AccueilFAQRechercherS'enregistrerConnexion

Partagez | 
 

 Une coupe de quiétude [PV Ionos Selherand][TERMINE]

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Shemrïe Da'Xian

avatar

Localisation : Lorde-Gian
Messages : 166

MessageSujet: Une coupe de quiétude [PV Ionos Selherand][TERMINE]   Sam 29 Juin - 20:41

Lentement, le jour tombe mais l'agitation qui règne à Lorde-Gian ne part pas avec la lumière déclinante. Elle change simplement de nature. Les étals et les commerçants en tout genre remballent leurs marchandises. On replie les auvents, on démonte les charpentes, on vide les lieux jusqu’à sa boutique. Mais la magie de la fête ne s’estompe pas à mesure que les vendeurs de merveilles sont remplacés par les bateleurs et les musiciens qui emplissent les ruelles et les place de musique et de joie. Les tavernes font toujours couler la bière et le vin à flots généreux et tous profitent des réjouissances à grand renfort de rires et de chants. La nuit arrive et la fête continue. Dans un coin de la grand place, Shemrïe termine de charger son étal et ses boîtes de parchemins sur le dos de Calame, sa jument palomino. Bien qu’acheté récemment, le Dolia est serein de caractère et se montre particulièrement docile sous les gestes précis et doux de sa maîtresse. La jeune Héritière s’y est déjà attachée presque autant qu’à Fafnir, toujours enroulé sur sa branche en attendant le grand départ, et elle flatte son chanfrein clair avec tendresse lorsque l’animal est harnaché. Vérifiant une dernière fois toutes les sangles, elle s’en vient ensuite vers son serpent pour le soulever et l’installer confortablement autour de son cou, avant de rabattre sur lui les pans de sa tunique. La foule et le bruit lui font peur et elle préfère l’en préserver autant que possible. Fin prête à partir, elle se saisit de la bride de Calame et s’avance vers l’étal du trappeur aux cheveux blancs à qui elle a adressé un message dans la journée. Ce dernier n’a pas encore rangé toutes ses fourrures et elle profite de cette occasion avant de ramener ses affaires à la boutique. Il la remarque bien vite alors qu’elle s’approche et elle le salue d’un signe de tête.

« Bonsoir. Je n’ai pu me libérer que maintenant mais te souviens-tu de mon message ? »

Non traitée, les peaux sont plus difficiles à enchanter mais elles confèrent une puissance plus brutale à certaines runes animales. Même si ce n’est pas son fonds de commerce, Shemrïe aime en avoir quelques-unes sous la main. Qui sait quand le Lièvre ou le Solan peuvent vous sauver la vie ? Toutefois, cette nécessité ne l’empêche pas d’observer avec curiosité l’homme face à elle. De là où elle était, elle n’avait pas remarqué qu’il avait les yeux vairons et cette particularité suffirait presque  lui éclipser sa large stature et son air mélancolique. Presque… même des yeux aux couleurs de pierres précieuses comme ceux-ci ne peuvent avoir raison de l’attention de la jeune Héritière. Elle s’est demandée parfois pendant la journée pourquoi son regard se perdait au loin avec cette expression triste par moment mais elle ne compte pas lui poser la question de toute façon. Elle est là pour affaires. Après cela, elle compte bien se remettre de sa journée en profitant à sa façon de la fête : avec calme. Ensuite, les choses reprendront leur cours et elle s’occupera de ses commandes, de sa recette du jour, du pourcentage qu'elle cédera à l'amarius et de son voleur. Pour l’instant, elle estime avoir bien mérité une soirée de repos. Cette réjouissante perspective en tête, elle continue de fixer patiemment le grand trappeur, attendant la réponse à sa question pour entamer le négoce.


