neveu, lorsque le jeune assassin fougueux s’adresse soudain à lui. Irrité d’être brutalement retiré de ses pensées, le roi se retourne lentement pour foudroyer de son regard l’impertinent. Le remettant âprement à sa place par la froideur de ses yeux métalliques, il revient vers lui à pas lents, menaçants.


« Ai-je bien entendu ? Non content de t’adresser à moi sans que je te le permette, tu sous-entendrais que je puisse ignorer les noms de ces dix-sept personnes qui attentent à ma souveraineté ? Que je puisse sous-estimer leur acte au point de ne pas m’enquérir de l’identité de chacun d’eux ? »
Revenu devant lui, le visage encore durci par le sourd courroux qu’avait levé en lui cette intervention, Mathan le toise sans la moindre merci durant de longues secondes. Finalement, il ne s’est pas trompé. Cet assassin est peut-être prometteur pour que le directeur de la Caserne l’ait choisi en personne malgré son âge encore juvénile, mais sa trop grande fougue peut être sa meilleure arme tout autant que son plus lourd fardeau. Exactement comme ses jeunes chiens qui à force de hâte finissent par laisser échapper le gibier. Lorsqu’il reprend la parole, la voix grave du roi a pris ces inflexions feutrées qui font ramper sur la peau les plus sûrs frissons d’angoisse. Celles dont il use pour distiller ses menaces onctueuses à ses malheureux adversaires.

« Dois-je te punir pour ton effronterie ? Ou t’es-tu rappelé de toi-même où se trouvait ta place ? »
Si l’on veut que les chiens deviennent de bons veneurs, il importe de bien les dresser. Que celui-ci sente le poids de son audace impromptue, il ne sera que plus prompt à s’en défaire par la suite. Lorsqu’il est satisfait de la réponse et de l’attitude de l’assassin impudent, Mathan s’écarte à nouveau, de nouveau serein dans ses pensées houleuses.

« Ton pire ennemi, c’est ta langue, jeune chiot. Tâche de t’en souvenir. »
Et il considère dès lors l’incident comme clos. Lorsque la distance est rétablie entre lui et les quatre tueurs, il égrène d’une voix nette les dix-sept noms des cibles à abattre, en leur faisant grâce de leurs titres et de leurs terres. La Main du Roi n’a besoin que de savoir où frapper, rien de plus.

« Un ordre de mission non officiel vous sera transmis. J’ose espérer que vous n’en laisserez pas trace. Je suis curieux de voir qui de quatre en occira le plus… »
Toujours nulle expression sur son visage, mais pourtant c’est vers le jeune homme aux yeux sanguins que Mathan s’est tourné en prononçant cette dernière phrase. Parce qu’il est le seul à avoir attiré un tant soi peu son attention lors de cette entrevue, parce qu’il est impulsif et impatient dans son dévouement et son art, il est peut-être le seul pour qui le roi éprouve autre chose en plus de son profond mépris. Rien de transcendant venant de lui, c’est même infime et il aura sans doute oublié jusqu’à son visage dans deux jours au plus. Mais il n’en demeure pas moins curieux de voir jusqu’où ce jeune chien pourra éveiller son intérêt…

« Allez, maintenant. »
[Encore désolé pour mon temps de réponse >< Je te laisse faire une ellipse et on se retrouve pour le premier bilan ?]
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Shinra Az-Dard
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MessageSujet: Re: Le Lien Rompu. [Les secrets du Château]   Dim 17 Fév - 13:42

- Ai-je bien entendu ? Non content de t’adresser à moi sans que je te le permette, tu sous-entendrais que je puisse ignorer les noms de ces dix-sept personnes qui attentent à ma souveraineté ? Que je puisse sous-estimer leur acte au point de ne pas m’enquérir de l’identité de chacun d’eux ?

Comment avais-je pus m'emporter de cette manière ? Quel mal avait pus me traverser l'esprit pour que j'en arrive à sortir de ma bouche des mots qui pouvaient offenser la seule présence du Roi.

- Dois-je te punir pour ton effronterie ? Ou t’es-tu rappelé de toi-même où se trouvait ta place ?

Il laissa peser un silence de mort surplomber l'atmosphère pourtant d'un poids insoutenable. J'étais oppressé parce ce qu'il venait de me dire. Allait-il vraiment me châtier ? Qu'avais-je donc mérité pour pareille fougue ? J'étais excité à l'idée de Le servir, mais l'instant d'après, me revoilà les pieds sur terre, à me faire jurer pour avoir pris inopinément la parole.

- Ton pire ennemi, c’est ta langue, jeune chiot. Tâche de t’en souvenir.

Les yeux fixés au sol, je ne bougeais plus. Même respirer me paraissais désormais comme une offense à son égard. Il avait raison. Silence Shinra, ton engouement morbide et ta dévotion ne te font que trop parler.

- Un ordre de mission non officiel vous sera transmis. J’ose espérer que vous n’en laisserez pas trace. Je suis curieux de voir qui de quatre en occira le plus…

Je sentais son regard sévère se poser sur moi. Mon échine s'hérissa, ma peau parcourue d'un frisson indescriptible. Mon corps tout entier voulait se débarrasser de ce joug que de rester immobile. J'étais à cran. Toute cette pression ne faisait que transpirer ma folie ardente. Je voulais libérer mon corps de cette position de marbre, au genou s'imprégnant de l'humidité du sol moisit. Cette chasse à l'homme me mettait la rage aux crocs. J'étais de plus en plus excité au plaisir de voir mes victimes, de voir leur visage pétrifié de terreur, de voir leur sang coulait entre mes doigts, allongeant leur tracée rouge le long de mon bras... Je voulais tout ça, sur le champ !

- Allez, maintenant.

C'était le signal. Nous nous sommes relevés lentement, gardant la tête basse et le regard sur nos chaussures. Puis en file indienne nous sommes sortis de la salle, l'ancien Supérieur ferma la porte, laissant le Roi seul. Le directeur reprit la tête de la marche et me glissa discrètement lorsqu'il passa à côté de moi :

- Tes paroles ont faillit te tuer. Tâche de ne pas le décevoir par la suite, ni même moi d'ailleurs.

