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 Dans les lambeaux de la nuit [Pv Elen][TERMINE]

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Mathan Gël'in
Roi de Misengris
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Localisation : Misengris
Messages : 185

MessageSujet: Dans les lambeaux de la nuit [Pv Elen][TERMINE]   Sam 9 Fév - 22:00

Entouré par les flammes. Entouré… par les flammes…
C’est un cauchemar récurrent qui étrangle ses nuits depuis de nombreux vens. Dans le babil blafard d’une aube encore bleue, Mathan s’arrache en sursaut à ce sommeil traître. Au cœur du silence de ses appartements, son souffle court se mêle avec fracas aux échos mourant de ce rêve affreux. Se redressant brutalement entre ses draps froissés, son corps lourd est encore enfiévré par la peur et la douleur qui se débattaient dans ses muscles endormis, et il peine à reconnaître le lieu où il se trouve. Sont-ce réellement les colonnes sculptées de son lit qui s’élèvent sous ses yeux ? Les tentures de velours et de soie ? Les meubles ouvragés, les épais tapis, l’immense gueule noire de la cheminée de marbre s’ouvrant sur le mur comme une sinistre plaie ? Comment tout cela peut-il être réel, alors qu’il vient de mourir durant son sommeil ? D’un geste violent, Mathan repousse ses couvertures et s’extirpe de son lit, une rage fébrile secouant ses membres. Cela faisait longtemps, il l’avait presque oublié, mais ce songe maudit a fini par le rattraper. Cette nuit encore, il s’est vu contraint d’usurper la mort d’un autre. Le roi Supérieur s’efforce de ne pas y penser mais les limbes acérés de ses souvenirs serpentent dans son esprit encore désarmé et les images de son rêve tourbillonnent devant ses yeux en une vorace gerbe de feu. Il enfile avec brutalité une tunique de cuir de cerf par-dessus sa chemise pour effacer de sa peau les fantômes du brasier qui l’emprisonnait. Les cris haineux d’une foule irréelle, les flammes couleur de sang, et Lui, quelque part entre les ombres…

Dans le couloir, la porte de ses appartements s’ouvre avec fracas, réveillant brusquement les gardes qui somnolent sur leurs hallebardes. A grands pas furieux, Mathan passe au plus vite devant eux pour résister à l’envie de leur faire tâter d’Heleborg, dont le fourreau frémit à son côté. Alors que l’astre du jour n’a même pas encore vaincu la ligne d’horizon, que la moitié du Palais sommeille encore et que ses cheveux défaits volent en désordre sur ses épaules massives, il gagne à toute force les jardins royaux. Ces hauts murs stériles, ces couloirs pavés d’obligation, de fausseté, de mémoires mortes et amères l’étouffent. Ils compriment sa fureur et la font bouillir dans ses veines. Chaque pièce de cet endroit abrite un souvenir empoisonné, marqué par la silhouette discrète et insupportable de ce détestable Héritier qui a tant gangrené son existence. Il lui faut gagner l’extérieur. Malgré le froid et la nuit qui refuse encore de lâcher prise dans les jardins souterrains, il ne peut rester une seconde de plus prisonnier de cette demeure sans céder à l’envie de la démolir pierre à pierre. Lorsqu’enfin la fraîcheur bienfaisante saisit son corps tout entier, alors seulement il ralentit le pas et se laisse guider par les lumières vacillantes des petits flambeaux parsemant les allées de sable blanc. Sa colère se rétracte, comme surprise par le froid et retourne lentement couver au fond de son cœur, sans pour autant s’éteindre. Peu à peu, il permet au silence fourmillant de vie du lieu de l’atteindre. Il écoute les millions de rumeurs entrelacées, les voix de cours d’eau, de feuillages, de chemins et de ciel, et en lui s’élève un voile d’amertume.

Aussi loin que le portent ses sombres souvenirs, les jardins ont toujours étés identiques. Les arbres et les plantes étendaient déjà leurs feuilles et leurs branches jusque sous les fondations du Palais, en véritables maîtres du lieu. Les statues des héros de jadis regardaient le lointain de leurs yeux de pierre avec ce même air désuet qu’aujourd’hui. Tout comme pour la bibliothèque, Mathan vient se repaître de son calme secret aux heures les plus silencieuses, lorsqu’il ne peut plus fuir loin de ses traîtresses ombres végétales. Cet endroit, porteur de tant d’anciennes trahisons, l’apaise et le ronge. C’est ici qu’enfant, il a découvert Hilrik en compagnie de plusieurs maîtresses, faisant vaciller les certitudes déjà bien fragiles de son monde restreint. C’est ici également qu’Argan aimait le plus souvent à se promener en compagnie de son père. De sorte que, quelque soit l’endroit où il pose les yeux, le spectre détesté semble flotter devant lui, s’effilochant dans l’ombre pour réapparaître aussitôt, au détour d’une statue de marbre. A moi que ce ne soit son propre reflet sur le bouclier d’argent poli de ce guerrier pétrifié. Combien de fois a-t-il voulu crever ses yeux dont le regard ressemblait tant au sien ?
[justify]

« Gaspiller ta mort à me priver de sommeil… Es-tu donc si pressé que nous nous retrouvions ? Ce n’est pas mon cas. Je ne compte pas finir comme toi… »
Le rêve commence toujours de la même façon. Il découvre dans sa chambre le corps sans vie d’Elysbeth et alors qu’il la recueille contre lui, les plaies qui déchirent ses poignets s’ouvrent sur ses propres avant-bras, déversant des flots rouges et poisseux. Interdit par une telle monstruosité, il ne peut empêcher cette marée de sang d’engloutir la dépouille de sa sœur. Et à peine a-t-elle disparu qu’une foule blanchâtre de fantômes déchaînés de colère jaillissent de l’ignoble onde écarlate pour le saisir et le malmener en tout sens. Dans cette tempête haineuse de mirages sans visages, il voit toujours Argan émerger tel qu’il l’était avant de quitter Misengris, avec ses sourires sereins et ses regards mélancoliques chargés de puissance. Et alors que le peuple des morts l’enchaîne à un bûcher surgi de nulle part, que son sang noyant le sol se soulève en vagues de flammes pourpres pour l’engloutir, c’est ce regard qu’il emporte comme dernière image, le point d’orgue de son cauchemar alors que la douleur consume sa peau et sa chair avant qu’il ne se réveille. Ce sont ces yeux tristes qu’il hait tant qui le poursuivent de longues heures après que le sommeil l’ait quitté.

« Encore et toujours ta sempiternelle mesquinerie. Mais tu n’obtiendras rien de plus, c’est inutile. Oui, je t’ai laissé mourir. Tu étais la cause de tout. Si tu n’avais pas été là… »

Mathan se tait, ses poings serrés tremblant de colère dans la quiétude des jardins. Si Argan n’avait pas été là, il serait demeuré seul face à lui-même dans toutes les épreuves de son existence, sans possibilité de rejeter la faute sur ce frère imposé, exécré. Depuis sa naissance, c’est sa haine envers lui qui l’a bâti chaque jour, qui l’a poussé à devenir celui qu’il est. C’est peut-être pourquoi le vide désarmant et lancinant qui s’est brutalement creusé en lui à sa mort n’a jamais totalement cessé de peser dans son esprit. Mais cela, jamais le roi Supérieur ne le reconnaîtra. D’un coup d’espadon net et violent, il se contente d’abattre rageusement un des flambeaux bordant l’allée. Trop mince et déjà mourante, la flamme rend son dernier soupir dans l’herbe humide de rosée. Mathan en observe le fragile filet de fumée dans la pénombre bleutée du matin naissant, trop prisonnier de sa frustration et de sa lourde mémoire pour s’apercevoir qu’il n’est plus le seul dans l’ombre des arbres…


Dernière édition par Mathan Gël'in le Mar 10 Sep - 22:22, édité 3 fois
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Elen Fildacelial
Colombe noire
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Localisation : Au château de Misengris pour servir mon Roi
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MessageSujet: Re: Dans les lambeaux de la nuit [Pv Elen][TERMINE]   Dim 10 Fév - 12:02


Le même lieu, la même vie, le même rêve. Un répit. Dans ce monde de sang et de larmes, je vis pour mes rêves, pour ma nuit. Quand je ferme les yeux, je suis dans un autre monde, un lieu qui n'appartient qu'à moi. Je peux ainsi voir ce que j'ai aimé, réunis ensemble pour l'éternité. Théa, Kalie, Yuri... Eux que j'ai tant aimé, que j'ai tant chéri, et qui m'ont été si injustement ôtés. Et pourquoi ? Je ne le sais même pas... J'aurais tant voulu payer à leur place, les voir vivre, et moi périr. Dans mes rêves, tout n'est que lumière. Les arbres verdoyants et la mer limpide sont les seuls éléments du décors, et au centre se trouvent ma famille, mes amis, mes sœurs. Je retrouve ma place, mon rang, mon bonheur. Ces images ne sont qu'illusions, et pourtant je les cherche et les convoite. Je voudrais me reposer à jamais, que ces images ne soient plus que réalité, et qu'enfin je puisse être heureuse pour l'éternité. Mais ce repos me serait-il un jour accordé ? Pourrais-je enfin vivre avec le sourire au visage, comme lorsque j'étais auparavant avec ceux qui m'ont aimée et que j'ai aimé en retour ? Je ne crois pas, je ne pense pas. Le simple fait que j'existe encore me fait souffrir, et pourtant je reste, rendant un dernier honneur à la vie que ma offerte Liv, si triste soit-elle, et en souvenir de mon passé que j'ai chéris et que je garde à présent au fond de mon cœur, au plus profond des abysses qui m'habitent et que je renferme.

Mais toute chose à une fin, et d'autant plus les meilleures, et je dus m'extraire de ce sommeil. J'aurais voulu rester encore un peu dans ce rêve si merveilleux, mais il semblerait qu'un rongeur en ait décidé autrement. Je le sentais renifler mon pied, me chatouillant avec ces petites moustaches. Sans user de brutalité, je suis allée le prendre délicatement dans mes mains pour le sortir de là et le laisser rejoindre ces congénères. Je suis ensuite retournée me recoucher, mais le sommeil m'avait quitté et ne reviendrait que la nuit qui suivrait, me permettant à nouveau de vivre ce beau rêve mielleux. Je me levais donc de mon lit grinçant avant de me débarbouiller avec l'eau qui remplissait le sceau. Cette eau provenait de la fuite qu'il y a dans ma chambre. J'en avais déjà parlé, mais rien n'avait été fait. Je fis donc une toilette rapide, comme à chacun de mes réveils, puis alla m'habiller. Je mis mes vêtements habituels, propres à toutes les servantes de cet immense château. J'attachais mes longs cheveux en un chignon fait rapidement, mais qui, pourtant, tenait parfaitement. J'enfilais ma tunique blanche, serra les lacets de mon corset en cuir, mis ma longue jupe noire et défit les plis du tissu rouge qui me passe autour de la taille. Puis je mis mes petites bottines et enleva quelques grains de poussière de ma tenue avant de me redresser et sortir de la chambre qui m'avait été attribuée à mon arrivée. Dormir au château pour travailler plus. C'est ce que l'on m'a dit lorsque je suis venue quémander du travail, et je ne le regrette pas. Ainsi, je suis nourris et logée, et en plus payée.

Deux-cent-quatre-vingt-huitième jour de travail au château de Misengris, cent-douze Lums avant le deuxième Ven de service auprès de Sa Majesté. J'ai beau ne l'avoir jamais vu, j'ai entendu bien des choses sur lui. Des choses cruelles, dures. Je ne sais si je dois m'y fier ou plutôt me fier à l'impression qu'il me fera le jour où je pourrais enfin le rencontrer. Toutes les personnes qui m'ont parlée de lui sont des personnes auxquelles j'ai rendu un service, et ils me doivent tous quelque chose. Je doute qu'ils me mentent, mais je sais aussi qu'il ne faut pas toujours se fier aux autres. Je préférais me fier à ma propre impression, mais pour l'instant je n'avais encore jamais vu le maître des lieux, alors je ne pouvais porter de jugement sur lui. Après tout, peut-être était-il quelqu'un de doux et sensible, contrairement à ce que j'avais entendu dire ?