Dernière édition par Shemrïe Da'Xian le Mer 14 Aoû - 16:45, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Ionos Selherand
Trappeur errant
avatar

Localisation : Partout en Eleris
Messages : 210

MessageSujet: Re: Une coupe de quiétude [PV Ionos Selherand][TERMINE]   Dim 30 Juin - 19:54

La fête du nouveau Ven  était achevée, du moins pour les commerçants ambulants. Car beaucoup de gens se sont mis à se diriger vers les auberges ou autre endroits plus conviviales. C’est pour cela que j’ai commencé à ranger mon étale, mais avec les pensées de plusieurs choses qui me tourmentaient. D’une part l’ensorceleuse aux cheveux noirs de jais, le cri de mise en garde de Viktor au-delà des remparts de Lorde-Gian… Ce ven s’annonçait bien particulier.

Je pensais que je pourrais mon existence au sein de ses bipèdes en paix, sans que les spectres de mon passé ne viennent à nouveau me hanter. Parfois je me dis que ma naissance et mon existence sont une vulgaire farce pour ce monde qui n’a jamais voulu de moi. A dire vrai, parfois je me demande si j’aime vraiment ce monde, il m’a tant pris et m’a offert si peu.

J’étais tellement plongé dans mes réflexions que j’en avais presque oublié que la dite ensorceleuse était venue me voir, pour m’acheter quelques peaux de daim. Je l’avais presque complètement oublié… Enfin, plus exactement son papyrus en forme d’oiseau de flammes. J’ai bien failli le laisser tomber et risquer d’abimer certaines de mes peaux par ailleurs.

Maintenant que je la vois près de moi je peux mieux cerner les traits de son visage fin dégageant une beauté hypnotisante. Ses pupilles son brillantes comme une germe précieuse, mais son regard a l’air d’être aussi insensible que celui de son serpent des blés qu’elle porte sur son cou. Je la croyais un peu plus grande, c’est étrange comme parfois les gens qui vous troublent vous paraissent infiniment plus grands. Maintenant que je la vois d’aussi près je me sens comme paralysé, incapable de dire quoi que ce soit. Il faut dire que je ne suis pas très habitué à ce qu’une femme m’aborde de la sorte. Bien sûr, ses intentions ne sont pas viles, du moins je ne pressens nulle malice dans ses actes ou son aura. Tout ce que j’arrive à bredouiller est déjà incompréhensible :


- Euuuh…hé bien… Bonsoir je… je…

Avant que je puisse me recouvrir plus encore de ridicule, ma chienne Zraïfa attiré par cette inconnue s’avance prudemment. Mais à ma grande surprise plutôt que d’aboyer à tout va et de chercher à jouer, elle s’assied aux pieds de cette femme et lève de temps en temps les deux pattes pour réclamer quelques caresses. Alors que je m’apprête à rappeler ma chienne à mes côtés pour qu’elle ne l’importune plus longtemps, la dite ensorceleuse s’agenouille et caresse lentement la tête de Zraïfa. A dire vrai, ma chienne n’est pas agressive envers les étrangers mais elle n’est pas du genre à se montrer aussi câline avec des gens qu’elle n’a encore jamais vu.

Peut-être que je ne devrais pas avoir aussi peur de cette humaine, elle se sentirait surement blessée si elle savait que je la crains alors qu’elle ne me veut surement aucun mal. Je vais donc prendre le risque d’essayer de lui faire confiance, du moins pour le moment. Néanmoins je vais reprendre ma chienne afin qu’elle ne se montre pas trop joueuse et qu’elle effraye ensuite la monture de cette humaine qui est restée un peu en arrière. Je me rapproche alors de la faiseuse de sort à la chevelure d’ébène, brisant ainsi la miroir de la crainte et lui affirme :


- Elle s’appelle Zraïfa… Elle a l’air de beaucoup vous aimer… C’est un serpent des blés que vous avez là non ? Il est très rare d’en trouver en Eleris et encore plus d’en prendre soin. Mais au vue de ses couleurs et qu’il a l’air d’avoir fait récemment sa mue. On dirait que ce serpent est très bien en votre compagnie.