Nous reprîmes le chemin inverse pour rentrer à la caserne, passant de nouveau devant ces geôliers qui ne sortiront jamais de cette obscurité. Toute cette douleur qui remplissait leurs yeux m'exaltait, appelant peu à peu cette voix qui me hantait. Sa douce et frissonnante mélodie sifflait dans mes oreilles, retentissait dans mon cœur comme un glas annonçant la fin. Un sourire malsain se dessina sur mon visage, je le savais. Diffuser cette aura aux allures machiavéliques me remplissait d’un bonheur presque excessif. Nous repassâmes devant la prison du jeune amputé. Je pris cette fois ci le temps de l'observer, d'admirer ses séquelles irréversibles. Puis je me suis approché des barreaux et mis mon visage à hauteur du sien :

- Lorsque tu mourras, je serais là sale chien.

Je rejoignis la petite troupe marchant entre les instruments de torture. Quelques minutes plus tard, j'étais de nouveau dans ma chambre miteuse. Je me suis débarrassé de tous mes vêtements. Me caressant le bras droit de toutes ces scarifications, je souriais à l'idée d'en ajouter d'autres, signifiant un nouvel accomplissement de ma destinée et la fin de celle d’une autre. Je pris une nouvelle douche à l'eau froide. J'avais transpiré comme jamais auparavant. Cette rencontre avait balayé d'une seconde ce que je pensais avoir bâti en tant d'années : Un mur entre cette dure réalité et mon esprit. Un mur qui aujourd'hui, s’était effondré face à notre Roi, et par mon comportement indigne. Cette tension m'avait presque rendu incontrôlable. Non. Plus jamais cela. Je devais rester maître de mon corps. Je suis sorti de la douche, saisissant cette même serviette humide que j'avais prise il y a un moment de cela. Tout en m'essuyant, je vis une missive glissait sous la porte avec un simple cachet. Je la pris pour l'ouvrir : La liste des traitres voulant renverser le pouvoir du Roi. Cependant, tout en bas de cette lettre était fraichement écrit : " La chasse est ouverte".

3 delums plus tard...

ll faisait nuit et la pluie battait les ardoises des constructions. Cela faisait déjà presque deux délums que je le surveillais. Je l'avais aperçu par hasard dans une rue où se tenait un marché. Il était discrètement entouré d'hommes et voyait sa chère et tendre ainsi que ses deux enfants trois fois par semaines. Et le jour qui m'intéressait, c'était celui de cette Liv. C'était mon rituel. Tuer un jour où le monde Elerien croit au jour de la "déesse" de la vie. Et ce soir, nous étions à la tombée nuptiale d'un Levo. Le jour où mes victimes cessent de prendre goût à la vie et embrassent la mort.

J'étais planqué depuis la fin d'après-midi sur une corniche plantée sous un toit voisin. Le confort y était rudimentaire, mais elle n'en restait pas une cachette des plus abouties. Comme à son habitude, ma victime arriva deux heures après que les derniers rayons du soleil aient disparus. Le supérieur était accompagné de quatre hommes lourdement armés cette fois-ci. Des hommes auxquels je ne pourrais faire face au corps à corps, mais qui manquaient aussi énormément d'agilité. Des proies faciles pour mon instrument mortel.
La demeure était imposante, reflétant la monstrueuse richesse que cet homme pouvait garder. Son influence au sein du pouvoir devait surement être tout aussi grande que l’était sa bâtisse. Le feu d'une bougie éclaira le rez-de-chaussée et transperça les carreaux pourtant épais. La lueur se déplaça de vitres en vitres pour ensuite disparaitre et refaire surface quelques secondes plus tard sur le palier du premier étage. Elle se dirigea vers une salle où la lumière était plus intense. Des silhouettes se dessinaient à travers le vitrage. Sa femme et ses deux enfants. C'était le moment parfait...

Je suis descendu discrètement de ma corniche et suivit l’ombre des maisons voisines pour être invisible aux yeux des gardes. Arrivé au pied du mur de la maison de mes victimes, je déroulai une corde et l’attachai à une flèche de mon arbalète. Le mécanisme de mon arme cliqueta, indiquant qu’elle était prête à tirer. Je fis enjoue sur la charpente qui se dérobait du mur pour supporter les ardoises du toit. Le projectile se planta profondément dans celle-ci. M’assurant que la corde pouvait supporter mon poids, je me suis mis à grimper le long du mur. Arrivé au toit, je me suis dirigé vers la gouttière qui surmontait la salle où se situaient mes proies. J’ai abaissé ma tête pour m’assurer de ma position et vis soudainement trois autres supérieurs encapuchonnés. Etrange… Serait-ce une partie des membres de l’opposition ? A croire que oui vu cet accoutrement. La chance allait peut être tournée à mon avantage. Les trois inconnus entèrent dans la demeure, laissant à la porte les gardes du corps. Cette dernière claqua.

Un frisson me parcouru le corps. Cette excitation morbide s’anima en moi, libérant l’adrénaline dans mes veines. Des chuchotements caressèrent mes tympans, attisant ma folie meurtrière. Elle appelait au massacre, à la vue du sang, à son odeur… A son goût. Le goût de la mort. Le goût de la jouissance sanguinaire et morbide. Il est temps, que le carnage commence.
Suspendu par les bras à la petite cuve métallique retenant l’eau qui succombait à la pente glissante des ardoises moussantes, j’atterris sur la fine corniche décorant le vitrage de la salle où se tenait la famille de mes victimes. Ils n’avaient pas encore remarqué ma présence… Je devais faire vite, les autres allaient arriver. D’un geste vif j’ai frappé la fenêtre, la faisant voler en éclat. Sans perdre une seconde, mon bras armé s’est dirigé vers lui, Teklom Daïnann. J’ai tiré plein cœur. Ne m’arrêtant pas ici dans ma furie, j’ai tué sa femme de sang froid. Des pas résonnèrent dans le couloir, des épées sortant de leur fourreau.