Lorsque je sortis de ma chambre, je ne savais pas ce que j'allais bien pouvoir faire à une heure pareille. Nous étions la nuit, et en cette heure le château tout entier dormait toujours. J'allais peut-être pouvoir en profiter pour aller dans un environnement familier. Mais la forêt et la mer étaient bien trop loin, et je ne voulais pas risquer de me faire virer pour avoir voulu renouer avec mes origines. Les jardins, voilà où j'irais. Je n'avais pas encore eu l'occasion de les explorer comme il se doit, trop prise par mon travail, et j'allais enfin en avoir la possibilité. Je me mis donc à traverser le long couloir, me dirigeant vers la lourde porte qui nous sépare de la demeure Royale. J'avais atteint par le passé un grade que je juge plus élevé que le Roi, mais je n'en parlais à personne et ne m'en vantais pas, car m'attirer des ennuis aurait été une bien mauvaise idée. Je trouvais que le château n'avait rien à envier au "palais" que j'habitais auparavant. Chaque endroit avaient ses splendeurs, mais ayant été créée par la Nature je ne pouvais que trouver cette dernière plus belle encore. Les couloirs qui menaient aux jardins me semblaient immenses, et tous étaient remplit d'objets de fortune. J'avais toujours du mal à comprendre pourquoi les gens utilisaient tant d'argent pour des choses aussi futiles. Le minimum vital aussi suffit, mais il semblait que la splendeur compte dans ce qui nous permet de vivre. Je me contentais donc d'observer sur mon passage, effleurant parfois un objet du doigt. Car j'avais beau critiquer les lieux, je trouvais tout de même tout cela fort beau.

Une fois arrivée à la destination que j'avais choisie, j'inspirais un grand coup pour sentir la bonne odeur de la Nature. La lune remplissait le ciel noir et donnait une allure magique au tableau qui s'affichait devant mes yeux. Désireuse de profiter un moment de la vue et du calme, j'allais m'asseoir sur un banc qui se trouvait là et ferma un instant les yeux. Je pus profiter un moment de la sérénité du lieu, mais un bruit m'arracha de mes pensées. Ou plutôt, des paroles. Durant un instant je crus qu'elles étaient pour moi, mais comme rien d'autre ne vint je dus me faire à l'idée que ce n'était pas à mon attention. Curieuse de voir qui était là, je me levais et avança jusqu'à la source de ces mots. En voyant qui était là, je m'immobilisais et me cacha dans l'ombre des arbres. Le Roi. C'était le Roi en personne qui était là, debout dans ce jardin. Bien plus grand que moi et d'une très forte carrure, ses cheveux d'un beau blanc contrastaient avec sa peau bien plus sombre. Il me semblait impressionnant, et pourtant j'étais encore suffisamment loin de lui pour qu'il ne me remarque pas. Mais je ne trouvais pas cela poli d'espionner ainsi le Roi, aussi décidais-je de m'avancer vers lui. Je fis cependant un bond lorsqu'il dégaina sa lame pour trancher un flambeau.

J'eus un bon moment d'hésitation, puis repris ma marche vers le Roi. Je m'arrêtais à distance respectueuse, la tête basse en signe de respect. Je faisais bien piètre mine avec mes pauvres vêtements de servante. J'allais ouvrir la bouche pour parler, mais me ravisa. Après tout, qui étais-je pour ainsi oser adresser la parole au Roi ? Certes, lorsque j'étais Reine nul ne se gênait, mais je ne pensais pas que le Roi de Misengris soit aussi doux et gentil que je l'étais. Car après tout j'étais une Gardienne de Liv, créature pure et douce. Je décidais donc de ne rien dire et recula, sans tourner le dos au Roi, pour aller sortir du jardin. Je devais le laisser tranquille, dans ces pensées, et ne surtout pas le déranger. J'allais donc vers la porte mais réussit, en me prenant les pieds dans une racine qui se trouvait là, à me retrouver par terre. Je n'avais pas fait beaucoup de bruit dans ma chute, mais certainement suffisamment assez pour attirer l'attention. Confuse, je me levais, gardant mon visage aux joues rouges baissé, et attendit la correction que j'allais sûrement recevoir pour avoir été aussi maladroite et avoir dérangé Sa Majesté.
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Mathan Gël'in
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MessageSujet: Re: Dans les lambeaux de la nuit [Pv Elen][TERMINE]   Jeu 14 Fév - 18:58

Cette abjecte faiblesse qui enlace son cœur avec une écœurante lâcheté…
Les vibrations du métal rôdent encore entre les muscles raidis de son bras comme sur un prolongement de la lame, et la colère qui l’étreint s’estompe. Elle retombe lourdement en son âme comme une voile privée de vent et ne laisse sur place que son fantôme, une lassitude excédé par tous les tourments qui ne cessent de le harceler. Ses phalanges restent crispées sur le pommeau d’Heleborg après qu’il l’ait remis au fourreau, frissonnantes de cette rage fatiguée. Peut-être est-ce du aux pâles et funèbres traces de l’aube qui peinent à repousser les ténèbres du ciel, peut-être à ce cauchemar dont les murmures courent encore dans son esprit, ou peut-être encore à la sérénité impassible et indifférente des sombres jardins royaux. Toujours est-il que Mathan voit en ces instants avec dégoût la morne étreinte du découragement l’approcher. Cela lui arrive parfois lors de ces jours où il donnerait plus cher que tous les autres pour se défaire de tous les souvenirs qui l’accablent, ces jours où il enrage contre lui-même de souhaiter vainement l’impossible comme le plus crédule des Fils de Dieu. Ces jours écrasants où c’est sa propre colère qui le vide de ses forces… Pourtant, malgré ce début d’abattement, les sens du roi Supérieur n’ont rien perdu de leur acuité et ils parviennent bientôt à couvrir le tumulte de sombres pensées pour l’alerter d’un détail anormal. Soudain sur le qui-vive, Mathan épie la rumeur du silence autour de lui. Et comme lors de cette nuit pluvieuse où la Bibliothèque royale fut témoin d’un improbable face-à-face, il devine que quelque chose est venu troubler le calme des jardins.

Presque aussitôt, son intuition est confirmée par le bruit d’une chute qui vient dissoner dans l’air humide de brume. Faisant aussitôt volte-face, il scrute l’obscurité verte du couvert des arbres, à la recherche de l’intrus. La princesse de Lorde-Gian serait-elle revenue le voir par inadvertance ? Dans le plus parfait silence, Mathan s’avance vivement vers la forme fine qu’il vient de repérer échouée dans l’herbe, la main parée sur le pommeau de son espadon. Son hypothèse semble se confirmer alors qu’il s’approche et que la faible et lointaine lueur des flambeaux lui révèle les contours fluides d’un mince corps féminin qui se relève, mais n’a guère le temps de se muer en certitude. Il s’immobilise à quelques pas devant la jupe noire et passée, le chignon serré, la ceinture de tissu rouge. Une servante, une simple servante de son palais, que ses longues oreilles en pointes désignent comme parfaitement Supérieure. Le roi l’observe un instant, sans comprendre les raisons de sa présence, avant que sa colère ne s’enflamme à nouveau, glaçant son visage d’ébène. Il ignore pourquoi mais il est soudain déçu, et cette frustration sans motif attise encore sa fureur. Sa main tremble un instant sur le pommeau d’Heleborg, mais c’est par sa voix tranchante, vibrante de rage, que survient l’offensive :


« Qui t’as permis ? De quel droit viens-tu épier ainsi ton souverain ? »
Dans un brusque geste de dépit, la poigne de fer de Mathan enserre dans son étau le bras de la jeune femme pour la repousser hors du couvert des bosquets, la jetant sans ménagement en pâture à la lumière grêle des flambeaux. Aussi menaçant qu’un fauve, il marche de nouveau sur elle, la fureur forgeant d’effrayants éclats de son regard de métal.

« Ne sais-tu donc pas ce que ton impudence pourrait te coûter ?! »

Pendant quelques secondes brûlantes, Mathan est bien décidé à le lui apprendre. Sa colère lui dicte déjà de quelle façon dissuader cette impertinente de se montrer trop curieuse. Et même si sa faute n’est peut-être pas si grande, il est bien satisfait qu’elle lui offre matière à décharger sa fureur. Sa beauté a beau se révéler malgré la pauvreté de ses atours de domestique, rien dans l’ombre terrifiante du roi Supérieur ne laisse augurer une quelconque pitié. Au contraire, plus il fixe les traits ciselés avec art de son visage pur, l’éclat de ses prunelles de turquoise limpide sur la blancheur cristalline de sa peau et l’églantine de sa bouche tendre, plus son dépit s’embrasse. Cette jeune femme délicate le regarde, elle l’a vu et peut-être entendu alors qu’il maudissait son frère défunt, mais elle ne sait pourtant rien des tourments qui l’assiègent sans relâche. Eyeha Norken n’en savait rien elle non plus. Personne dans ce monde ne saurait se douter des tragédies qui l’ont hissé plus haut que tous, sur son trône d’amertume. Jamais un autre ne pourra endurer ces souffrances à sa place, les comprendre ou même les imaginer. C’est cette funeste et irrévocable promesse de solitude qui déchaîne en lui cette mordante sensation d’injustice. Cette colère sourde qui lui fouaille les viscères alors qu’il n’aurait qu’à tendre le bras pour punir cette domestique fautive, et que cette proximité lui rappelle l’abîme sans fond qui l’isole de tous. L’acier furieux de son regard croise la lumière azurée des prunelles claires de la jeune femme et il enrage à la pensée qu’elle soit venue l’espionner, qu’elle ait tenté d’une quelconque façon de l’approcher alors que rien, jamais, ne le ramènera vers un semblable. Le roi Supérieur n’a nul semblable.

« Tu n’as rien à faire ici. Suis-je donc condamné à voir le moindre de mes répits ainsi profanés ? Donne-moi une bonne raison de faire preuve de clémence ! »
La menace enflamme le silence et vient peser comme une sentence sur les épaules rondes de la domestique, tandis que vrombit la colère dans les yeux métalliques du souverain…


Dernière édition par Mathan Gël'in le Jeu 21 Mar - 12:08, édité 1 fois
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Elen Fildacelial
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Localisation : Au château de Misengris pour servir mon Roi
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MessageSujet: Re: Dans les lambeaux de la nuit [Pv Elen][TERMINE]   Ven 22 Fév - 13:54


Les rumeurs étaient donc véridiques... J'avais affaire à un sombre Roi, cruel et froid comme on me l'avait maintes fois décrit. Une douleur me lançait dans le bras qu'il m'avait si brutalement saisit et dans mon cœur qui souffrait de voir une telle méchanceté. Je souffrais de voir un regard emplit de tant de haine et de cruauté. Je n'aurais jamais cru cela possible, et ça me faisait terriblement mal. Pour lui, c'était un affront de se promener dans les jardins et de vouloir partir pour le laisser tranquille avec ses pensées. À moins que cette brusque réaction n'ait un rapport avec ce qu'il avait dit, mais dont je n'avais presque rien compris. Il n'avait donc aucune véritable raison, à mon regard, de s'en prendre à moi. Cependant, je ne parvenais pas à lui en vouloir, je ne le pouvais pas. D'un sens, je l'avais cherché. De son point de vue du moins. Je savais ce Roi mauvais, le cœur noir et ténébreux, dénué de toute compassion, de toute pitié, et pourtant j'étais restée. J'aurais peut-être dû rester sur mon banc, immobile, telle une statue. Malheureusement pour moi, ma terrible curiosité m'avait poussée à me déplacer, à aller voir qui était là, et j'allais en payer le prix par mon sang et ma vie, si insignifiante soit-elle au regard des gens. Car je ne me fais pas d'illusion, je sentais bien que mon parcours allait prendre fin cette nuit, au beau milieu de ce si beau jardin. Sa lame trancherait ma chair, mon sang coulerait sur le sol meuble, et mon corps, sans vie, s'effondrerait sur le tapis d'herbe. Et personne d'autre que moi ne connaîtra l'immense valeur que j'ai.

Mais je ne comptais pas mourir ainsi, sans même avoir dit un mot pour assurer ma propre défense. Et, fort heureusement, le Roi, bien que cruel, m'offrait la possibilité, ou plutôt la chance, de m'excuser et d'expliquer ma présence en ce lieu. Mais tout d'abord, il me fallait trouver quoi dire. Je ne savais que faire. Mentir ou dire la vérité ? Je ne savais nullement mentir, et si je tentais un quelconque mensonge, il le saurait aussitôt et je serais décapitée sans pré-avis. Et si je disais ce qu'il s'est réellement produit, je craignais d'y laisser, là aussi, ma vie. Tout prévoyait que je meurs, mais quitte à mourir, autant périr en ayant dit la vérité. Ainsi, ma pureté, bien que déjà bien souillée, serait sauvée. Je me mis donc à formuler la phrase dans ma tête afin de ne rien oublier et de ne rien mélanger, et dans le langage que je devais à présent utiliser, comme je le fesais à chaque fois avant de m'exprimer. Car si je me mettais à parler comme je le faisais avec les Gardiennes, tout n'irait qu'encore plus de travers.