Le reptile agite la langue, sentant une présence auprès de sa maîtresse qu’il ne peut encore cerner. J’approche lentement ma main, les morsures de serpents de blés ne sont pas venimeuses mais peuvent êtres très douloureuses. La sombre langue bifide passe rapidement le long du dos de ma main. Mon métier de trappeur m’a appris ô combien les animaux sont intelligents, ils ressentent facilement les émotions les plus enfouies des humains, des Supérieurs, des Etementas…

Lorsque sa curiosité est satisfaite, le serpent repose lentement sa tête sur l’épaule de sa maîtresse. Je retire lentement ma main et effleure quelque chevelure soyeuse de la jeune femme au passage. Un peu gêné, je m’excuse le rouge aux joues :


- Excusez-moi… Je… Je ne pensais pas à mal…vraiment…

Lorsqu’elle me parle, je ne ressens plus les serres aiguisées de mon passé lacérer mon cœur. Pour la première fois, je me dis que je suis né sous la bonne étoile. Je l’écoute parler, sa voix est comme celle des loups de la forêt de Komcho, un chant enivrant et qui apaise mes sens. Je reprends alors mon calme et propose à l’ensorceleuse aux pupilles d’étoiles :

- Je vous ai réservé ses trois peaux de daim damoiselle. Les bêtes ont été tué avec respect et sans douleur. Les ossements, ramures et peaux ont été traité avec soin. Vous pouvez toucher le cuir si vous le désirez. Je me demande juste, par curiosité… Surtout ne le prenez pas mal damoiselle… Mais à quoi peut bien servir ces peaux ? Je veux dire… vous êtes magicienne non ?

J’avoue que j’ignore pourquoi a-t-elle voulu de mes peaux. Une nouvelle formule magique ? Ce domaine assez étrange m’est inconnu et j’avoue que je ne vois pas en quoi des peaux de bête pourraient être magiques. Après tout, il y a tant de choses dans ce monde qui me sont inconnues. C’est alors que je décide de me présenter, comme pour franchir un nouveau pas vers cette amicale humaine qui arrive à me faire sourire :


- Je m’appelle Ionos Selherand…
Revenir en haut Aller en bas
Shemrïe Da'Xian

avatar

Localisation : Lorde-Gian
Messages : 166

MessageSujet: Re: Une coupe de quiétude [PV Ionos Selherand][TERMINE]   Mar 2 Juil - 17:24

Le trappeur, pourtant large d’épaules et solide de poigne pour autant qu’elle peut en juger en le voyant ranger son étal, perd soudain tout ses moyens sitôt qu’elle s’approche de lui. D’abord pétrifié de surprise, il finit par rougir et bredouiller un salut hésitant. Shemrïe le regarde, attendant patiemment qu’il retrouve contenance. Elle ne pensait pas être aussi impressionnante et pourtant, elle a beau avoir presque l’air d’une petite fille en comparaison, il semble engoncé dans sa haute taille comme dans un vêtement trop petit. L’espace d’un instant, la jeune femme se demande si elle doit lui venir en aide pour aborder ce qui l’intéresse. Mais finalement, c’est le chien au pelage clair, auquel sa tâche sur l’œil confère un regard malicieux, qui se charge de rompre la glace. Levant une tête curieuse vers elle, l’animal réclame des caresses en levant les pattes de façon attendrissante et l’Héritière sourit aussitôt face à ce tableau. Maintenant la tête de Fafnir contre son épaule pour qu’il ne lui vienne pas à l’idée de mordre le chien, elle flatte avec tendresse la douce fourrure sur le haut du crâne, qui s’épaissit agréablement sur le cou et les épaules. Le poil est soyeux et fourni, très agréable au toucher sous ses doigts fins et Shemrïe affiche toujours un sourire discret lorsqu’elle relève les yeux sur le trappeur, qui parvient enfin à s’adresser à elle. Sa voix est chaude et grave lorsqu’il parle de sa chienne, Zraïfa, et trahit sans peine toute l’affection qu’il lui porte. La jeune femme connait cela, alors qu’elle effleure distraitement les écailles plates et lisses de son compagnon. Les animaux sont beaucoup plus sincères que les hommes. Leur affection ou leur peur ne seront toujours que le juste reflet de la manière dont on les traite, sans hypocrisie ni tromperie. C’est pour cela qu’il est plus facile de leur faire confiance.