- GARDES ! GARDES ! cria l’un d’eux. Quelqu’un est entré dans la maison !

Sans hésitation, je me suis dirigé vers eux. Avant même que je n’atteigne le seuil de la porte, un des opposants apparut dans ma ligne de mire. Instinctivement, j’ai tiré une fléchette dans sa direction, l’atteignant pleine tête. Les deux autres enjambèrent rapidement le cadavre. Au moment de tirer, j’ai soudainement basculé en arrière manquant ma cible de peu. J’ai donné un violent coup dans mon dos. Au contact, j’ai sentit des os se brisaient et un cri d’enfant s’échappa. Je me suis retourné, repoussant l’enfant d’un coup de pied. Il atterrit contre le mur, avec une fléchette plein cœur.

Un hurlement vint de derrière moi. Je me suis retourné, libérant ma dague de sa prison métallique. Trop tard, mon adversaire me trancha la chair du bras gauche, ouvrant une plaie béante sur la partie inférieure. Laissant échapper des jurons, j’ai tiré une fois dans son pied, le déstabilisant par la douleur, il baissa sa garde. Pas de temps à perdre, j’ai engagé trois fléchettes dans son cœur et une dans sa tête. Il s’effondra brutalement. Ma dernière victime avait disparu et les gardes armés montaient les escaliers.

- Il y a un assassin là-haut ! Tuez-le ! Tuez-le ! Il doit être au service du Roi !

Je voyais leurs ombres se dessiner sur les murs, ils allaient être là d’ici quelques secondes. Je pris la longue épée de ma seconde victime et trancha avec une incroyable facilité les deux têtes de mes victimes. Je pris mes trophées et me positionna sur la corniche, pensant à remettre mon capuchon. J’aperçus le dernier enfant caché derrière l’un de ses jouets, les larmes aux yeux. Je souris, lui exprimant mon plaisir de voir sa souffrance par quelques mots :

- Ton cauchemar ne fait que commencer jeune sot. Tes yeux et ton âme sont corrompues par la mort. Et elle finira par prendre possession de ta raison tout comme moi…

Les gardes arrivèrent dans la chambre saccagée, arme à la main, me fixant alternativement avec les cadavres.

- Dites à votre leader de l’opposition qu’il n’y aura de répits ni de pardon dans vos actes. Seule la mort vous attend au bout de votre chemin !

C’est ainsi que je ramenais désormais les deux têtes dans la pièce où nous nous étions rencontrés : Lui et moi. Nous étions en pleine nuit, et j’avais réveillé le Directeur pour qu’il m’amène à cette lugubre salle. Encore sale et ensanglanté, j’avançais entre les cellules et les outils de torture. Je m’étais préparé un vulgaire bandage déjà imbibé de sang. Ce dernier coulait d’ailleurs le long de mon bras, allant jusqu’au bout des doigts où je tenais par les cheveux les deux têtes fraichement coupées.

- Tu aurais pus éviter ces habits répugnants Shinra. Tu vas à la rencontre du Roi, ce n’est pas n’importe quelle autorité ou personne du royaume. S’il vient à te jeter la pierre pour ta prestance, je ne m’en porterais pas garant.

- Oui Maitre. J’en assumerais pleinement les conséquences.

Le reste du voyage se fit en silence, rompu par les plaintes des prisonniers qui agonisaient en ces lieux putrides. Nous arrivâmes dans la petite pièce cloitrée. Le Directeur me fit signe de m’asseoir sur une vieille chaise de bois à l’allure miteuse.

- Je vais quérir un des messagers du Roi. Il sera averti de ta venue dès que cela sera possible de le faire. Quant à sa venue… Lui seul décidera du moment où il viendra te parler. Ne t’attends pas à le voir de si tôt. Beau travail néanmoins. Continue.

Il quitta la pièce, me laissant désormais seul dans une quasi obscurité. Maintenant, il fallait attendre… Mais combien de temps … ?

navré aussi de mon temps de réponse je suis très occupé ces temps-ci ^^. En espérant que cela t'inspire et te plaise !
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Mathan Gël'in
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MessageSujet: Re: Le Lien Rompu. [Les secrets du Château]   Mer 6 Mar - 19:47

Et commence alors une attente silencieuse, gravée d’assurance et de quiétude malsaine…
Son ordre relève les quatre hommes courbés sur la pierre humide et les fait quitter la lugubre pièce circulaire. Peut-être le saluent-ils une dernière fois mais Mathan n’a cure de leur déférence. Déjà il s’est détourné d’eux et le claquement de la porte achève de dissiper leurs existences de son esprit. Leur départ fait retomber la lourde chape de silence sur l’air immobile et la sourde rumeur de ses pensées revient ramper en lui comme une nuée d’insectes, sans qu’il ne songe à quitter les lieux à son tour. Pas encore… le roi Supérieur ne peut s’abaisser à marcher aux côtés de ceux qui ploient sous son autorité. C’est pourquoi la chambre de pitié l’abreuvera encore quelques minutes de son calme mortel avant qu’il ne s’en aille, par un passage dérobé qui lui épargnera la traversée de l’océan de supplices gémissants dans ses cachots. Quelques minutes qui lui sont pourtant moins amères que sa précédente solitude, grâce à la conviction discrète que quelque chose est en marche. Quelque chose de sombre et d’invisible, qui n’aura somme toute aucune résonnance sur son empire. Mais qu’importe que nul ne garde jamais trace de ce secret sanglant. Qu’importe même ce qui l'a motivé, cette agitation ridicule de ce neveu stupide qui croit menacer son pouvoir. C’est presque encore lui faire trop d’honneur que de dépêcher des meurtriers costumés à sa poursuite. Et pourtant c’est bien cela qui réjouit le cœur enténébré de Mathan en cet instant clandestin, comme à chaque fois qu’il voit s’ajouter une nouvelle pierre à l’édifice de son règne. Ce soir, la Main du Roi se déploie. Le châtiment qu’elle s’apprête à abattre sur ces vermines présomptueuses le conforte dans une tranquille satisfaction, teintée par l’embrasement furtif de ses sens que lui procure toujours la pensée d’une chasse. Maintenant, il n’a plus qu’à attendre les premières prises de ces rebutants serviteurs, cette meute de chiens déguisés en hommes…