Afin de me donner du courage, je portais doucement ma main contre mon tissu rouge, sous lequel j'avais mis ma bague, celle que m'avait offerte la Reine qui m'avait précédée. Je l'avais toujours avec moi, et son contact me rassurait. Mais quelle ne fut pas ma frayeur lorsque je vis qu'elle ne s'y trouvait plus. La panique emplissait mon esprit, et je m'efforçais de la cacher. Je jetais des regards un peu partout dans le jardin, espérant la retrouver. Le Roi devait sans doute prendre ma réaction pour la grande terreur qu'il semblait désirer m'inspirer, mais je craignais plus que tout qu'il ne découvre mon secret. Après tout, je dois bien être la seule Reine de la famille Equa qui a été déchue, la seule Reine tout court même, et mon secret n'en est que plus grand et plus dur à garder. Qui sait ce qu'il me ferait s'il découvrirait la bague ? Et s'il me prenait pour une voleuse, croyant que j'ai pris ce si beau bijou à une haute dame ? Mais à mes yeux, cette bague vaut plus que tous les trésors du monde, venant d'une Gardienne, et je doutais qu'une quelconque noble ne puisse posséder tel bijou. Il voudra peut-être me torturer, afin de savoir qu'elle haute dame aurait autant d'argent pour posséder un tel bijou. J'aurais dû le laisser dans ma chambre, loin de tout danger...

Je finis par la voir, scintillante, contre la racine qui m'avait fait choir. Elle avait certainement dû tomber lors de ma chute. Maintenant, le tout était de la récupérer avant que quiconque d'autre ne l'aperçoive. Afin de me calmer, je me remis à penser à ceux que j'avais tant aimé, espérant qu'ils soient à mes côtés en ce terrible instant. Je joignis mes mains devant moi et les fixais, baissant humblement la tête sans trop exagérer, désirant garder un semblant de dignité, avant de parler à mon tour, le ton calme et la voix douce :

- Je vous prie de m'excuser, votre Majesté. Je comptais m'en aller pour vous laisser avec votre quiétude. Quant à ma présence en ce lieu, j'étais juste venue afin de me changer les idées. Je vous prie de me pardonner de vous avoir importuné. »

J'espérais ne pas en avoir trop fait, mais quoi qu'il en soit j'allais sans doute ne pas pouvoir recommencer et me corriger. Et maintenant que ma prise de parole était terminée, je ne savais que faire. Partir ou rester ? Si je partais, j'allais sans doute être corrigée pour ne pas avoir attendu son autorisation. Mais si je restais, j'allais aussi être corrigée pour être restée là, plantée comme une sotte. Je pris cependant la décision de rester sur place, préférant attendre l'autorisation avant de me permettre de quitter les lieux. Je m'efforçai donc de rester immobile, mais mon regard était irrésistiblement attiré par la bague qui attendait d'être ramassée.

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Mathan Gël'in
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MessageSujet: Re: Dans les lambeaux de la nuit [Pv Elen][TERMINE]   Ven 8 Mar - 9:32

La pureté d’un éclat de cristal, qu’un scintillement de peur rend éblouissante…
Sa colère ramassée dans ses muscles frémissant comme un prédateur prêt à bondir, Mathan toise la malheureuse servante sans brider le moins du monde son impatience. Quelque chose en elle le dérange sans qu’il ne parvienne à y mettre de mots. D’où lui vient cette délicate blancheur qui, indépendamment de sa peau ivoirine, semblé émaner d’elle comme un souffle irréel ? Il a l’habitude de voir de belles femmes. L’essence même du peuple Supérieur est empreinte depuis la nuit des temps par la grâce et la beauté des corps. Son propre Palais regorge des cuisines aux donjons de splendides créatures, qu’elles soient duchesses ou chambrières. Mais, parées des plus beaux atours ou éclatantes de simplicité, aucune d’entre elle n’a cette étrange étincelle intérieure, ténue, discrète, qui pourtant fait resplendir cette jeune femme de sa fragilité. Il ignore d’où provient cet éclat qui attise sa fureur. Cette étonnante pureté lui rend encore plus intolérable sa présence en ce lieu, qu’il a choisi comme arène pour se débattre contre ses propres ténèbres. Sa présence n’en sera que plus sévèrement châtiée et cette pensée soulève un frisson de violence dans son corps bouillonnant. C’est avec une féroce acuité qu’il épie la frayeur sur son visage perdu, cette ombre de tristesse dans son regard lumineux, rendu fébrile par la crainte de perdre la vie. Mais Mathan est encore suffisamment maître de lui-même pour ne pas s’abaisser au niveau de ces noblaillons sadiques qui prennent plaisir à meurtrir ou tuer leurs domestiques. Et dans le cas présent, la peur qu’il devine chez la malheureuse, qui vire à la panique quand elle tâte nerveusement son vêtement, suffit amplement à nourrir sa supériorité.

Une sombre satisfaction nait en son cœur lorsqu’il réalise que cette blanche jeune femme n’a pas la conscience tranquille. Son trouble n’est pas uniquement du à la menace grondante que ses yeux métalliques font peser sur elle. Son regard affolé chercher fiévreusement autre chose qu’une échappatoire, il en a la conviction. Cette assurance nouvelle dompte aussitôt sa colère, la remodelant tranquillement en une humeur joueuse. Rien dans l’expression hargneuse qui durçit son visage ne laisse deviner les prémices d’amusements qui germent en lui, pourtant c’est avec une joie mauvaise et invisible qu’il avance encore de quelques pas pour la surplomber de sa silhouette orageuse. La voix douce, claire, étrangement musicale danse sur son tympan et ce timbre mélodieux l’arrête une furtive seconde, sans que cela ne l’empêche de gronder sèchement :


« Epargne-moi tes états d’âme et cesse donc de me prendre pour un faible d’esprit. Quelle est cette chose qui te manque tant pour que tu ne cesses de regarder alentours ? »

Ses traits sont de pierre et les inflexions menaçantes de sa voix résonnent dans la rumeur silencieuse des jardins avec la netteté cruelle d’un couperet. Pourtant, l’indolente tranquillité ¡[qui étoffe ses mouvements trahit toute l’obscure satisfaction qu’il éprouve à avoir cette jeune femme sous son emprise. Lorsque ses pas l’amènent derrière elle, il se retourne pour la jeter en avant d’une négligente impulsion de la main sur son épaule gracile.

« Rapporte-la-moi. »
Survolant avec froideur les quelques courbes devinées sous la sobriété de ses vêtements, Mathan lui laisse quelques pas d’avance avant de la suivre en silence, sans que ses yeux ne cesse de peser sur elle. Epiant le moindre de ses gestes pour ne pas la laisser s’échapper, Heloborg prête à jaillir de son fourreau à la moindre incartade. Encore que dans l’humeur de fauve où il se trouve, une partie de chasse dans l’aube bleue des jardins ne serait pas pour lui déplaire… Mais l’occasion ne s’en présente pas. Au lieu de cela, il contemple avec circonspection le bijou que la jeune femme lui a remis. A nouveau quelque chose l’interpelle. Cette longue bague d’azur aux reflets irisés est une merveille de finesse, qui imprime à son métal des courbes et des ciselures si aériennes et fluides qu’il lui longtemps avant de retrouver dans sa mémoire le nom des rares artisans de Misengris suffisamment doués pour donner le jour à une telle splendeur. Un chef-d’œuvre de prix à n’en pas douter, qui n’est pas à la portée de tous les nobles de son Palais et certainement pas d’une misérable servante, si belle soit-elle. Il pose sur elle un regard acéré, méfiant, où toute trace de jeu a disparu. Une vigilance agressive brille dans ses prunelles alors qu’il fait rouler la bague entre ses doigts quelques instants.

« Te changer les idées… une bien jolie tournure pour dissimuler ton forfait. Où as-tu dérobé ceci ? »

Le ton est net et dur, mais le péril est grand. Le roi Supérieur commence à se poser des questions au sujet de cette domestique qui lui semble soudain bien trop racée pour quelqu’un de sa condition…


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Dernière édition par Mathan Gël'in le Jeu 21 Mar - 12:08, édité 2 fois
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Elen Fildacelial
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MessageSujet: Re: Dans les lambeaux de la nuit [Pv Elen][TERMINE]   Ven 8 Mar - 14:15


Il a deviné. Malgré ce que j'espérais, il a remarqué que je cherchais surtout ce bijou de fortune qui me tenait tant à cœur. J'aurais dû tenter de me faire plus discrète, plus futile, mais dans la panique ce me fut chose impossible. Et bien que je m'étais efforcée de parler calmement, il m'avait répondu plus sèchement encore. Était-il donc incapable d'exprimer une once de douceur ? Son ton ne faisait que m'apeurer plus encore, mais je ne devais pas m'arrêter maintenant, pas alors que je reprenais doucement le flux difficile de la vie et que je m'intégrais à ma nouvelle condition. Mais mon regard c'était fait indiscret, et le Roi l'avait remarqué. Quelle était donc cette sensation de boule grossissante dans mon ventre qui me tiraillait les entrailles et semblait ne désirer autre chose que me faire mal ? Serait-ce donc la panique que j'essaie en vain de contenir ? Cela ne m'étonnerait pas, car je craignais plus que tout qu'il ne découvre le secret que j'étais parvenue à garder pendant toutes ses années. Mais en une seule et unique nuit, tout risquait de s'effondrer autour de moi. Je devais trouver une issue, une échappatoire à ce piège qui se referme doucement autour de moi. Le Roi me tenait sous son emprise, et telle une petite souris fragile, je me débattais vainement entre les griffes acérés qui me retiennent. La panique fut plus grande encore lorsque le Roi vint se placer derrière moi. De là, on ne pouvait manquer le doux scintillement de ma bague que je chéris tant. Et, sans que je ne m'y attende, il me poussa en avant, donnant un coup sur mon épaule. Je fus étonnée par la force qu'il avait, et je croyais que j'allais à nouveau me retrouver à terre, mais cette fois ce serait tout d'abord sur le visage, ce qui n'arriva heureusement pas. Il voulait que je lui rapporte mon bijou. Mais après, que ferait-il de moi ? Je savais bien qu'il n'allait pas me croire innocente, car une simple servante n'a aucunement les moyens de se payer telle beauté. Et pourtant, je ne suis en rien coupable. Comment lui faire comprendre cela sans risquer de trahir mon secret et devoir tout révéler ?

Tremblante, j'avançais vers mon bijou, objet qui aurait sans doute fait nombres de convoitises. Le Roi Mathan Gël'in attendit quelques secondes avant de suivre mes pas. Je sentais son regard peser sur ma nuque, et les quelques poils qui s'y trouvaient s'étaient hérissés. Je ne pourrais donc pas m'enfuir pour sauver ma peau et cet objet si précieux à mon regard. Cela aurait été une bonne idée, mais je ne voulais pas mettre ma vie en péril, un trésor tout aussi précieux que le bijou car il m'avait été offert par Liv elle-même, et bien que j'avais choisis de la renier je lui devais mon existence en ce monde. J'avançais donc vers la bague, m'apprêtant à faire ce qu'encore je n'avais jamais osé. Une fois arrivée devant la bague, je me baissais, pliant les genoux, et la pris délicatement avant de me relever et me tourner vers mon Roi. Elle resta cachée dans mon poing un petit moment, l'autre main au-dessus. J'hésitais à la lui montrer, j'avais peur de la réaction qu'il pourrait avoir. Finalement, je lui tendis les mains et ouvrit mon poing. Je venais de faire ce que je n'aurais jamais cru : j'avais montré mon bien le plus précieux à une personne que je venais de rencontrer. Il était certes mon Roi, mais j'aurais très bien pu ne pas lui montrer et avoir la tête tranchée. Mais finalement, quelqu'un d'autre l'aurait trouvé, et je préfère savoir où elle est que de ne plus jamais la voir.

Le Roi semblait, pendant un bon moment, être figé devant la beauté et la finesse de ma bague. Après tout, ce n'est pas tous les jours que l'on peut voir pareille merveille, même lorsqu'on habite dans un palais et qu'on est le maître de cette immense demeure. Puis, mes soupçons furent confirmés : il croyait bel et bien que j'avais volé ce bijou qui, en réalité, m'appartenait. Mais comment lui dire, comment lui expliquer ? Une personne de mon rang ne pouvait pas avoir les moyens de s'acheter cela, même en économisant toute sa vie sur plusieurs générations. Et je ne pouvais pas non plus mentir, car cela se remarquerait aussitôt. Mais je ne pouvais pas non plus lui dire ce que je suis en réalité. À nouveau, je baissais le regard devant le Roi et joignis mes mains devant moi, mais cette fois-ci elles étaient situées à l'endroit où aurait dû être mon nombril. J'avais besoin du soutien de mon ancien peuple, et j'espérais qu'elles étaient auprès de moi en cet instant critique, bien que cela n'était sûrement pas le cas. Mais bon, l'espoir fait vivre, et tant que j'espérais je pouvais encore m'accrocher au mince fil de la vie. Il fallait juste qu'il ne brise pas. Pendant un moment qui me parut durer une éternité, je réfléchissais à la façon dont je pouvais lui expliquer.