« Il s’appelle Fafnir. Il est encore jeune…»

Les serpents des blés ne sont pas si rares que cela. En fait, on peut en voir partout là où il y a des champs et des greniers, remplis de rongeurs avides de grains. S’il n’en a pas vu souvent, c’est sans doute qu’il n’a pas l’habitude des villes et de ceux qui les peuplent. Ça expliquerait la gaucherie dont il fait preuve dès qu’il s’agit d’interagir avec un semblable. Toutefois, maintenant que la distance est franchie, il se montre plus bavard qu’elle ne le pensait. Ce n’est pas un mal. Ça fait longtemps qu’elle n’a pas parlé de la sorte avec quelqu’un. Elle répond calmement à sa question lorsqu’il a fini de la poser :


« Une peau comme celle-ci porte beaucoup plus d’essence vitale qu’un parchemin. Elle confère une énergie bien plus vive à certaines runes animales et décuple la puissance des sorts simples. Et, comme il y a beaucoup d’attention dans ton travail, l’enchantement en sera d’autant plus harmonieux. »

Son compliment est sincère. Il lui suffit de toucher le pelage court à la chaude couleur fauve sur le cuir fin pour savoir qu’il est de qualité. Ionos Selherand, puisque tel est son nom, n’est pas un charlatan. Il a réellement mis le soin qu’il a décrit dans son travail et Shemrïe se félicite d’avoir voulu faire affaire avec lui. Elle se tourne donc pour lui faire face et se présenter à son tour sur un signe de tête avenant :


« Shemrïe Da’Xian. Combien en demandes-tu pour l’ensemble ? Si tu passes régulièrement à Lorde-Gian, j’aimerais que tu continues à me fournir. J’ai grand besoin de matériau de cette qualité. »
Revenir en haut Aller en bas
Ionos Selherand
Trappeur errant
avatar

Localisation : Partout en Eleris
Messages : 210

MessageSujet: Re: Une coupe de quiétude [PV Ionos Selherand][TERMINE]   Jeu 4 Juil - 15:34

Fafnir ? Un bien étrange nom pour un serpent, il m’évoque presque celui d’une divinité. Quoi qu’il en soit, il n’est pas farouche et ses couleurs orange et or, montrent qu’il est en très bonne santé. Ma chienne halète et je peux sentir qu’elle apprécie grandement cette enchanteresse qui me fait l’honneur de se présenter : Shemrïe Da’Xian. Un nom à la fois mystérieux et élégant, au diapason de son regard perçant et de son allure gracieuse. Une très belle femme qui je dois l’avouer me fait frissonner me trouble grandement mon esprit.

Car c’était bien la première fois que quelqu’un complimentait mon travail de trappeur. Je veux dire, cela n’a rien d’exceptionnelle de travailler des peaux et des ramures. Lorsque je vends mes fourrures, on ne me demande jamais si la bête que j’ai dû tuer a souffert ou non. C’est assez inattendu mais j’apprécie énormément ce que cette humaine m’affirme. C’est pourquoi je la remercie de sa gentillesse en d’un ton un peu confus :


- Je… Merci beaucoup Dame Da’Xian. Cela me touche que vous appréciez mon travail…

Puis, alors que j’allais me concentrer sur le prix que je pourrais lui faire sur mes peaux de daim. Je suis presque paralysé de surprise lorsqu’elle m’affirme qu’elle aimerait beaucoup que je lui fournisse ce genre de peau de manière régulière. Ce qui signifie, repasser à Lorde-Gian et nous revoir souvent. En temps normal, je devrais refuser. Car même si j’aime cohabiter avec les Fils de Dieu, me mêler à leurs plaisirs et à leurs coutumes. Je n’en oublie pas qu’ils savent se montrer aussi monstrueux que Kèrn parfois. Le temps n’arrivera jamais à cicatriser les profondes plaies que m’ont infligé certains humains.