…Et le temps s’écoule…
Les jours se succédant dans leur morne indifférence ont emporté cette furtive rencontre dans la chambre de pitié. Bien vite, sa lumière exsangue et son silence de caveau se sont effacés des pensées de Mathan, charriés par l’interminable défilé de visages et de devoirs, noyés par la même litanie de paroles. Il s’est laissé porter par la succession de ses tâches royales, les réunions avec ses conseillers, les audiences dans la salle du trône, le quotidien de sa cour et toutes ces autres futilités qui, mises ensemble, lui donnent le pouls de Misengris. Depuis longtemps déjà il a plié toutes ces obligations à sa volonté et les exécute à sa façon, sans concession ni convenance, en laissant les frivolités de l’étiquette à ceux qui ont la sottise de s’en soucier. Chacun autour de lui sait que le roi Supérieur est un roi de fer qui ne doit rien à personne et bien fou serait celui qui oserait y redire. C’est sans doute pour cela que Mathan ne s’est plus inquiété le moins du monde pour ce semblant de révolte que croit fomenter son neveu, en brave imbécile qu’il est. Qu’elle porte avec elle haine ou approbation, cette crainte qu’il inspire à tous, du dernier des mendiants jusqu’au premier des Ducs, assoit son pouvoir mieux que ne saurait le faire tous les artifices de ce monde. Cette conviction qui affermit chaque jour sa poigne sur le manche doré de son sceptre s’est vue encore renforcée en ses bases lorsque la rumeur des premiers morts a commencé à se répandre, comme une traînée de poudre morbide sur le marbre éclatant des couloirs. Il ne sait pas lequel des assassins a ouvert le bal et il n’en à que faire. Le compte-rendu du directeur de la caserne lui a amplement suffi à savourer la première marche de son triomphe en ordonnant à ce que la tête parjure soit exposée sur le fronton du Conseil de Misengris. Quelques heures seulement ont étés nécessaire pour que le morbide trophée fasse murmurer avec effroi les courtisans, lui arrachant de sombres sourires de satisfaction. Mais là encore, les réussites de la Main du Roi ont vite perdu consistance dans le flot de ses journées. Quoi de plus normal, après tout, que tout se déroule comme il l’a prévu ?

C’est peut-être justement parce que tous les faits se sont jusque là pliés à sa volonté que Mathan ne peut réprimer son étonnement lorsqu’un de ses serviteurs vient le chercher dans ses appartements, terrifié de braver ainsi la solitude d’une autre de ses nuits d’insomnie, pour lui annoncer qu’une entrevue avec lui est humblement sollicitée dans la chambre de pitié par l’un des protégés du directeur. Protégés… le roi Supérieur saisit immédiatement ce que cache l’ironie de ce nom et pendant quelques secondes, un rire indigné lui échappe. Une entrevue humblement sollicitée ? L’un de ces vulgaires semeurs de cadavres demande à le voir lui, le monarque de Misengris ? Mathan se demande lequel d’entre eux peut être assez orgueilleux ou écervelé pour s’imaginer le quérir ainsi en pleine nuit alors que des dizaines de nobles patientent parfois des jours pour obtenir le droit d’approcher son trône, et presque immédiatement, deux prunelles de corail haletantes luisent dans l’ombre d’une capuche, émergeant de ses souvenirs. Le début de fureur méprisante qui l’agitaient se suspend un instant, alors qu’il songe à cet assassin téméraire dont il a oublié les traits et qu’il avait surnommé le chiot. D’un geste distrait, il congédie le domestique et s’abîme un moment dans ses pensées. Décidément, il a vu juste à son sujet. Même aujourd’hui, il se laisse emporter par sa fougue dévouée à la limite de l’impudence pour lui montrer fièrement ses premières proies, aussi avide de bien faire qu’un jeune chien sans penser une seule seconde à la présomption de son geste. Le roi Supérieur pourrait s’en irriter. Cela l’amuse. Malgré le temps qu’il s’accorde encore pour prendre sa décision, il sait qu’il ira à sa rencontre dans les obscures entrailles de son Palais, pour le simple plaisir de se divertir encore de cette idiote, fiévreuse innocence.

Lorsqu’il pousse la lourde porte de la pièce baignée de silence humide, il est déjà là, assis sur une chaise vermoulue par la moisissure. Même dans l’obscurité blafarde, Mathan distingue ses pupilles sanguines qui luisent sur ses traits tirés par la fatigue, ou plutôt par une blessure qui souille son bras gauche. Le roi se retient de rire face à cette imprudente impatience. Se serait-il vidé de son sang sans rien dire s’il n’était finalement pas venu ? Cette pensée l’amuse et l’agace. Il n’a jamais aimé les excès d’empressement chez ceux qui le servent et les conduisent au faux pas. Cependant, alors qu’il se prépare à le rabaisser sèchement, son regard est attiré par les deux masses sombres et informes que le jeune assassin tient dans ses mains. L’espace d’un instant furtif, un éclair de surprise traverse son visage lorsqu’il reconnait deux têtes fraîchement coupées, encore sanguinolentes.


« Et bien, et bien… Je ne m’attendais pas à ce que tu sois le premier, et ça n’a pas été le cas. En revanche, cette double prise dépasse aussi mes attentes… »
Finalement, le mouvement d’humeur qu’il a senti poindre en lui retombe tranquillement dans son vague amusement. Il doit reconnaître qu’il ne s’attendait pas à une telle performance de la part de ce chien fougueux. Sans doute y a-t-il de la chance, mais sans doute y a-t-il aussi du talent car la déchirure qui ouvrant la chair de son bras lui dit bien que la chance seule ne suffit pas. Avec lenteur, il s’approche de quelques pas, observant pensivement les deux morceaux de dépouilles sans jeter ne serait-ce qu’un regard à leur porteur.