Lui dire la vérité ? Hors de question. Lui mentir ? Il le verrait aussitôt. Alors que faire ? Le mieux, d'après moi, restait de répondre simplement à ses questions par la vérité, en évitant autant que possible de dévoiler mon secret. Et si je devais en arriver là... Je préfère ne pas y penser. Mais il ne fallait pas qu'il sache, surtout pas, sinon tout serait fini. Plus il a de gardiens, et moins un secret est bien gardé. Car une fois partagé, il disparaît. Sa nature même et d'être gardée pour soit, et non divulguée, alors je ne dois rien dire, juste me taire. Le pire qu'il pouvait encore m'arriver soit qu'il le devine par lui-même, mais ce serait une chose fort étonnante. Ce ne doit pas faire partit des choses que l'on devine tout de suite, et la seule chose qui le prouverait est l'absence de mon nombril. Hors, cet endroit est bien dissimulé aux yeux de tous. Comme je le croyais auparavant pour ma bague. Mais je devais arrêter ce maudit pessimisme et me concentrer sur l'instant présent, ne pas penser à l'avenir et à ce qui pourrait m'arriver dans un temps proche. Il fallait que je ne tarde pas trop et que je réponde maintenant, sans quoi il pourrait se poser des questions. J'allais lui dire la vérité, mais sans dévoiler la véritable source de tout cela, qui n'est autre que mon peuple d'origine.

- Je ne l'ai pas dérobée, elle m'a été offerte il y a fort longtemps. »

Comme cela, ce serait très bien. Ainsi, il ne pouvait dire que je suis une voleuse et ne se demanderait plus comment une servante de ma condition l'a obtenu. En revanche, il pouvait se questionner sur la personne qui m'a offerte cela, mais de toute façon elle n'est plus de ce monde. J'ai hérité de ma prédécesseur ce bijou et le rang d'où j'ai été déchue, il ne me posera sûrement pas d'autres questions là-dessus. En tout cas, je ne faisais que l'espérer...


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Mathan Gël'in
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MessageSujet: Re: Dans les lambeaux de la nuit [Pv Elen][TERMINE]   Jeu 21 Mar - 12:04

Une telle innocence jusque dans la peur, qui le fascine et le blesse à la fois…
Avec une impitoyable attention, Mathan observe le dilemme qui déchire la jeune femme, nourrissant sa frayeur malgré ses efforts désespérés pour la museler. Elle n’aura pas l’audace de s’opposer à lui. Même si son hésitation porte les germes d’un refus, la panique soudaine où l’a plongée sa question l’astreint à la soumission. Et il lui suffit de la pousser à faire le premier pas pour qu’elle se plie à son ordre. Pourtant, quelque chose le froisse encore dans son obéissance. Elle est là, marchant à quelques pas devant lui, l’arc gracile de sa nuque blanche frémissant sous son regard d’acier mais elle reste néanmoins hors de sa portée. Oh, de peu, vraiment. C’est quelque chose d’infime, d’aussi ténu que l’obscurité pâlissante du ciel à l’approche de l’aube, mais cela est suffisant pour la mettre hors d’atteinte et exacerber sa frustration. Certes elle lui obéit et lui remet docilement le bijou étincelant dans la coupe de ses mains, offerte avec résignation comme un sacrifice. Mais alors qu’il scrute ses yeux baissés, l’ombre de ses longs cils frissonnants sur sa peau, la colère jette de nouvelles vibrations en son âme tourmentée. Elle ne lui a pas remis cette bague uniquement parce qu’il l’a exigée, mais parce qu’elle en a fait le choix. Il le devine à la noblesse de sa soumission et cela le met hors de lui.

Comment ose-t-elle ? De quel droit s’offre-t-elle le luxe de choisir d’obéir alors que ses choix et sa volonté devraient être en tout point inféodés aux siens ? Mathan ne comprend pas d’où peut lui venir cette insolence candide et démunie qui n’a même pas conscience d’elle-même, et pour lui qui a toujours fait plier Misengris toute entière au moindre de ses désirs, pareille bravade est intolérable. La simple vue de cette servante docile, qui remet en cause sa souveraineté sans même le savoir lui brûle les nerfs. Là sur-le-champ, il voudrait briser l’éclat majestueux de son dénuement, user de violence et de cruauté pour effacer l’étincelle blanche qui anime sa beauté, la ravaler définitivement dans l’ombre terne où d’ordinaire évolue vaguement tout ceux qui l’entourent. Peu de personnes ont eu le malheur d’envenimer sa rage à ce point par leur seule présence. D’une certaine façon, elle lui rappellerait presque Argan, ce qui lui inspire encore moins de clémence. Il eut mieux valu pour cette petite sotte qu’elle demeure terrée dans sa chambre en cette nuit moribonde. Pourtant, malgré tout le dépit qu’elle éveille en lui, il ne peut empêcher une partie de lui-même d’être fasciné par la délicate lumière qui émane doucement de cette jeune femme. Par-delà sa colère, il se demande avec insistance d’où peut lui provenir cette aura et quel est ce secret qu’elle tient tant à cacher. Car il ne faut aucun doute qu’elle lui dérobe encore habilement la vérité quand ses questions n’admettent pas de détour. Un cadeau, dit-elle ? Mathan n’y croit pas une seconde. Il n’est pas en ces murs un seul Supérieur qui soit fou à lier au point d’offrir une bague de ce prix à une simple domestique, fut-elle radieuse comme un astre et exceptionnellement douée de son corps. C’est d’une absurdité qui confine à la comédie. D’ailleurs, un rire sec et méprisant secoue les larges épaules du souverain lorsqu’il entend ces mots.


« Et bien, quel royal présent. J’ose à peine imaginer jusqu’à quel point tu as laissé ton bienfaiteur jouir de tes charmes pour qu’il en vienne à se montrer aussi insensément généreux. Mais peut-être aussi serait-il temps que tu cesses de me prendre pour un benêt, belle enfant… »
Sa voix grave et doucereuse ronronnerait presque au creux de sa gorge et donne un relief encore plus odieux à l’insulte mesquine qu’il vient de lui adresser. Sa main se referme sans pitié sur la bague, dérobant son précieux éclat au regard miroitant de la jeune femme. Il ne la lui rendra pas. En soi, il n’a que faire de ce bijou. Même si sa finesse et son raffinement confinent à la perfection, quel agrément particulier pourrait lui apporter pareille merveille ? Les coffres du Palais regorgent suffisamment de richesses et il n’a ni l’avarice ni la futilité pour y ajouter une nouvelle babiole. En revanche, aux yeux de la frêle et pure domestique, cette bague est inestimable. C’est amplement suffisant pour qu’il ne souhaite pas la lui remettre. Il sait qu’il ne pourra guère trouver meilleur moyen de pression que celui-ci pour l’assujettir à sa domination, la forcer à révéler malgré elle d’où lui vient cette humble majesté qui a l’outrecuidance d’éveiller son intérêt. Cachant la parure à l’intérieur de sa tunique, il reprend sa lente marche de grand fauve, tournant indolemment autour de la jeune femme comme au milieu d’une arène, portant sur elle tout le tourment de son regard métallique dénué de compassion. Sans se presser, il détaille encore la grâce de ses traits, l’harmonie de sa silhouette fine, y cherchant avec suffisance le moindre signe de peur. Même si elle ne se départit pas de cette douce solennité qui enivre son courroux, il éprouve une certaine satisfaction à déceler les frissons qui crispent ses mains délicates sur son ventre et arrondissent craintivement la courbe de ses épaules. Cela adoucit la frustration qu’elle lui inspirait.

« Pour le seul affront de ton mensonge, je pourrais t’expédier sur-le-champ dans un lieu où tu regretterais la lumière du jour autant que d’être venue au monde. Cependant, toute cette plaisanterie me met d’avenante humeur. Alors admettons que l’on t’ait offert ceci. Qui donc dois-tu remercier pour une telle faveur ? »
En quelques pas, Mathan a en effet retrouvé toute le calme impassible qui trahit d’ordinaire ses fantaisies de jeu. Cette péronnelle refuse de lui dire la vérité ? Soit. Cela lui donne motif à prolonger son calvaire. Lorsqu’il sait parfaitement que l’adversaire n’est pas de taille, le roi Supérieur se révèle infiniment patient à le pousser à la reddition. Ses yeux d’acier surplombent de toute leur morgue la frêle jeune femme, moitié pour se délecter de sa terreur, moitié pour observer encore cette grâce étrange qui la nimbe toute entière.

« Je n’ai rien contre les devinettes et les jeux de cache-cache. Mais abstiens-toi d’espérer niaisement que je te laisserai partir d’ici sans avoir obtenu de réponses à mes questions. »


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Elen Fildacelial
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MessageSujet: Re: Dans les lambeaux de la nuit [Pv Elen][TERMINE]   Jeu 28 Mar - 18:28


Malgré ce que j'espérais de tout cœur, le vieux Roi aigri qui se tient devant moi ne me croit pas. Je croyais pourtant que la vérité triompherait, mais il semblerait que la réalité soit toute autre. Dois-je donc mentir pour qu'il croit mes mots ? Même s'il fallait faire cela, je m'y refuse. Je ne peux que contourner la question, mais je ne pourrais pas le faire définitivement. Et déjà mes pensées se perturbaient. Le Roi venait de refermer sa main sur ma bague, et mon cœur se serrait. Ce geste ne signifiait qu'une chose : il n'avait, pour l'instant, aucunement l'intention de me la rendre. À l'idée de ne plus jamais pouvoir la regarder, j'avais la même impression que si on m'avait planté un poignard dans le cœur. Avec toute la force dont j'étais capable, je retenais mes larmes, mais mes yeux brillaient tout de même tant la tristesse m'étreignait. Mais je devais m'efforcer à garder l'esprit clair, sans quoi tout serait perdu. Mon secret ainsi que mon bijou. Infiniment triste, je fixais la main qui renfermait ma bague, comme si j'espérais qu'elle s'ouvre et revienne dans mes mains.

Le rire qui sortit de sa gorge fut aussi sec et méprisant que ce qu'il avait été depuis le début de notre entretien dans ce si beau jardin. Il croyait que j'avais abuser de mes charmes pour corrompre une âme et avoir un tel cadeau, mais je n'avais rien fait de tel. Je ne pouvais pas non plus lui expliquer comment je l'avais obtenu. Il croyait que je me moquais de lui, et pourtant ce n'était aucunement le cas. Je ne faisais que dire ce qu'il en était. Il m'avait posé une question, et je lui avais répondu par la vérité. Qui avait-il donc de mal à cela ?

Puis le Roi se mit à tourner autour de moi, tel un oiseau de proie virevoltant au-dessus de son prochain repas. Mes épaules et ma tête se baissèrent sous son regard d'acier qui me transperçait jusqu'à l'âme. La peur était plus que jamais présente et je m'efforçais tant bien que mal à l'envie de partir en courant pour m'enfuir et ne plus jamais revenir.

Nous avons toujours le choix, et je ne savais que choisir entre dire toute la vérité et tenter de récupérer ma bague ou ne rien dire et y laisser la vie. Le choix était fort difficile, et la vie pas moins cruelle. Devoir faire un tel choix ne devrait pas exister. La vie m'a été offerte par Liv, et le bijou par une de ses filles. Que penseraient mes ancêtres si j'abandonnais un tel bijou aux mains de ce mauvais Roi ? Et si je lui disais toute la vérité ? Non, je ne dois pas. Je commençais tout juste à retrouver une vie normale, et voilà que tout partait à la dérive. Je ne dois pas pour autant tout laisser tomber et tout déballer, le désespoir ne doit pas m'atteindre. La peur avait déjà fait un bon chemin vers mon cœur, mais je devais restée refermée devant tout signe de désespoir, car alors tout serait perdu.

Je devais dire la vérité, mais sans pour autant trop tricher. Mettons les choses au clair : le bijou me vient de la Reine qui m'a précédée, qui le tient elle-même de son prédécesseur. Il doit bien y avoir un moment où une personne ne l'a pas reçu de la personne qui la précéder dans ce rôle, c'est-à-dire la première Reine. Et celle-ci l'a sûrement tenue de Liv, la déesse. Je pouvais donc dire que je le tiens d'une déesse. Le Roi pourra toujours ce questionner pour savoir pourquoi une déesse m'a offert un tel bijou, mais pour l'instant c'est mon seul échappatoire. Et puis, ce n'est que la vérité.

- Il s'agit de la déesse Liv, Messire... »

Durant un court instant, j'aurais voulu remonter le temps et ne jamais avoir dit cela. Mais je ne pouvais pas revenir en arrière, et je me devais d'assumer mes dires. Et puis, qu'allait-il me faire pour avoir dit la vérité ? Tient-il à procurer à une personne un mauvais souvenir, une appréhension de son être ? Cela m'étonnerait beaucoup, malgré tout ce que j'ai pu entendre dire sur lui. De toute façon, j'avais fais le choix de lui dire, et j'en assumerais les conséquences.