Cependant, même si certains de ces fières humains ont atteint la démence, je sais que tous ne sont pas comme ça. C’est ce que je ressens lorsque Shemrïe me parle, c’est pour cela que je lui souris et lui réponds de manière un peu maladroite :


- Pour les fourrures je demanderais une dizaine de pièces de Mir. Ce sera plus que suffisant, je ne m’arrête guère souvent à Lorde-Gian. Mais le peu de fois que j’y reste, je dois reconnaitre que je suis très souvent agréablement surpris par la clientèle qui s’intéresse à mes biens. Des fois je vends quelques ramures pour que les gentilshommes m’achètent afin qu’il puisse se pavaner devant leurs épouses, des fourrures lors des temps froids pour les damoiselles frileuses, des cornes de chèvres sauvages pour que les familles puissent se faire des chandeliers ou encore laisser leurs enfants jouer avec.

Je marque une légère pause, peut-être parce que je me demande un bref instant pourquoi je lui parle de tout ça, mais aussi que j’espère que je ne l’ennuierais pas avec ces histoires un peu particulières :

- C’est assez plaisant de voir comment les peaux et ramures que j’ai tant travaillé finissent dans les mains de ceux qui me les achètent. Si cela peut vous aider dans votre métier d’enchantement, je serais très ravie de vous fournir ce dont vous aurez besoin pour vos enchantements. Je peux accepter le troc aussi, bien que je ne pense pas que vos parchemins puissent m’être utiles. Je ne doute pas de leur qualité, mais j’ai mes habitudes de chasseur et je n’ai point l’habitude de la magie, je risquerais de mal les utiliser. A moins que vous ne seriez d’accord pour me montrer comment cela marche ?

Le ton que j’ai pris vers la fin n’était en aucun cas autoritaire et ne la force à rien. Bien qu’en vérité j’ai un peu peur de la magie, une partie de mon être serait très émerveillé de la voir à l’œuvre. Je me demande si elle voyage elle aussi ? Si elle parcourt Eleris à la recherche d’ingrédients divers pour ses parchemins ou si elle loge ici, à Lorde-Gian ? Mais je me dis que pour l’instant j’ai assez pris la parole et je devrais la laisser respirer un peu, afin de ne point paraitre trop envahissant.
Revenir en haut Aller en bas
Shemrïe Da'Xian

avatar

Localisation : Lorde-Gian
Messages : 166

MessageSujet: Re: Une coupe de quiétude [PV Ionos Selherand][TERMINE]   Ven 12 Juil - 21:06