« Sais-tu que tu es le seul à avoir eu le cran, l’impertinence ou la stupidité, que sais-je… de demander à me voir en personne pour exhiber ton butin ? Cela m’a intrigué. Ce n’est pas comme si je devais te décerner une médaille alors que tu as simplement obéi à mon ordre. »

Le ton dégagé, presque négligeant, sur lequel fluctue la voix grave met au défi le jeune homme de soutenir le contraire. Pourtant, l’acuité du regard méprisant que le roi Supérieur consent enfin à poser sur lui dément complètement ce semblant d'indifférence.

« En vérité, j’ai accédé à ta demande malgré l’heure tardive et ton extraordinaire présomption en partie pour te poser la question : pourquoi es-tu là ? Pourquoi cet empressement à me servir, au détriment de tes propres blessures ? »
Au fond, Mathan devine presque la réponse que lui fera l’assassin et il n’en attend pas d’autre de toute façon. Son coup d’éclat pour cette mission ne lui vaudra pas un quelconque sursis dans le cas d’une nouvelle insolence. Mais il tient malgré tout à savoir, à l’entendre mettre ses propres mots sur ce qui le pousse à agir. Sur ce zèle mû par une pulsion de mort, cet éclat méphitique qu’il se rappelle avoir vu trembler dans ses yeux lorsqu’il a donné l’ouverture de la chasse, trois delums plus tôt…


[HRP : tu es tout pardonné, je ne suis pas très rapide non plus... mais voilà la preuve que ton rp précédent m'a inspiré ^^]
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Shinra Az-Dard
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MessageSujet: Re: Le Lien Rompu. [Les secrets du Château]   Lun 18 Nov - 22:57

Je n’aurais su dire le temps qu’il s’était écoulé, ni la quantité de sang que j’ai pus perdre jusqu’à sa venue. L’endroit, bien que froid et d’une hospitalité très limité, m’emmenait dans la torpeur. Il m’arrivait à de rares moments de me laisser aller. Cependant ce repos ne pouvait être mérité sans que je montre cette chasse très fructueuse…
-    Crois-tu qu’il appréciera mon geste… ? glissais-je de mes lèvres.
-    Oui… C’est sur… me répondit cette voix qui habitait en moi.

Un sourire s’afficha sur mon visage tiré par la douleur. Malgré le fait d’être exténuer, je me battis contre le sommeil jusqu’à ce l’épaisse porte moisie de la salle s’ouvrit dans un grincement particulièrement agaçant. Mes yeux se rabaissèrent vers le sol, de peur de croiser son regard terrifiant. Quelques secondes pesantes s’écoulèrent, durant lesquelles aucun son outre la chute des gouttes d’eau ne brisait le silence de cette atmosphère pesante. Enfin, j’entendis sa première phrase, sèche, mais dont je buvais chaque mot :
-    Et bien, et bien… Je ne m’attendais pas à ce que tu sois le premier, et ça n’a pas été le cas. En revanche, cette double prise dépasse aussi mes attentes…

Un élan de fierté m’envahit. Certains n’auraient peut être pas apprécié ces paroles, mais du peu que je connaissais de notre Roi, le simple fait de ne recevoir que la plus fanée des fleurs de sa part, était un honneur auquel nous devions en apprécier sa juste valeur. J’aurais voulu construire une réponse digne de sa grandeur, mais rien ne me venait à l’esprit. Je gardai le silence, attendant qu’il m’autorise ouvertement à prendre la parole…

-     Sais-tu que tu es le seul à avoir eu le cran, l’impertinence ou la stupidité, que sais-je… de demander à me voir en personne pour exhiber ton butin ? Cela m’a intrigué. Ce n’est pas comme si je devais te décerner une médaille alors que tu as simplement obéi à mon ordre. En vérité, j’ai accédé à ta demande malgré l’heure tardive et ton extraordinaire présomption en partie pour te poser la question : pourquoi es-tu là ? Pourquoi cet empressement à me servir, au détriment de tes propres blessures ?
Le signal avait été donné, il était temps pour moi de choisir les mots justes pour ne pas le décevoir. Tuer était une tâche simple, mais formuler une réponse à la hauteur du Maitre absolu de Misengris relevait d’un tout autre niveau. J’accordai un temps de réflexion à mon esprit usé de cette longue nuit.

-    Mon Roi.  Au cours de mon existence, j’ai appris à obéir. Au fil de mon enseignement, j’ai appris à tuer, mais jamais l’on ne m’a appris à décevoir. Ces têtes que vous voyez, sont la terreur que je parsèmerais en votre personne.

Je déposai les morceaux décapités sur le bureau en bois miteux, rongé et pourri par l’humidité environnante. Puis je me suis retourné vers Sa Majesté, n’osant regarder plus haut que ses pieds. Je m’accroupis, un genou au sol.

-    Ma loyauté s’étendra jusqu’où ira votre souveraineté Mon Seigneur. Cependant, j’ai pour tâche de vous informer de quelques détails de cette nuit particulièrement mouvementée pour cette famille. Certains de leurs gardes ont péri, jusqu’à même leurs enfants. Ces traitres ont un sang impur, et leur personne indigne d’être comptée dans la noblesse qui vous entoure. C’est pour cela que j’ai agis sans nulle différence, que cela soit homme, femme, ou enfant. J’ai néanmoins laissé un des enfants rencontrés vivants, pour que la terreur se propage comme de la poussière. Bientôt, les premières rumeurs vont circuler, et cette confrérie aura bien assez tôt vent de cette revendication. Alors à ce moment... Je les balayerais !
Je me relevai brutalement, comme soulevé par une force inconnue, me ravivant d’une flamme et d'une ardeur plus vive que jamais. Mes paroles qui suivirent laissèrent entendre cette détermination nouvelle, inébranlable.
-    Leur édifice va connaitre la terreur… ! Je l’animerais, l’utiliserais, en abuserais ! J’incarnerais cette entité à moi seul ! Je leur ferais vivre leurs pires cauchemars, au point de leur faire regretter leur naissance bâtarde ! (mon bras armé s’éleva, faisant de grands gestes, illustrant mes propos) Je serais le Supérieur qui fera tomber cette institution qui ose se lever contre vous ! Mon Roi, se tient devant vous l’essence même de la plus profonde de toutes les peurs qu’un Supérieur puisse avoir. Je serais… LE TRÉPAS DE LEUR MISÉRABLE VIE !