Nous avons toujours le choix, et je ne savais que choisir entre dire toute la vérité et tenter de récupérer ma bague ou ne rien dire et y laisser la vie. Le choix était fort difficile, et la vie pas moins cruelle. Devoir faire un tel choix ne devrait pas exister. La vie m'a été offerte par Liv, et le bijou par une de ses filles. Que penseraient mes ancêtres si j'abandonnais un tel bijou aux mains de ce mauvais Roi ? Et si je lui disais toute la vérité ? Non, je ne dois pas. Je commençais tout juste à retrouver une vie normale, et voilà que tout partait à la dérive. Je ne dois pas pour autant tout laisser tomber et tout déballer, le désespoir ne doit pas m'atteindre. La peur avait déjà fait un bon chemin vers mon cœur, mais je devais restée refermée devant tout signe de désespoir, car alors tout serait perdu.

La totale vérité serait cachée, du moins je l'espérais, mais cela n'empêcherais pas des infimes parcelles de s'échapper, tant que cela peut m'assurer une survie. De toute façon, je ne pense pas que l'on puisse cacher indéfiniment la vérité à un Roi, et mon secret aurait sûrement été dévoilé à un moment où un autre. Je devais me faire à l'idée que je ne pourrais garder autant de secret, tout cela était beaucoup trop grand. D'autant plus que me promener avec cette bague comme porte-bonheur avait été totalement idiot et puéril. Ce n'est que parce que je voulais garder l'illusion que je suis encore auprès de mes sœurs que je la gardais sans cesse avec moi, et voilà maintenant ou cela m'attirait.

Je pouvais aussi remettre en question le fait que j'ai renié Liv, je ne lui dois donc plus rien. La seule raison pour laquelle je n'ai encore rien dit et que je lui dois la vie et que je tiens à garder mes sœurs loin de tout danger. Je craignais qu'il ne décide de détruire toute végétation s'il apprend que les Gardiennes de Liv sont toujours d'actualité. Car si nous nous cachions, c'est qu'il y a une raison. Mais elles m'avaient abandonnées. Quand j'ai été déchue, elles n'ont rien fait pour que je reste parmi elle. Pour cela, je leur en voulais, mais la vengeance ne doit pas avoir lieu, et la colère ne doit pas venir en mon cœur.


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Mathan Gël'in
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MessageSujet: Re: Dans les lambeaux de la nuit [Pv Elen][TERMINE]   Ven 29 Mar - 9:27

Le miroitement d’une larme dans ses yeux de cristal, qui tinte comme un sanglot sur son aura de lumière…
Mathan ne s’est jamais repu de la souffrance. Nombreux sont ceux dans son entourage qui en doutent mais lui le sait bien. Peu importe tous ceux qui sont tombés sous sa lame, qui ont imploré grâce à ses pieds avec tout le désespoir de leurs corps brisés. Jamais elle n’a éveillé en lui ni intérêt ni répulsion, ni pitié ni plaisir. Dans son cœur insensible, la douleur n’est qu’un moyen parmi tant d’autres pour arriver à une fin. Pourtant, alors qu’il observe la jeune femme à sa merci dans l’aube naissante, alors que la tristesse jette l’émail délicat des larmes dans ses yeux d’azur, le roi Supérieur sent l’agacement perturber son humeur. Nimbée de cette pureté courageuse face à ses inflexibles assauts, sa détresse contenue confine à une beauté si limpide qu’elle aiguillonne son dépit. Sans qu’il ne parvienne à se l’expliquer, l’harmonie qui résonne en elle le hérisse, quoiqu’elle fasse. Qu’importe si la peur lui fait enfin courber la tête à l’abri dérisoire de ses épaules fragiles, si les tremblements de son corps lui disent à quel point il la tient en son pouvoir. Quelque chose chez cette femme lui déplait, comme s’il commençait d’entrevoir la source de son humble splendeur, cet éclat étrange qu’il ne peut définir peut-être parce qu’il est issu de l’irrationnel. A cette pensée, un frisson de dégoût court le long de ses épaules et durcit son regard sur la frêle domestique. L’idée ne lui en vient que maintenant mais aussitôt elle germe et croit dans son esprit avec la même vivacité que le lierre sur les arbres centenaires des jardins. Cette abnégation sereine dont il ne cesse de percevoir les résonnances sous les remous chaotiques de la peur, qui donne un relief si majestueux à sa soumission, ne lui est pas inconnue.

Parmi ses souvenirs, il en retrouve le reflet dans l’imperturbable courage des Descendants qui se jetaient calmement à l’assaut de ses troupes aux côtés des barbares Faunens, lors de la Grande Guerre. Ils ne possédaient pas cette vacillante lumière intérieure mais leur quiétude acérée au plus fort de la bataille ressemble à l’obéissance de cette jeune femme. Comme si, à l’instar de ces sauvages crédules, elle aussi pensait qu’une chimère bienveillante couronne le monde pour veiller sur elle. Si tel est le cas… Mais Mathan chasse cette pensée avec colère. Cela ne se peut. Cette misérable servante n’est peut-être qu’une sotte et une menteuse mais elle demeure une Supérieure. Qu’importe la raison de cette aura troublante qui use dangereusement sa patience, il ne peut y avoir de lien avec un culte ridicule voué à l’invisible. Malgré tout, le roi peine à dissimuler le bouillonnement belliqueux qui anime ses pas, alors qu’il observe la jeune femme rassembler son courage. Tout dans son attitude menaçante la presse de répondre, depuis la raideur cassante de ses gestes au flamboiement de son regard. Il vaut mieux pour elle qu’elle ne s’avise pas de se dérober, tant dominer cette impulsion de violence lui est difficile. Et si le nom de son bienfaiteur prodigue peut l’aider à oublier la détestable hypothèse qui sillonne ses pensées, qu’elle se dépêche de le lui révéler si elle tient à la vie. Mais quand enfin elle se résigne à parler et que sa voix mélodieuse s’élève sous les voûtes végétales dans la lumière pâlissante, la réponse tant exigée fait férocement voler en éclats l’impassibilité glaciale de Mathan.


« Liv ?! »
Frappé de plein fouet par cette déclaration insensée, l’ébauche d’un mouvement de recul ébranle ses membres avant qu’il ne se fige, stupéfait. Le roi Supérieur pensait s’être attendu à tout même au pire mais en cet instant, par ce seul mot, toutes les certitudes qu’il avait forgées à l’égard de cette servante insignifiante et faible se désagrègent. Pendant de longues secondes lourdes de menace, il la fixe en silence, sans voix. Et puis, aussi sûrement que le ciel au-dessus des arbres se pare des premiers tons flamboyants de l’aurore nouvelle, une colère sourde, immense, démentielle, embrase son corps entier. Un cadeau de Liv. Un cadeau de Liv…

« Toi… Mais quelle sorte de folle créature es-tu donc ?! »

Avec une violence décuplée par la rage qui le brûle, la poigne de fer de Mathan jaillit avec la vivacité de l’éclair pour étreindre la fragile gorge blanche. L’artère palpitante s’affole sous sa paume et éperonne les battements de son propre cœur, qui jette ses tremblements au plus profond de ses membres. L’attirant à lui sans la moindre forme de pitié, il plante l’acier en fusion de ses yeux furieux dans ses prunelles de ciel. Hors de lui, sa voix tonne dans la quiétude brisée des jardins comme la foudre sur la plaine :

« Tu n’es pas une Supérieure ! Jamais, même dans le plus vil des mensonges, jamais l’une des nôtres n’invoquerait le nom d’un dieu quel qu’il soit, et surtout pas celui de cette catin de Liv ! »

Ce nom enflamme encore la tempête qui fait rage en son sang et il repousse avec une brutalité sans pareille la jeune femme, la jetant au sol dans un mouvement plein de répulsion. Tirant rageusement son épée, il marche aussitôt sur elle et menace de sa lame acérée, vibrante de soif de sang, la poitrine pantelante dans la dérisoire protection de son corsage. Tremblant de colère, Mathan ne voit pas la fin de l’incendie hargneux qui le consume et se demande un instant jusqu’où le mènera cette folie incandescente déclenchée par ce nom détesté. Cette maudite déesse que son peuple n’a cessé de défier par son génie et de haïr pour sa punition. Ce monstre de néant qui effraie les faibles d’esprit et se joue de la crédulité des vivants. Et ce serait d’elle que la servante à ses pieds tiendrait son bijou ? Non, cela ne se peut. Pourtant, le poids de la bague dans les replis de sa tunique commence déjà à lui devenir intolérable à cette seule pensée. Mais il ne peut encore s’en débarrasser, pas tant que cette femme devant lui menace ses certitudes et la stabilité de son empire par sa présence.

« Parle ! Qu’es-tu ? A quel sortilège dois-tu cette apparence ? Réponds !! »

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Elen Fildacelial
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MessageSujet: Re: Dans les lambeaux de la nuit [Pv Elen][TERMINE]   Ven 29 Mar - 13:13


La colère naissait dans mon cœur, venant doucement mais étant si dure. J'étais une Supérieure, pas une vulgaire créature que l'on peut traiter de la sorte. Ma gorge me faisait encore mal. Sa poigne de fer semblait être imprimée sur la peau délicate de mon cou que je redressais fièrement. J'étais par terre, à ses pieds, mais je comptais bien garder un semblant de dignité. Moi ? Me plier à un Roi aussi cruel et mauvais ? Non... J'avais certes peur de lui, mais cette crainte faisait naître moi une colère et une haine que je ne connaissais pas. Il avait ses conditions, et j'allais poser les miennes. S'il voulait connaître la vérité, alors il devra aussi s'y plier. Il a beau être Roi, il faut savoir s'avouer vaincu et plier l'échine à son tour. J'étais plus grande que lui auparavant, plus noble, plus importante. Et voilà qu'il se permettait de me menacer à la pointe de son épée. Mes émotions changèrent soudainement du tout au tout, et mon cœur aussi changeait. Mes pensées vagabondaient, et mon cœur suivait le cours de ce flux. Lorsque j'étais Gardienne, jamais je n'aurais ressentis pareille sensation, mais je ne l'étais plus. J'avais été bannie, j'avais renié Liv, et à présent je vivais plus que jamais. Mais je lui en voulais tout de même, et j'allais peut-être enfin pouvoir me venger.

Mais tout cela était beaucoup trop simple. Pourquoi lui donnerais-je simplement la vérité apportée sur un plateau d'argent ? Lui aussi allait comprendre que je suis une personne vivante, tout comme cette Déesse qui avait eu la mauvaise idée de me bannir alors que je n'avais rien demandé de tout cela. Le Roi perdait le contrôle de sa personne, et cela pourrait être tiré à profit si les choses étaient bien organisée. Il voulait à tout prix savoir la vérité, mais s'il décide de me tuer alors il n'aura plus qu'à tenter de lire dans mes entrailles, et il le sait très bien, j'en suis certaine. Certes, il pourra voir l'absence de tout nombril, mais cela ne lui procurerait que des suggestions, des suppositions, et non la stricte vérité. Étant incapable de mentir, je ne pouvais pas non plus lui inventer une histoire incroyable, et de toute façon il était trop tard, le mal avait été fait et on ne pouvait revenir en arrière. Alors il saura la vérité, s'il se plie à mes conditions comme je me plierais aux siennes.

Cependant, quelle condition pouvais-je exiger de lui ? Cet homme au cœur de pierre n'a pas grand chose à offrir si ce n'est de l'or qui ne me servirait à rien. Et puis, un secret ne peut être acheté par de simples pièces, surtout un secret d'une telle ampleur. Non... J'allais tout simplement lui faire une demande qui ne lui coûtera rien, si ce n'est un peu de fierté. Mais quelle fierté y a-t-il à briser des gens pour leur délier la langue ? Car, j'en suis certaine, il a déjà dû torturer, martyriser, maltraiter des dizaines de personnes dans la seule intention de leur tirer leurs connaissances qui ne lui serviront qu'un petit moment. Mais mon savoir servira plus que quelques minutes. Cela ébranlera le Roi Mathan, qui ne s'attend sûrement pas à avoir une ancienne Gardienne de Liv, qui plus est était une Reine, devant lui, à ses pieds. Il n'aura que quelques mots à prononcer pour tout savoir, je ne demanderais rien de plus. Mais avant de prononcer ne serais-ce qu'un mot, je pris ma respiration calmement, afin que ma voix ne tremble pas, ne trahissant la peur que je ressentais toujours mais que je m'efforçais de surpasser, et regarda à nouveau le Roi, fixant son menton et évitant ainsi l'audace de le regarder droit dans les yeux. Je ne voulais pas ajouter d'ennuis en cet instant, déjà que j'allais risquer gros avec ce que j'avais l'intention de dire...