Fafnir s’est laissé caresser. La soirée est encore chaude, il aurait pu réagir vite et mordre cet inconnu. Mais Shemrïe devine que, contrairement à la plupart des gens qui surprennent le reflet flamboyant de ses écailles dans le col de ses tuniques, Ionos n’a pas peur de son serpent. Cette certitude lui fait soudain éprouver un agréable sentiment de quiétude. Ce n’est pas souvent. Elle secoue doucement la tête lorsqu’il la remercie pour son compliment. Il n’y a vraiment pas de quoi, selon elle. Certains, à force d’expérience, savent reconnaître les bons artisans et d’autres non. Il n’y a pas lieu de la remercier alors que seul son travail est à louer. Pourtant, ce fait évident pour l’Héritière ne l’est apparemment pas tant que ça pour le trappeur. Il ne serait pas aussi abasourdi par sa proposition, sinon. Son statut de marchand itinérant ne l’a peut-être pas habitué à une clientèle régulière mais l’idée n’est pourtant pas si étrange que cela lorsque l’on y réfléchit. Au fil des campagnes de trappe, Ionos doit bien être obligé de transiter par les mêmes villages, et recroiser des clients qui seront toujours prêts à faire affaire avec un marchand qui ne passe pas chaque jour. N’y a-t-il pas pensé ? Peut-être que non. Peut-être ne se soucie-t-il pas vraiment de fidéliser une clientèle solide. Car il y a dans ses yeux brillants comme une étincelle libre et farouche qui lui souffle qu’il n’a besoin que de peu de choses pour vivre en ce monde. Néanmoins, Shemrïe sourit lorsqu’il évoque avec plaisir et timidité les aléas de son métier. Elle ne trouve pas du tout ses anecdotes ennuyeuses. Au contraire, il s’en faut de peu pour qu’elle ne partage les mêmes. Les parchemins ont tant de clients différents, eux aussi.

« Le hasard du commerce. C’est un beau métier, tant qu’on ne garde pas les yeux rivés sur les Mirs qu’il rapporte. »
L’Héritière est fermement convaincue que l’argent et le marchandage sont des choses merveilleuses. Pas parce qu’ils permettent d’acquérir fortune, confort et renommée, qui sont souvent accompagnés d’avarice, de méfiance et de solitude. Non, ce sont des choses merveilleuses parce qu’elles permettent la rencontre et l’échange. Jamais, selon elle, on ne peut côtoyer autant de gens différents qu’en échangeant avec eux, et c’est toujours un réel plaisir pour elle de leur offrir ce dont ils ont besoin contre quelques pièces. Elle sait que bien peu partagent sa vision mais elle en parle ce soir parce qu’elle devine qu’Ionos comprendra. Il n’y a qu’à voir le prix dérisoire qu’il demande pour les trois belles peaux de daim qu’il lui a réservées, dont un autre marchand aurait facilement pu exiger le double, voire le triple avec force paroles mielleuses pour leur qualité extraordinaire. Shemrïe sort de l’aumônière pendue à sa taille les dix pièces convenues pour les donner au trappeur. Puis elle se tourne vers Calame pour récupérer dans une des boîtes emballées sur son dos un des petits parchemins qui ont toujours du succès auprès des chasseurs. Trois runes s’y succèdent, la première encerclée d’un pentacle : l’Ombre, l’Archer, la Forêt. Elle le tend à Ionos pour lui montrer.

« Les parchemins magiques n’ont besoin que de l’énergie de leur porteur pour être activés. Tiens-le dans ta main, concentre-toi dessus et échange de ta force contre ses pouvoirs. Celui-ci fond les chasseurs parmi les arbres. Plus de bruit et presque plus d’odeur. S’il t’intéresse, je te l’offre. »
L’Héritière est assez fière de cette création. Il lui a fallu du temps et de travail pour combiner les runes adéquates mais le résultat est plus que probant. Elle tient à ce qu’Ionos l’accepte car à ses yeux, les peaux qu’il lui vend valent plus que dix Mirs. Or, toute chose doit recevoir une compensation de même valeur si l’on veut pouvoir en jouir pleinement. Alors, sans lui laisser le temps d’hésiter ou de se confondre, elle lui prend la main et y place d’office le parchemin, avant de sourire et de s’incliner légèrement.