Mon engouement pour cette tâche, ma détermination, mon impulsivité, ma folie… Je ne savais pas. Mais quelque chose m’avait emporté. J’en frissonnais. D’ailleurs mes frissonnements s'intensifièrent lorsque je me rendis compte que mon regard se tenait au niveau du sien, et que pour la première fois, je vis droit dans ses yeux, une froideur et une sévérité à vous en glacer le sang. Je déglutis difficilement, baissant immédiatement le regard. Mon bras retomba le long de mon corps. J’haletais, le sourire aux lèvres, mais pourtant très inquiet de la suite. Comment avais-je pus osé un tel acte ? Un affront si imprudent, impertinent ? Mais qu’importe, je voulais lui montrer qui j’étais, qui je voulais être, et qui je serais pour Lui.
-    Je serais cela… dis-je le souffle saccadé. Je serais cela, si votre Majesté m’en accorde l’honneur.
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Mathan Gël'in
Roi de Misengris
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MessageSujet: Re: Le Lien Rompu. [Les secrets du Château]   Ven 29 Nov - 13:45

Une voix rauque qui frémit sourdement, annonçant le brasier dans ce corps trop fougueux…
Dans le silence humide imprégné de pénombre, Mathan écoute ce timbre grondant qui ébranle par son ardeur le froid mortuaire de la Chambre de Pitié. Ces mots qui s’enflamment et ce sang répandu, cette silhouette qui tremble de lever les yeux, tout dans ce jeune chien brûle du désir de s’extraire de la platitude sombre de cette morne pièce pour s’élever sous son royal regard. Sans un mot, sans mettre dans ses yeux plus de force que le vague intérêt éveillé par cette entrevue nocturne ne l’y invite, le roi Supérieur considère les bouillonnements contenus de l’homme devant lui. Dans les sombres reflux de son cœur s’éveille un tiraillement désagréable qui ressemble à un souvenir. Cette soif fébrile de reconnaissance… Aussitôt se raidit sa nuque sous l’effet d’une ombre de colère. Il lui est soudain déplaisant de voir ce fou s’échauffer à ses pieds, lui rapportant les détails de son office morbide comme un chien rapporte ses proies sanguinolentes dans l’espoir d’une récompense. Mathan n’a rien et ne veut rien avoir de commun avec ce vulgaire faucheur de cadavres qui met trop de zèle à le servir. Leur présence dans cette geôle sombre qui se moque d’eux par son silence cruel lui apparait soudain terriblement dissonante et il veut briser ce manque d’harmonie en congédiant l’assassin. Car au fond, ce n’est jamais que cela. Un petit semeur de morts qui jouit de son travail tel un corbeau de chairs putréfiées et qui n’a d’autre existence légitime que celle que lui confère sa charge macabre. Rien d’autre qu’un charognard aux transports malsains, avec dans les yeux la flamme d’espérance qui lui fait souhaiter le regard de la silhouette le surplombant, tout comme avant lui un petit prince d’autrefois. Mais cela, il ne peut le savoir. A cette pensée traîtresse, Mathan esquisse le geste pour le chasser, avant d’effacer de lui-même son mouvement devant le sursaut de fougue qui soulève le jeune homme.

La brusque houle qui le relève et l’anime de passion mortifère fait courir un frisson d’éveil sur ses sens et le poids d’Heleborg à son côté se fait familièrement sentir, comme pour pallier un réflexe de bataille mais Mathan n’a pas à craindre de cette ardeur. Seule la surprise l’effleure à cette vue sans qu’il n’en laisse rien paraître. Quelle insolence innocente l’a saisi pour qu’il quitte sa place, s’extraie de la pénombre rampante pour imposer au regard du roi sa voix, ses gestes emphatiques et son visage enfiévré par la blessure et ses serments ? Le souvenir enclos dans sa poitrine se précise et efface les réelles paroles de l’assassin, pour ne plus voir que cette demande fulgurante d’identité, et aussitôt son cœur se ferme, son visage se durcit, l’acier de ses yeux se forge de mépris. O combien il lui est haïssable de penser qu’un jour il fut ainsi, fébrile, dévoué et exsangue d’espoir dans l’ombre d’un roi… Le silence se referme sur les échos des derniers mots clamés par le jeune homme, maintenant hagard et égaré par ses propres transports. Réintégrant peu à peu son corps tiré par la fatigue, il baisse de nouveau les yeux dans le vain espoir d’effacer son impudence et conclut son discours en plaçant son ambition dans les mains de Mathan. Ce dernier ne répond pas. Accablant l’assassin sous son regard métallique, il observe les dernières flammèches de sa fougue frémissant encore imperceptiblement dans son souffle et ses traits, à moins que sa blessure ne commence à avoir raison de ses forces. Puis, dans la froideur du tombeau de la Chambre raisonne soudain le grondement feutré du rire sec du roi, libéré dédaigneusement par le rictus altier de son visage dur. Quelle conclusion décevante…


« Que voilà une ambition retentissante, dans une belle mise en scène. C’en est presque drôle… »
Mathan se détourne avec une indifférence impériale du jeune homme haletant pour s’avancer lentement vers les morceaux de dépouille sanglants ramenés en trophée, les considérant sans émotion aucune. Toutes repoussantes qu’elles soient, elles lui paraissent bien fades à côté de ce qui remplissaient ses yeux durant la Grande Guerre.