- Je me permets de vous demander à mon tour quelque chose, avant de répondre à votre question. Promettez-moi que jamais vous ne le répéterez, et je vous dirais toute la vérité. Sinon, faites de moi ce que vous voulez, mais la vérité jamais ne traversera mes lèvres, scellée à jamais en mon corps et mon âme. Vous pourrez me torturer autant que vous le voudrez, je ne dirais rien de plus. Tout ce que je demande, c'est une promesse qui vient du cœur. Après, et seulement après, vous saurez tout. »

Ma condition était posée, maintenant à lui de décider. Mon corps tremblait toujours de peur, mais mon regard, lui, trahissait la colère qui naissait en mon cœur et qui me permettait de prononcer ses mots. Je fus moi-même étonné du changement qui avait eu lieu en mon cœur, mais au moins cela m'aidera à protéger mon secret. Et puis, qui sait, si je lui disais la vérité peut-être se calmera-t-il... Il nourrit la même haine envers Liv que la mienne, mais chacun à ses raisons. La sienne vient de loin, provenant de ses ancêtres, tandis que la mienne tenait ses racines à quelques années à peine de cet instant fatidique. Mais le résultat en est le même, et à présent je risquais ma vie pour cette Déesse que pourtant je haïssais tant. Il fallait aussi faire comprendre au Roi aigri que je déteste Liv autant que lui, pour défaire une partie de la dureté de mon ton que j'avais précédemment utilisé. Peut-être l'avait-il par lui-même déduit, mais il fallait mieux en être sûr et s'assurer qu'il savait mon cœur aussi haineux que le sien envers celle qui nous avait donné le statut de Supérieur ôter le droit de porter celui de Gardien/Gardienne. Et pour ça, rien de mieux que le dire.

- Je hais aussi cette Déesse, mais je ne peux vous dire la vérité sans cette promesse. Promettez-moi, et je répondrais à vos questions, si tant est que nul autre ne la saura. »

J'espérais qu'il allait comprendre, car sans quoi ma vie serait d'autant plus en danger. Mais je n'ai fais que dire la vérité jusqu'à présent, et même le moins cultivé le comprendrait. Et puis, une promesse n'est pas difficile à dire, il suffit seulement de prononcer trois mots, trois petits et simples mots. "Je", désignant la personne qui agit, en l’occurrence soi-même. "Le", afin de représenter la promesse que je demande, qui est actuellement le fais de ne rien répéter de tout ce qui sera dit sur mon ultime secret, maintenant et à jamais. "Promets", étant le mot décisif de toute cette phrase, sans lequel je ne pourrais rien dire et qui signera l'accord que nous allons peut-être faire. Après ces trois futiles mots qui ont pourtant beaucoup plus de sens qu'on ne pourrait l'accorder, je dévoilerais tout ce qui doit être dit sur ce que je suis et, par conséquent, expliquer d'où me provient ce bijou de si haute valeur qui m'a été offert par une Déesse détestée parmi mon nouveau peuple.

Ce n'est pas bien difficile, n'est-ce pas ? Il ne souffrira pas de dire une promesse, et s'il ne peut pas la respecter alors il n'aura qu'à rien dire, mais je ne dirais rien non plus. Et si jamais il prononce ces quelques mots mais refuse de me croire par la suite, j'ai de bons arguments pour appuyer mes propos, dont le bijou qui m'a été ôté et une certaine marque manquante sur mon corps qui ne pourra que confirmer mes dires.

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Mathan Gël'in
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MessageSujet: Re: Dans les lambeaux de la nuit [Pv Elen][TERMINE]   Dim 7 Avr - 19:52

Une haine pareille à la sienne qui flamboie dans le lac de ses yeux, agités par un souffle de peur et de colère mêlées…
Tenaillé par la rage, Mathan se sentait prêt à l’égorger au premier mot. Qu’importe la question qu’il lui a posée, qu’importe la moindre de ses paroles face à un tel affront. Injurier à ce point son peuple tout entier ne peut se racheter que dans le sang, lui hurle son courroux démesuré, déchaîné par ce nom honni. A cet instant, rien sur toutes les terres éleriennes n’auraient pu stopper l’ouragan sans merci qui fait frémir par avance l’acier de sa lame… sauf peut-être un regard de cette étrange jeune femme, levé vers lui par un vent de révolte impromptue. La surprise s’empare du cœur du roi et fige un instant sa colère face à une réaction si déroutante. Ne réalise-t-elle donc pas le péril qui la guette, les serres froides d’une mort brutale qu’il peut abattre sur elle d’un unique coup d’épée ? N’a-t-elle donc pas peur de la furie qu’elle vient d’éveiller par son inconscience ? Les mâchoires serrées, Mathan la fixe durement, sans comprendre. Bien sûr que la terreur couve encore en elle et fait palpiter l’azurine de ses yeux. Mais elle ne cesse de s’effacer sous les sursauts d’une insurrection ténébreuse, empreinte d’une fierté si noble soudain qu’il en reste stupéfait. Pourquoi a-t-il soudain l’impression que c’est elle qui le surplombe de cette majesté indignée alors qu’elle est à terre, à la merci de son arme ? La douce insolence de l’humble servante fustige d’autant plus son ego qu’il devine rageusement qu’il ne pourra pas la briser.

Sa vie durant, dans la boue du champ de bataille, le raffinement de son palais ou l’ombre sanglante des salles de tortures, le roi Supérieur est toujours venu à bout de ses adversaires. Chaque serment de silence plein de haine qu’on lui a craché a fini par se dissoudre dans la plus misérable des redditions. Pourtant aujourd’hui, dans la clarté frémissante des jardins royaux, Mathan pressent instinctivement qu’il ne pourra faire tomber les défenses de cette domestique insignifiante. Peur, colère, douleur et mort ne pourront rien contre cette lumière vaporeuse qui imprègne ses gestes. Il aurait beau la menacer, la faire torturer à n’en plus finir, le voile nitescent qui excite sa fureur ne cesserait pas de magnifier la courbe de son épaule, l’arc sinueux de sa gorge, la noblesse de son regard. Cette certitude sans fondement qui s’ancre dans son esprit aussi sûrement qu’une mauvaise herbe le frustre tant qu’il ne peut empêcher la pointe d’Heleborg de vibrer sous ses pulsions de rage. Mais la jeune femme prend les devants et, avec un aplomb surprenant, exige son silence en échange de la vérité. Le roi Supérieur en reste sans voix. Serait-il possible qu’elle ne réalise pas à qui elle s’adresse ? Mathan Gël’in ne fait aucune concession à ses propres partisans, comment peut-elle imaginer qu’il accepterait de se plier à ses conditions ? D’un geste méprisant, il lui relève la tête d’une pression de sa lame sur son menton, avant de lâcher d’un ton sec :


« Ha ! Les femmes sont décidément de bien présomptueuses créatures. Te penses-tu réellement en position de marchander avec moi alors qu’un simple coup d’épée nous assurerait tous les deux que ton secret soit bien gardé ? »

Le contact de l’acier se fait plus pressant contre sa fine gorge blanche. Sans la moindre ombre de pitié sur son visage de glace, le roi Supérieur jauge quelle force mettre dans son geste, quel angle donner à son mouvement pour que la lame lui retire la vie en quelques secondes. Ce serait d’une facilité affligeante, songe-t-il devant la peau délicate qui palpite au rythme de son cœur affolé, soulevant sa poitrine dans l’ombre du corsage…

« Cependant, il est vrai que j’ai plus à gagner qu’à perdre dans ce marché. Tu as donc ma parole. »


D’un geste vif, empreint de la maîtrise que lui confère l’habitude, Mathan rengaine Heleborg dans un sifflement métallique sans même effleurer le cou gracile de la jeune femme. Puis il recule d’un pas et lui laisse tout le loisir de se relever, la fixant avec l’impassibilité de son calme retrouvé. Jamais un jour il n’aurait pensé courber la tête devant qui que ce soit. Sur la demande d’une domestique qui plus est. En temps normal, un tel affront aurait été érigé en un exemple d’une rare cruauté, afin que chacun sache ce qu’il en coûte de se croire à la hauteur du roi. Mais aujourd’hui, dans cette aube bleue qui pâlit à chaque minute sous les assauts timides et flamboyants du jour, Mathan veut percer le mystère de cette étrange servante qui déchaîne et arrête sa colère avec une telle facilité. Si son simple silence suffit comme monnaie d’échange, alors sa fierté n’est pas encore trop mise à mal pour qu’il ne s’autorise pas cette écart, dans le secret des jardins.

« Maintenant que tu as ce que tu désirais, ne t’avise plus de te dérober. Qu’es-tu ? »

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Elen Fildacelial
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MessageSujet: Re: Dans les lambeaux de la nuit [Pv Elen][TERMINE]   Dim 21 Avr - 17:31


Le métal froid de la lame posée sur ma délicate peau me faisait frissonner. Le rythme de mon cœur s'accélérait doucement, et ma respiration ne faisait que suivre le rythme en s'accélérant tout autant. J'avais terriblement peur, mais pour rien au monde je n'aurais parlé sans avoir ma promesse. Pendant un moment, le Roi ne semblait pas prêt à accepter le marché que je lui proposais, et je me préparais donc à attendre que la mort vienne me chercher. S'il refusait de prêter le serment que je lui demandais, alors j'emporterais mon secret dans sous terre, et mon esprit pourra rejoindre les cieux, libre du supplice qu'est la vie. Le Roi Mathan semblait énervé qu'une personne telle que moi ait osée lui dire pareille chose, mais je devais le faire, et il ne pouvait refuser, ou alors il aurait du sang de plus sur les mains. Mais il devait comprendre une bonne fois pour toute qu'il ne peut pas diriger tout le monde comme cela, que les gens sont libres de prendre des choix et faire des décisions. Et je prenais la décision de lui poser une condition qui arrangeait aussi bien l'un que l'autre. Je fus Reine dans le passé, c'est une chose que je ne devais pas oublier, et bientôt lui aussi allait le savoir. La peur avait beau toujours autant me tenailler, mon frêle corps avait beau continuer de trembler, je gardais la tête haute, fière malgré la malheureuse position dans laquelle je me trouvais. Je ne baissais pas non plus la tête lorsqu'il me rabaissa de quelques mots, désirant garder un semblant de dignité qui avait presque disparue le jour où j'avais choisi d'être une des servantes de Sa Majesté.

La lame de l'épée se fit plus pesant sur mon cou. Une goutte de sang tâcha ma peau d'un blanc immaculée, aussi petite qu'une goutte d'eau. Le Roi, dans sa colère, ne l'avait peut-être pas vu, mais je sentais ce liquide chaud sur ma peau satinée comme j'aurais sentis une pétale venant se poser délicatement sur ma main, poussée par une légère brise. Puis le contact avec l'épée cessa aussi soudainement qu'elle avait commencée. Soulagée, le rythme de mon cœur se mit à ralentir petit à petit, reprenant un rythme normal, mais mes membres ne cessaient pas pour autant de trembler, car la peur, bien que diminuée, se faisait toujours ressentir. Je me méfiais plus encore de ce Roi qu'il y a quelques minutes à peine, et je ne pouvais baisser ma garde maintenant. J'avais la parole d'un haut dignitaire, et cela me convenait pour dévoiler mon si lourd secret. Et puis, peut-être que le fait d'en parler m'aidera à me soulager et retirera un poids trop lourd de mes graciles épaules. Lentement, je me relevais avec prudence, ne lâchant pas du regard ce Roi qui ne m'inspirait plus rien de bon. Sa carrure le rendait impressionnant, et cela me suffisait pour me retenir de le défier, ce que je n'aurais de toute façon jamais osé.

La parole d'un Roi... J'avais la parole d'un Roi. J'avais du mal à m'y faire, et pourtant il le faudrait. Dans quelques secondes à peine, j'allais trahir celle qui m'a donné la vie, mais en réclamant cette promesse je lui avais prouvé que, quoi que je dise, je continuais de la remercier pour le peu de bien qu'elle m'avait fournit. De plus, je m'efforçais de récupérer un objet qui, indirectement, venait d'elle, et ce n'était rien d'autre qu'une autre preuve du remerciement pour cette vie qu'elle m'avait offerte, bien que celle-ci ne soit pas très agréable. Je repris calmement mon souffle, m'efforçant de me calmer, puis redressa le regard pour plonger mon regard aussi bleu que l'eau la plus limpide dans le regard froid comme l'acier de celui qui est mon Roi. J'osais enfin soutenir son dur regard, bien que je n'aurais jamais dû oser une telle chose. Je ne comptais pas me laisser marcher dessus une fois de plus, s'en était déjà assez. Et avoir eu une promesse que j'avais pris l'initiative de demander était déjà une victoire en soit, si petite soit-elle. Comme j'allais bientôt lui dire ce que j'étais, les souvenirs que je garde, je pouvais me permettre cela, car il saura que je fus supérieure à lui, qu'à côté de moi il n'est rien comparé à ce que j'étais. D'après moi, un Roi choisis par des mortels n'est rien comparé a une Reine désignée par une Déesse, et il faudra bien qu'il s'en rende compte. Je me remémorais les mots que je devrais prononcer puis ouvrit la bouche pour m'adresser une nouvelle fois au Supérieur qui se tenait devant moi, les mains croisées devant moi.