« Je me réjouis de pouvoir faire affaire avec toi à l’avenir. Veux-tu m’accompagner dans la Ville Haute pour trinquer à notre collaboration ? Il ne faudra que le temps de ramener Calame et mes parchemins chez moi. »
Ce soir, ce sont un nouveau ven et de nouvelles opportunités qui commencent. Il est important de les sceller dans la joie de la fête.
Revenir en haut Aller en bas
Ionos Selherand
Trappeur errant
avatar

Localisation : Partout en Eleris
Messages : 210

MessageSujet: Re: Une coupe de quiétude [PV Ionos Selherand][TERMINE]   Dim 14 Juil - 20:28

J’éprouvais de plus en plus de sympathie pour Shemrie l’héritière. Bien que je dois l’avouer, je  ne savais pas trop comment devais-je comprendre ce qui venait de se passer. Non, je ne rêvais pas, elle venait de m’offrir un présent ? Pour moi ? Mais, pourquoi un tel geste ? Je ne me sentais pas très à l’aise, non pas parce que je n’appréciais pas une telle attention mais au contraire que j’ignorais comment réagir. Car lorsqu’elle me tend ce parchemin devant moi, elle semble tenir à ce que j’accepte son précieux présent. Je devrais refuser, car je ne suis pas très à l’aise avec la magie. Même si elle m’a bien expliqué les choses, je ne me sens pas d’utiliser un tel artefact.

Mais il suffit que je fasse l’erreur de croiser un bref instant ses pupilles d’étoiles pour que je comprenne qu’elle y a mis beaucoup d’attention et que cela serait très impoli de ma part de repousser ce don qu’elle m’offre.. Je finis donc par céder, saisis délicatement le parchemin, je lui souris et la remercie chaleureusement :


- Je… merci beaucoup damoiselle Da’Xian… Je l’utiliserais à bon escient.

Je ne sais pas vraiment ce qu’est un « partenaire d’affaire », je n’en ai jamais eu par le passé et me suis toujours contenté de clients. Pour ce qui est de l’or ou des Mirs comme les bipèdes aiment le dire. J’ai un peu de mal à comprendre pourquoi certains humains sont prêts à tuer pour une si petite chose. C’est tout aussi surprenant qu’une si petite chose puisse permettre de vivre, de manger, d’acheter son plaisir ou du pouvoir même… Tout peut-il vraiment s’acheter avec de l’or ? Je ne sais point et je ne préfère point le savoir d’avantage.

Bien que je ne sois pas très à l’aise à l’idée d’aller à la ville haute que je n’ai jamais visité auparavant j’accepte, par contre je suis assez étonné d’escorter Dame Da’Xian jusqu’à chez elle. Mais cela veut aussi dire que je vais savoir où celle-ci habite ? Elle n’a donc pas peur de moi ? Je suis un peu étonné et ému par cela… Je détourne rapidement le regard en faisant mine de finir de ranger mon étale en affirmant à ma nouvelle partenaire de commerce :


- C’est avec grand plaisir que je partagerais volontiers ce verre pour fêter notre… association… qui je l’espère sera aussi couronné par une amitié…

Par Liv qu’est ce qui m’a pris ?! Je ne préfère ne rien dire d’autre jusqu’à ce que je termine de ranger pour de bon mon étale, avant de laisser Shemrie me guider. Lorsque nous arrivons dans ce qui semble être sa demeure, je préfère rester à l’extérieur, histoire de me remettre les idées en place.

- Imbécile que je suis. Elle est très belle,  elle est aussi très douée avec les mots, ce sera une bonne partenaire commerciale c’est certain. Mais il faudrait que je cesse de me voiler la face. Car, est ce qu’elle continuerait à être aussi clémente à mon égard si elle savait tout de moi ? De ce que je suis réellement, de ce que je pourrais être… Je devrais m’éloigner d’elle et faire comme si nous ne nous étions jamais vus… Alors pourquoi mes jambes ne bougent plus et pourquoi mon instinct me force à rester ?