« Vois-tu, dans le cortège de courtisans rampants qui se cramponnent à chacun de mes pas dans ce Palais, il y en a beaucoup qui, comme toi, me vantent la grandeur future de leurs projets en m’assurant que je ne verrai jamais rien de tel si je voulais bien leur en donner les moyens. A eux, je ne fais pas de réponse. A toi, voilà ce que je dis… »
Mathan se retourne en une sèche torsion du buste vers le jeune chien altéré par le sang et sa voix se fait dure et inflexible, martelant chaque mot sans la moindre once de pitié avec une lueur terrible dans le regard qui fait écho à sa volonté de forger par ses paroles l’âme fiévreuse de l’assassin :

« Je n’accorde rien à personne, et surtout pas à ceux qui viennent me le quémander. L’honneur ne se demande pas, il se gagne au prix du sang. Tu veux être l’instrument de mon courroux ? Je ne t’en offrirai pas le privilège sur un plateau. C’est toi qui dois me prouver, chaque jour, que tu en es digne. »
Quelques instants de silence opaque achèvent de tremper l’acier de sa voix, alors que l’air humide frémit infimement de la tension qui naît. Puis, c’est une teinte de défi qui empourpre les derniers mots du souverain.

« Si tu tiens tant que cela à ce que je te considère autrement que tes camarades carnavalesques, donne-moi des raisons de poser sur toi un œil différent. »
Après cela, Mathan renvoie le tueur d’un geste sans équivoque avant qu’il ne se décide à rendre l’âme dans le sang à ses pieds et reste quelques instants seul dans les demi ténèbres de la Chambre de Pitié. Dès l’aube, les têtes seront exposés sur les gibets du Palais de Justice, pour que leurs yeux caves et vides puisent jeter sur son peuple la sentence qui attend ceux qui pensent pouvoir se dresser face à lui. Après cela, à nouveau il attendra, patient à l’idée de voir jusqu’où l’édifice de son stupide neveu pourra trembler par le bras de ce jeune chien de chasse et de ses congénères. Jusqu’où poussera-t-il sa fougue sur les douze hommes qui restent encore à abattre avant d’atteindre Zophiel…

HRP:
 
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Shinra Az-Dard
L'Archer de la Mort
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Localisation : En cavale
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MessageSujet: Re: Le Lien Rompu. [Les secrets du Château]   Mar 28 Jan - 15:04

Mon expédition fut punitive. Il ne fallait pas le nier. Dès lors, j’avais compris par ses paroles, que ramenaient des trophées n’avait d’effet sur le Roi. Et si la seule chose qu’il voulait, c’était ma détermination à le servir, alors cet homme sera servit de la plus noire des furies sanguinaires.
Rebroussant chemin dans les couloirs noirs et miteux des cachots, je repensais à son air impérial mais pourtant méprisable. Bien sur que j’aimais notre Roi, mais son attitude m’avait clairement froissée. Comment avait-il pu être aussi négligeant de ce que j’avais fait. Etait-il ainsi avec tous ses sujets. Selon lui oui. Serais-je donc traiter ainsi pendant toute ma servitude à son égard ? Si tel était le cas, je ne pouvais supporter cette condition.

Je sortis des prisons sous une pluie battante. Les étoiles étaient cachées par des nuages bas et menaçant. Des éclairs quadrillaient parfois le ciel. Je suis monté sur le toit d’une vieille bâtisse non loin de la sortie. Au pied d’une cheminée chaude d’où une fumée émanait, je restais à couvert de la pluie, repensant à cette nouvelle rencontre pénible. Comment pouvais-je penser cela ? Me rebeller contre mon maitre suprême ? On m’avait appris à tuer, à ne ressentir aucune pitié, à être vide de tout remord. Mais on ne m’avait pas appris à endurer la dureté des paroles d’un Roi. Je lui avais rapporté des têtes rivales, au prix de ma vie que j’ai faillit perdre, et la seule récompense reçue fut des coups de bâton. A croire que seul son règne l’importait.
Je continuai de ruminer cette humiliation cuisante au fond de moi, en oubliant même ma tâche pendant un temps. Puis lorsque ma colère s’apaisa, je repris mes esprits et réfléchit à mes prochaines proies.
Quelques mois plus tard…

Depuis ma dernière excursion aux cachots, les trois autres têtes que j’avais ramenées avaient été présentées selon le Roi, mais par mon unique personne. Les autres tueurs avaient pus attraper les rebelles restants, mais seul le cousin du Roi manquait. Ce Supérieur était d’une rare vigilance, presque invisible. Il y a près de deux semaines, j’explorais une piste qui aujourd’hui, était froide. Ce chien avait disparut de la circulation. Les trois assassins masqués le recherchaient ensemble, mais je ne voulais pas me joindre à eux. Ce Supérieur était à moi. C’était ma proie. Je revisitais sans cesse les anciens lieux de rendez-vous de ces traitres sans trouver un indice.

Cependant, je vis une découverte non loin de la maison dans laquelle j’avais commis mes premiers meurtres pour le Roi. Derrière la bâtisse, dans le jardin, quelque chose avait changé. Le décor de l’espace avait bougé. Recherchant dans les haies et le cabanon, je finis par trouver une trappe cachée sous une masse feuillue malmenée. Quelqu’un était passé récemment. J’ouvris la trappe et vit un escalier descendant dans les ténèbres du sous sol. Je descendis discrètement. Mes yeux habituaient au noir me permirent d’apercevoir grossièrement des formes qui m’entouraient : des meubles principalement, mais aussi un large couloir creusé. Je pris cette direction, restant dans la pénombre pour éviter d’être remarquer. Mon cœur battait contre ma poitrine. L’excitation d’une nouvelle découverte m’envahit, tel un enfant. J’ai longé ce couloir paraissant interminable, croisé d’autres nombreux couloirs. Cet endroit était devenu un réel complexe où se tenaient ceux qui menaçait le trône du Roi. Au bout de longues minutes, je finis par percevoir des sons inaudibles. Des voix. Je me suis dirigé vers elles, des torches enflammées éclairaient les lieux un peu plus loin. Je me suis rapproché discrètement afin d’entendre ce qui était dit :

- Messieurs, bienvenue aux nouveaux membres de notre organisation. Sachez qu’ici, nous prônons la liberté et refusons toute autorité suzeraine visant à affirmer ce totalitarisme affligeant. Ici, nous défendons le droit à la parole, nous défendons à ce droit d’être une personne reconnue comme tel, contrairement à mon oncle le Roi qui traite ceux qui l’entoure comme de la vermine.