- Je suis bien une Supérieure, au même titre que vous. Cependant, je ne l'ai pas toujours été. Auparavant, j'étais une Gardienne de Liv, appartenant à la famille Equa, la famille de l'eau. J'étais leur Reine, mais j'ai été injustement déchue, et j'ai par la suite rejoins vos rangs. »

Mon monologue répondait à la question du Roi Mathan et plus encore. Ainsi, il savait quel titre j'avais obtenu, ce que j'étais devenu, et à quel point je fus supérieure à lui par le passé. À présent, il ne me restait plus qu'à attendre la réaction qu'il aura suite à ce discours. J'espérais qu'il ne s'énerve pas trop, qu'il comprenne, mais attendre cela de lui revient à la même chose que se montrer trop naïf et baisser sa défense. Et puis, au moins j'avais l'assurance qu'il ne dirait rien et que mon secret était toujours aussi bien gardé.

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Mathan Gël'in
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MessageSujet: Re: Dans les lambeaux de la nuit [Pv Elen][TERMINE]   Jeu 2 Mai - 19:14

Une perle écarlate sur la peau satinée, qui semble presque noire dans l’aurore encore blême…
Mathan observe un instant cet éclat de rubis sur son teint de neige, si minuscule qu’il se perdrait presque entre les quelques mèches d’ébène échappées de son chignon. Il essaie de se rappeler à quel moment il a senti l’infime glissement le long du métal, l’inaudible sensation de la chair entamée qui résonne dans le sang et l’épée longtemps après que l’acier ait meurtri le corps. Cette vibration sanglante l’a accompagnée durant toute la guerre et a tant jeté ses modulations dans son âme qu’il la reconnaîtrait partout comme une amie familière, mais la blessure est peut-être trop superflue. Tellement légère qu’elle ne semble même pas affecter la détermination de la jeune femme à ses pieds, alors qu’il perçoit d’ici les tremblements de frayeur qui dansent encore sur ses bras frêles. Le visage du roi Supérieur demeure aussi froid que celui des statues émaillant les jardins, pourtant en lui gronde son impatience, insistante comme un fauve qui se débattrait contre la brume. Ce regard clair qui ne le quitte pas… Pourquoi est-elle différente des autres ? Pourquoi refuse-t-elle de courber l’échine face à lui ?  Alors qu’elle se redresse silencieusement avec cette précaution craintive dans les gestes et les yeux, ces questions le taraudent et l’irritent sans qu’il ne puisse rien faire de plus pour en presser la réponse. Lui donner sa parole, c’était lui laisser une marge de manœuvre, une latitude qu’il ne peut lui retirer tout de suite sans qu’elle ne se mette de nouveau hors de portée. Alors il lui faut attendre. Attendre… depuis combien de temps n’a-t-il pas fait preuve de la moindre patience envers qui que ce soit ? Il lui est bien étrange de se poser la question et cette expectance inhabituelle le plonge dans une désagréable sensation d’impuissance qui frisèle rageusement sur ses nerfs. Mais alors qu’elle finit par reprendre son souffle, un battement de cils donne une impulsion lumineuse à son regard et sa voix s’élève dans la clarté naissante faisant frissonner le bord humide des feuilles et des herbes.

Un silence bruissant enveloppe ses mots, porté par un parfum de terre humide et les premiers gazouillis des oiseaux. Mathan considère la servante comme s’il la voyait pour la première fois, suspendu entre les sentiments fluctuants que lui inspire cet aveu. Une franche surprise, un soupçon de méfiance, un mépris coléreux épicé d’un vague fond de dégoût pour cette créature issue de Liv, mais rien de tout cela ne dure sans qu’il ne puisse deviner pourquoi. Peut-être parce que devant lui ne se dresse rien d’autre qu’une Supérieure et que, malgré son origine surnaturelle, il ne parvient pas à la voir autrement. Oui, c’est sans doute cela. Quand bien même celle-ci ait été un jour une fée ondoyante, une Reine des eaux et des rivières, son esprit cartésien ne parvient pas à percevoir autre chose qu’un membre de son peuple. Cela devrait le conforter dans son orgueil. Il n’en résulte qu’une saveur amère oppressant son humeur.


« Une Gardienne. Une Reine, qui plus est. Et bien, quelle royale surprise… Je suppose que je devrais me sentir honoré d’avoir en mes murs une si auguste majesté pour laver mes sols ? Quel dommage que ton noble passé ait si peu de poids à présent… »


Mathan tend encore le regard vers ses traits fragiles à la recherche de l’ombre lumineuse qui donne cet insaisissable relief à sa beauté. Cet éclat ténu de pureté vulnérable, ce serait donc les seuls vestiges de son ancienne nature ? Mathan se souvient d’un des seuls livres de la bibliothèque royale consacré aux Gardiennes, qu’Enkaël avait un jour sorti de la réserve pour lui montrer lorsqu’il était jeune. Des créatures magnifiques parce qu’à l’image de Liv, présidant au règne de la nature sur le monde et les hommes. Des nourrices bienveillantes pour tout ce qui vit, dotées d’immenses pouvoirs protégeant un équilibre invisible … Sornettes, lui avait-on dit et avait-il fini par penser également. Mais si le fantôme de cette douce lumière qui plane dans ses gestes était autrefois son essence elle-même, le roi Supérieur sentirait presque la curiosité qui l’animait lors de ce souvenir d’enfance se raviver. Presque… mais on ne rallume pas des braises depuis si longtemps éteintes et il finit par se détourner du visage d’albâtre de la jeune femme, son masque de dureté empreint d’une trace de rancœur. Il sait tout autant que cette Gardienne déchue que certaines choses ne reviennent pas à la vie une fois qu’elles sont mortes dans le siège mystérieux de l’âme des hommes. Des occasions manquées qui disparaissent pour de bon lorsqu’elles nous échappent, et ne laissent que le poids des regrets pour alourdir le cœur.

« Aussi Supérieure que nous, après avoir « fauté »… cette chère Liv doit être bien froide dans sa céleste couche pour jalouser autant ses jouets dès qu’ils prennent du plaisir à sa place. Quelle ineptie… »


A vrai dire, il se moque bien du sort des siens à cet égard. Grand bien lui fasse si Liv a décidé de les renier, après tout ils se sont admirablement distingués sans elle. Mais cette jeune femme aux yeux de ciel et à la majesté gracile dans ses atours de servitude lui renvoie en un indéchiffrable miroir le sceau de l’injustice qui a marqué sa propre existence. A cette seule pensée, une colère qu’il sait vaine et n’en est pas moins furieuse lui brûle cruellement les entrailles. Il aimerait chasser de sa vue cette peau d’ivoire, ces lèvres mauves et ces membres délicats mais il pressent déjà le goût de défaite que cela lui laisserait et il ne peut le tolérer. Lui faisant face de nouveau, une âpreté douloureuse dans ses prunelles d’acier, il dégage d’un mouvement souple la bague bleue de sa tunique et la fait rouler un instant dans ses doigts, une ombre hostile contenue dans la voix et le regard :

« Pourquoi te rendrais-je ceci ? Tu as avoué de toi-même que tu n’as plus que haine à son égard, et pour les punitions injustes qu’elle nous inflige. Pourquoi ce bijou a-t-il encore une quelconque valeur à tes yeux ? »

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Elen Fildacelial
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MessageSujet: Re: Dans les lambeaux de la nuit [Pv Elen][TERMINE]   Mer 26 Juin - 18:55


Il n'avait pas l'intention de me rendre cette bague à laquelle je tiens tant. J'en avais la forte impression, et mon intuition ne faisait que confirmer cette triste vérité. Mais maintenant que j'avais révélé mon pénible passé, je devais continuer et ne pas m'arrêter en si bon chemin. Après tout, peut-être décidera-t-il de me la rendre finalement. Ce n'était qu'un mince espoir, mais il me permettait de rester debout et de faire face à ce Roi profondément mauvais. Comment un peuple peut-il donc supporter un tel être ? Je ne fais pas partit des Supérieurs depuis bien longtemps, et déjà je ne l'apprécie pas. Cependant, j'osais enfin lever mon regard vers son royal visage, et ce que j'y vis me marqua. Il n'avait plus le visage aussi dur qu'il m'avait semblé, et j'avais la sensation qu'au fond de lui une ancienne plaie se rouvrait, une qui ne s'était pas réellement cicatrisée. Était-ce ma réponse qui lui avait fait cela ? Si c'était le cas, alors il restait une chance pour lui de ne pas rester le monstre que je voyais en lui. Le cœur de pierre qu'il montrait semblait cacher une toute autre facette, plus douce et plus gentille, qui a été depuis longtemps enterrée et oubliée. En tant qu'ancienne Gardienne, ma nature faisait en sorte que le désir de faire du bien autour de moi reste authentique, et je voulais à présent aider ce Roi aigri à redevenir un être bon, sans blessure ni coup dur. Mais comment faire alors que tout ce qu'il désire est mauvais ? Ses actes n'en sont que la preuve. Il semblait même éprouver de la haine à propos de ce que je fus par le passé, et je ne pouvais que le comprendre. Je suis une créature faite de la main de Liv, née pour la servir. Et à présent je l'avais reniée, je l'avais abandonnée autant qu'elle l'avait fait envers moi. Elle m'avait détruit et réduit en poussière tous ceux que j'avais aimé. Au fond de moi, je me considérais encore Gardienne, mais dans mon esprit tout était bien clair : ce n'était que du passé, à présent j'étais une Supérieure, et il était temps de le prouver.

La question que le Roi me posa sembla enfoncer d'autant plus le poignard qui était plongé dans mon cœur. Pourquoi ce bijou a-t-il tant de valeur pour moi ? C'était comme si je lui demandais pourquoi il tient tant à son palais. C'est tout simplement un vestige d'un passé lointain où tout allait très bien. En souvenir de mes amies, de ma Reine et de mon peuple, je le gardais sans cesse sur moi. Jamais je ne m'en séparais, car il me redonnait courage et espoir. Voilà pourquoi j'y tenais tant, et pourquoi je voulais à tout prix la récupérer. Mais comment m'y prendre pour lui expliquer ? Je ne pouvais pas la prendre par la force, puisqu'il était certainement bien plus fort que moi et que je n'étais encore qu'une frêle créature. Le mieux était de tout lui dire, sans détour ni mensonge. Pendant un moment, je regardais encore mes mains, caressant doucement l'endroit où se trouvait auparavant ce bijou si précieux. Puis, mon regard se leva vers le visage du Roi. Je ne parvenais toujours pas à croiser ses yeux, aussi ne regardais-je que son nez durant un moment. C'était déjà beaucoup, et en faire plus ne serait que montrer que je me considère plus grande que lui. Pour l'instant, je devais rester à ma place, celle d'une servante. Mais, peut-être que par le futur je pourrais oser voir ses yeux qui doivent être bien durs. Je pris alors une profonde inspiration, une dernière, avant de m'exprimer.

- Si j'y tiens tant, c'est parce qu'il représente tout ce que j'ai été. C'est aussi un symbole qui montre que jamais je n'oublierais mes anciennes amies, celles qui sont mortes par la faute de cette Déesse. »

Une larme perla au coin de mon œil, signe de tristesse autant pour ce que je ressentais envers moi-même que celle que j'éprouvais envers ce Seigneur aigri. Le soleil commençait doucement à ce lever, illuminant mon visage et la nature alentour. Je ne pensais pas que depuis tant de temps déjà je me trouvais dehors à parler avec le Roi, et je ne voulais pas imaginer les réactions des autres servantes et des gardes s'ils me voyaient en pleine discussion avec le Roi Mathan. D'une main, j'allais essuyer la larme qui venait d'apparaître, aussi douce que la rosée du matin. Mon regard se baissa pour se diriger vers mes mains que je joignis devant moi, fixant l'endroit où devrait se trouver mon bijou, ma bague, mon trésor. Je voulais la récupérer, peu importe ce qu'il m'en coûterait, et ce pour la simple raison qu'elle est tout ce qu'il me reste. Gardant les yeux baissés en signe de respect, ma voix s'éleva à nouveau, douce et calme, pour exprimer mon vœu.

- S'il vous plaît, mon Roi, j'aimerais récupérer ce bijou, car il est tout ce que je possède. »

J'espérais qu'il comprendrait, il possède tout ce qu'il désire, alors pourquoi voudrait-il la garder ? Aurait-il une demoiselle qui lui plaît à  qui il voudrait l'offrir ? J'espérais qu'il n'allait pas la donner à quelqu'un d'autre et qu'il allait me la rendre, tout simplement, mais l'espoir qui vivait en moi s'amenuisait. Une idée se fraya un chemin dans mon esprit, une pensée qui me plut bien vite. Je désirais beaucoup aider ce Roi, et pour cela une unique discussion ne pouvait suffire. Il en fallait plus, tellement plus. Tant qu'à lui, il voulait en savoir plus sur les Gardiennes, du moins c'est ce qu'il me semblait. De plus, il ne voulait certainement pas que l'on me voit en sa compagnie, il fallait donc vite prendre une décision avant que l'on ne nous voit ensemble. Étant donné qu'il est Roi, il faut aussi faire en sorte qu'il se dise être avantagé comparé à moi. Le mieux était donc de poser avec délicatesse la proposition que je comptais lui faire, et ce en espérant qu'il ne monte pas tout de suite sur ses grands chevaux.

- Si vous le désirez, nous pourrons nous retrouver plus tard afin de discuter de tout cela sans regards indiscrets, à l'endroit que vous désirez. »

Reste à savoir si le Roi accepterait ou non cette proposition autant avantageuse pour l'un que pour l'autre. Personne ne nous verrait ensemble, il pourra me questionner sur mon passé, et peut-être que pourrais-je récupérer mon bijou.


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Mathan Gël'in
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MessageSujet: Re: Dans les lambeaux de la nuit [Pv Elen][TERMINE]   Dim 30 Juin - 19:14

L’unique vestige d’un passé défunt, dont le fantôme vacille sur les courbes de métal…
Mathan regarde la fragile jeune femme face à lui, surplombant avec dureté le maigre espoir dont l’ombre moribonde fluctue encore sur ses traits. Dans les derniers lambeaux de la nuit, alors que la ligne d’horizon tremble d’allégresse sous la poussée du soleil levant, il peut voir à quel point son être tout entier vibre de cette humble demande silencieuse. Une lueur d’espérance aux abois qui continue de se débattre contre la fatalité de son refus, avec une telle abnégation qu’elle donne un éclat de noblesse à sa vaine supplique. Un autre mystère qui vient draper la douce magnificence de son visage éploré et qui repousse le roi Supérieur dans les remous de sa rancœur. Où donc trouve-t-elle le courage, l’inconscience, la stupidité de s’accrocher de toutes ses forces à une incertitude ? Rien ne peut être plus chimérique en ce monde qu’un éventuel mouvement de pitié de sa part, et pourtant la ferveur résonnant de tristesse qu’il décèle dans son regard scintillant ne réclame rien d’autre que cela. Avec candeur et humilité, une simple servante demande l’impossible au plus puissant des monarques. Cette aberration confine presque à l’insulte tant elle va à l’encontre de tout ce que l’on sait de lui et, aurait-il émané de n’importe qui d’autre, il aurait lavé l’affront de cette insolence avec d’autant plus de zèle qu’on l’aurait cru capable de la moindre indulgence. Mais quelque chose dans les prunelles turquoise de cette étrange jeune femme lui souffle qu’il n’y a nul orgueil dans son espoir, avec une certitude si ferme qu’il enrage de ne pouvoir en douter. Aussi sûrement que le jour se lève, elle en appelle à une illusoire bonté parce qu’elle ne doute pas qu’il en soit encore capable. Il ignore comment il le sait tout autant que la façon dont elle a acquis cette conviction, mais le fait est là. Elle est persuadée qu’il peut lui rendre sa bague, par pure compassion.

Et aussi insensée soit cette supposition, Mathan est soudain révolté lorsqu’il se rend compte que l’idée s’est infiltrée dans son esprit, telle une herbe folle s’enracine dans la pierre, et qu’elle a l’outrecuidance de prendre corps, de cheminer mine de rien vers le domaine du possible. Car dans l’absolu, comme il l’a lui-même songé il y a peu, garder cet objet ne lui apporte rien sinon la vanité de posséder une peccadille de plus, perspective qui ne lui inspire qu’un profond mépris. Ici, dans le secret des jardins clos qui commencent tout juste à s’ouvrir à la lumière du jour, que perd-t-il à la lui rendre ? Serait-ce un si grand aveu de faiblesse que de se montrer magnanime envers cette domestique qui ne peut de toute façon rien contre lui et se pliera à sa volonté quoi qu’il advienne, avec ou sans ce moyen de pression ? Malgré son intransigeance, Mathan sait qu’il est peu avisé pour un souverain de confondre fermeté et terreur et malgré celle qu’il inspire, ceux qui le servent bien n’ont rien à craindre de lui. Son regard d’acier considère un instant les volutes de métal délicates et bleutées au creux de ses doigts, puis le teint lumineux de la jeune femme qui n’ose plus lever les yeux vers lui pour lui avouer avec douleur que le bijou est le seul témoin d’un passé aujourd’hui enterré. Le dernier souvenir d’amitiés défuntes, bannies de l’existence par la loi aveugle de Liv. Ce nom haï jette de nouveau une résonnance amère dans son âme et aussi contre-nature puisse être l’origine de cette jeune femme, il ne s’étonne pas qu’elle soit devenue Supérieure. Dans la haine commune de cette déesse honnie qui les rapproche bien malgré eux, le roi commence à sentir pencher la balance, lentement, en faveur de la domestique enchaînée à sa mémoire aussi impitoyablement que lui, entre les murs sombres de sa demeure. Ses souvenirs à elle doivent seulement être plus doux que les siens. Si sa propre histoire tenait dans un aussi petit objet, depuis longtemps déjà il s’en serait séparé avec le plaisir illusoire de faire table rase de ses propres démons. Une amertume lasse surnageant dans la poitrine, Mathan songe à lui rendre son talisman désuet alors qu’elle l’en supplie calmement, une intense sérénité enluminant son regard plus vivement encore que le soleil levant. Pendant une fraction de seconde, sa main amorce le geste pour lui remettre son bijou… Jusqu’à ce qu’elle lui propose de se retirer à l’écart pour parler à l’abri de tous, brisant aussi net son élan d’altruisme.

Immédiatement, l’improbable murmure d’indulgence qui fissurait sa carapace d’acier s’évapore et le visage du roi se referme sur une sombre expression de fureur outragée. De quel droit cette simple domestique lui propose-t-elle la diplomatie ? Attend-t-elle sérieusement qu’il se plie à son offre ? Une telle présomption ne saurait être tolérée. Qu’importe ce qu’elle a été autrefois, qu’importe sa splendeur passée et la royale grâce que son état révolue lui confère. Ici, à Misengris, elle n’est rien de plus qu’une de ses sujets, inféodée à sa volonté et sa loi et ce n’est certainement pas à elle de lui dicter la moindre conviction ou de trouver le moindre arrangement. Pour qu’il y ait un compromis, encore faut-il qu’il y ait égalité entre les deux parties. Or, Mathan n’a pas d’égal en son royaume. Un sourire sec s’étire sur ses lèvres crispées.


« C’est à ma clémence que tu en appelles ? Quelle douce folie… Qu’est-ce qui te fait croire que nous avons des choses à nous dire ? »
En un piège impitoyable, sa main se referme sur la bague bleutée, emprisonnant son éclat cristallin entre ses phalanges. Son regard d’acier lourd de dépit pèse de toute sa menace sur le visage délicat de la jeune femme. Il ne la lui rendra pas. En juste châtiment de sa prétention à avoir tenté de l’atteindre, au-delà du mur glacé qu’il a dressé entre lui et le monde, elle devra dire adieu au précieux réceptacle de sa mémoire. Au moins à l’avenir gardera-t-elle à l’esprit la déférence qu’elle lui doit. Sa voix tranchante s’élève avec force dans la lumière naissante, modulant sa décision comme une sentence dans les premiers rayons du soleil :

« Je garde ceci pour te punir de ton indiscrétion. Dorénavant, tu seras affectée à mon service et au mien uniquement. C’est un ordre et pas une négociation. Si je suis satisfait de ton travail et si la lubie m’en prend, je te rendrai peut-être ta babiole. A présent, hors de ma vue. »
Et sans plus un mot, le roi Supérieur se détourne ostensiblement de la gracile silhouette pour se diriger vers les obscurs couloirs de sa demeure, sans lui laisser la moindre chance de plaidoyer de nouveau. Il ne saurait l’entendre demander grâce une fois encore. Car il a eu beau déployer toute l’intransigeance de sa royale volonté, il a eu beau la contraindre à toutes ses injonctions, il ne peut se défaire de ce goût de défaite qui lui empoisonne le palais. La sensation d’avoir du courber la tête devant une majesté déchue, qui a su les ravaler au même rang tous les deux par la seule force poignante de son ancienne aura de pureté. Cette seule idée suffit à le faire bouillir et à assombrir encore son esprit et pourtant, malgré ce courroux qui froisse ses pensées, le fantôme de lumière pâle et ténue sur sa peau de velours ne cesse de se rappeler à lui. Et alors qu’il arpente le marbre et la pierre du Palais de Misengris, sa décision se conforte en son âme, comme une juste cause. Qu’importe l’irritation qu’elle éveille en lui par la blancheur limpide qui nimbe son corps comme un souffle céleste. Mieux vaut l’exposer le moins possible au regard des autres Supérieurs de sa cour. Même si elle l’a arrachée de mauvaise grâce, il lui a donné sa parole et il ne compte pas y faillir. Si son secret doit le rester, il sera plus à l’abri si elle restreint ses tâches à ses appartements. Quelques instants seulement, Mathan considère le bijou aux courbes aériennes, qui scintille de sa pâleur bleutée dans la paume sombre de sa main. Son regard se durcit encore sur le métal clair, dont la couleur lui rappellerait presque les iris opalines de cette servante, dont il ignore jusqu’au nom.

« Tant de vies révolues dans une si petite chose... Qui, ici, pourrait en dire autant ? »
Ce murmure amer se perd vite dans le son des pas du roi Supérieur, alors qu’il avance résolument vers ses affaires du jour…

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Elen Fildacelial
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MessageSujet: Re: Dans les lambeaux de la nuit [Pv Elen][TERMINE]   Dim 1 Sep - 14:10


Il ne m'a pas rendu ma bague, et peut-être ne la reverrais-je jamais. Et à présent, je me devais d'être à son service, sans tenir compte du reste. Le Roi m'avait montré cela comme un ordre, mais encore une fois je voyais un offre qui s'offrait à moi. Je pouvais partir, m'en aller à tout jamais pour ne plus jamais revenir et oublier tout cela, repartir à zéro et me construire une nouvelle vie. Mais on ne peut se défaire de son passé, et je voulais récupérer mon précieux bijou. Aussi décidais-je de rester, et non parce qu'on me l'a ordonné. Dans la fraîcheur matinale qui arrivait, je regardais Sa Majesté partir en tenant ma bague dans une main ferme. Lorsqu'il ne pus me voir, je ne pus que fermer les yeux pour respirer un coup. Après tout, peut-être pourrais-je la revoir un jour. En attendant, je me devais de me présenter lorsqu'on me le demandera, et d'être à son service. Bien sûr, le choix se proposait toujours à moi, je ne voyais rien comme étant une obligation, et ce même si on tentait de me le faire voir comme tel. Nous avons toujours le choix, quoi qu'il arrive. Je ne me suis jamais sentie dans l'obligation de faire quoi que ce soit, et je ne tiens pas à ce que cela m'arrive. Ce doit être une bien mauvaise sensation de ne pas avoir de choix, d'être obligé de se plier, mais cela n'arrivera pas.

Après un moment sans bouger, je me mis à marcher pour accomplir mes tâches habituelles, tout en repensant aux événements de la nuit. J'étais affectée au service personnel du Roi, et nettoyer sa demeure en faisait sûrement partit. Et puis, si l'on me surprenait en train de ne rien faire, je risquais fortement de me faire taper sur les doigts. La routine reprenait son cours, mais une nouvelle chose s'y était ajoutée, chose qui allait sans doute changer plusieurs choses dans mon existence, aussi futile puisse-t-elle être au regard de ceux qui m'entourent. Mon orgueil me criait de ne pas me laisser marcher dessus, de montrer mon statut, mais le simple fait de n'agir que par choix, et pas par obligation, je montrais ce que je suis réellement.

Et puis, ce Roi me donnait la sensation d'avoir beaucoup souffert par la dureté dont il faisait preuve, et je me sentais mal de le voir dans un état pareil. J'aimerais l'aider, du plus profond de mon être, et peut-être en aurais-je l'occasion un jour. Il m'en offrait d'ailleurs l'occasion en m'assignant à son service personnel, car j'arriverais peut-être à me rapprocher de ce qu'il est, et de la souffrance qui l'habite. Une telle froideur dans le regard, dans les gestes et dans le ton étaient soit le résultat d'un sale caractère, soit d'un vécu douloureux. S'il avait eu un mauvais passé, je me devais de l'aider à le surmonter, en tant qu'ancienne Gardienne, mais si la première hypothèse est juste, alors je ne pouvais rien faire pour lui et ne chercherais pas plus à l'aider.

Je suis Elen Filadelcial, Reine déchue, ancienne Gardienne de Liv rattachée à la famille Equa, désormais servante au Château de Misengris, rattachée au service personnel de Sa Majesté, et je compte bien montrer ce que ce statut m'apporte.

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