Ses paroles me transpercèrent plein cœur. Ce qu’il défendait était tout ce que j’avais demandé du Roi. Qu’importe des autres, mais je voulais sa reconnaissance. Que les autres soient oubliés ou humiliés, je n’en avais que faire.  Mais au fond sa cause, je le reconnaissais, était noble.

- Il a finit par tuer les partisans fondateurs de cette organisation.  Ces têtes que vous pouvez voir non loin du château sont ses trophées pour montrer qu’il n’a pas peur de nous, qu’il exterminera toute menace. Mais son courage est tel qu’il a envoyé des assassins faire le travail à sa place. Un courage assez lâche me diriez-vous ?

Certains rires, bien que l’ambiance paraissait morose.



- Selon nos gardes, deux furent blessés à multiples reprises. L’un portait un masque, l’autre possédait des yeux rouges pourpres.


Je souris de satisfaction.

- Il s’appelle Shinra.

Mon sourire s’effaça en un instant. Cette voix m’était familière. Trop familière, mais je n’étais pas sur. Il fallait que je vérifie. Je me suis peu à peu rapproché de cette réunion secrète.



- C’est un jeune Supérieur, jouissant un incroyable talent pour les armes à distance. Très dangereux pour ses ennemis, mais l’étant aussi pour ses amis.

- Comment cela ?

- Personne ne connait réellement son passé, il a enfouit ce secret au fond de ses entrailles. Mais parfois, il est pris d’une folie sanguinaire, presque incontrôlable.

Comment ce Supérieur pouvait-il savoir cela ?

- Merci de ces précisions directeur.

C’était donc le directeur de la caserne lui-même ! Je n’en revenais pas !



- Sachez aussi qu’il pourrait se rallier à notre cause.

- Expliquez-moi.

- Je sais que Shinra recherche sans cesse la reconnaissance du Roi sans l’avoir obtenu à ce jour. Bien qu’il espère toujours, je doute que Mathan lui offrira l’ombre d’être considéré comme un Supérieur.

J’eus à ce moment un pincement au cœur. Disait-il vrai ? Etait-il sûr de ce qu’il avançait ?



- Je connais un moyen de le rallier à notre cause malgré ses meurtres.

- Vraiment ?

- Oui. Faites-moi confiance, je le connais mieux que personne.

La discussion continua, sans que je puisse savoir comment le Directeur de la caserne allait agir. Au bout de plusieurs heures, le cousin du Roi congédia ses invités. Cependant il resta, marchant dans la salle souterraine.


- Mon oncle, votre pouvoir va tomber. Croyez-moi… bredouillait-il.

Soudainement, je suis sorti de ma cachette, braquant immédiatement mon arbalète sur le Supérieur. Il me dévisagea, puis il finit par sourire.

- Tu… tu dois être Shinra n’est ce pas ?

- Et vous, l’homme qui veut renverser le trône du Roi.

- Tout à fait. Enchanté de faire ta connaissance. Je suis Zophiel d’Andarÿs, cousin…

- Cousin du Roi. Je sais qui vous êtes. Vous savez pourquoi je suis là.

- C’est évident après tout. Mon oncle sera surement ravi de me voir, avec toi.

- Pourquoi dites-vous cela ?

- Voyons Shinra. N’essaies-tu pas de gagner l’estime du Roi désespérément ? Tu as agis par allégeance, ta fidélité ne fait aucun doute. Mais n’a-t-elle pas des limites ?

- Vous ne me corromprez pas.

- Je n’ai pas dit cela. Je reconnais juste ton dévouement infaillible par rapport à Mathan. Après tout, tu as bien joué ton rôle jusqu’ici non ? Et je dois avouer que malgré tes actions, tu es un Supérieur remarquablement doué pour ton âge.

A quoi jouait-il à me dire tout cela ? Bien que qu’il soit mon ennemi, ses dires ne me laissaient pas indifférent. Mais on m’avait prévenu que c’était un manipulateur.

- Trêve de paroles. Venez à moi avec une torche. Il est temps pour vous d’être juger pour vos traitrises.

- Qu’il en soit ainsi.


Nous reprîmes le chemin inverse. Il marchait devant moi sans offrir la moindre résistance, ouvrant la voie vers la sortie. Je tenais toujours mon arme braquée sur lui. Durant le chemin il reprit la parole.

- Tu sais Shinra, mettre fin à mes jours ne fera que terminer un chapitre de notre histoire. La nouvelle institution prendra la relève, et cela durera sans cesse. Vous aurez beau nous traquer nuit et jour, nous aurons toujours plus de partisans qui rejoindront notre cause. Le Roi finira par tomber, et si tu ne changes pas d’avis, tu tomberas avec.

- Taisez-vous.

- Non Shinra, je ne me tairais pas. Je te montre la vérité qui sévit chaque jour un peu plus contre le Roi. Nous ne sommes pas le Mal. Nous sommes ici pour rétablir l’équilibre des choses. La loi du plus fort n’a jamais été la meilleure.

- Je ne crois pas en la politique. Un seul homme au pouvoir est suffisant pour diriger notre cité.

- Il n’est pas seulement question de politique mon jeune ami. Il est question du peuple. Ce dernier est méprisé, certains quartiers sont même saccagés. Au vu de ta condition, je pense que le tien l’a été aussi lors de ta naissance. Ai-je raison ?


Je ne répondis pas, mais mon esprit se déchirait peu à peu avec ce qu’il disait. Sa vision du futur de la cité semblait bien différente de celle du Roi actuel.



- Ce sont toutes ces négligences qui m’ont porté à faire ceci. Et je suis prêt à mourir pour défendre notre cause. Bien que je t’avoue être déçu de ne pas pouvoir apprécier la chute de Mathan.

Le reste du chemin se fit au silence jusqu’au château. Arrivés aux portes, j’annonçai aux gardes que mon prisonnier était l’homme en question qui avait organisé ce soulèvement. Ils me laissèrent passer et un hôte servant le Roi partit le quérir.



- Je vois que ton choix est définitif. J’espère que ma mort te servira à quelque chose…
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