Le souvenir de Camille, la seule humaine que j’aimais tellement et que j’ai sauvagement tuée de mes mains. Je… Je ne veux pas refaire la même chose… Je ne veux pas tuer, ni faire du mal à qui que ce soit…  je veux continuer à être le trappeur Ionos. Je ne veux point redevenir l’Etementa Selherand ancien membre de la sanguinaire meute de Viktor Kèrn... Calme-toi… Je t’en prie calme-toi…

Ma chienne sentant que je suis au plus mal vient se frotter contre mes jambes et insiste pour que je la prenne dans mes bras. Ce que je fais, je sens la langue de ma chienne mouiller mon visage. Je la caresse tendrement et lui avoue :


- Heureusement que je t’ai Zraïfa… Sans toi je ne sais pas ce que je serais devenu en ce monde peuplé de fous…

Mais je sais qu’il n’y a pas que des fous. Il y a aussi des gens comme Shemrie. Du moins, je veux y croire, alors je vais essayer de m’accrocher à cet espoir. Lorsque Dame Da’Xian revient enfin, je lui souris un peu maladroitement et lui dis :

- Je vais vous laisser nous guider jusqu’à une taverne de la ville haute. C’est un endroit où je ne saurais vous guider car je n’y ai encore jamais mis les pieds.

Nous marchons encore quelques temps. La fête continue de battre son plein, dehors le peuple de Lorde-Gian rit, chante… Nous avons même la chance de voire de belles lanternes en formes de papillons sur les toits des maisons, l’odeur d’un sanglier qui tournoie sous le feu… Je remarque qu’il y a beaucoup d’humains qui sont habillés avec de très beaux tissus. Je sens également leur regard se poser un peu sur moi. Il faut dire, mon manteau n’est plus tout jeune et ils ne doivent pas être habitués à voir quelqu’un comme moi débarquer dans leur cour.

C’est vrai que contrairement à Dame Shemrie, je ne semble pas à ma place. Quand j’ai le courage de la regarder ne serait-ce qu’une fraction de seconde, je la trouve vraiment magnifique dans sa tenue écarlate comme les pétales d’une rose qui s’ouvrent sur un nouveau printemps. Elle est semblable à une de ses rares fleurs que l’on aimerait cueillir mais qui se fanerait si on osait les brutaliser. Cette femme est décidemment très mystérieuse pour moi. Car je ressens toujours un peu de peur à son égard, mais que j’arrive de moins en moins bien à décrire. Mais j’éprouve aussi pour Dame Da’Xian, une fascination incroyable tant j’ai l’impression lorsque je parle avec elle, de découvrir quelque chose. Mais une fois encore, je n’arrive pas à savoir ce que c’est.

Sans réussir à la regarder droit dans ses pupilles étoilées, je ne peux pas m'empêcher de la complimenter :


- Je.. ce n'est peut être pas très courtois venant d'un partenaire commercial mais... vous êtes ravissante habillée ainsi.

Je n'attends même pas qu'elle me réponde. Je ne sais pas pourquoi j'agis ainsi. J'aimerais le savoir pourtant...

Nous arrivons enfin à une auberge du nom de « La Licorne d’acier ». Cela change en effet des auberges de la ville basse et du cœur de la cité. Nous nous installons à une table et un homme vêtu d’un tablier blanc nous aborde et m’annonce :


-On n’accepte pas les chiens ici.

Zraïfa se met à couiner. Je ne me sens pas de cœur à la laisser dehors. Je me permets d’insister :

- Ma chienne n’embêtera personne, elle ne peut donc point rester sous la table !

L’homme tape notre table du poing et me crie presque dessus :

- Pas d’animaux ici !

Cette fois, le ton qu’a pris le serveur était hautain. Je me sentais aussi blessé que ma chienne. Je sens la bête gronder en moi. Je peine à la maitriser. Mon âme commence à se teindre d’une furieuse bestialité… Mais Shemrie est là, avec moi. Je ne dois pas montrer cette autre facette qui est en moi. Je me lève doucement, les poings serrés… Il ne faudrait qu’un seul geste de la part de cet humain pour que je cède à ma bestialité. Mais je me retiens, il le faut… Je lui dis avec calme mais d’une voix autoritaire :

- Si vous me chassez moi et ma chienne… Vous allez perdre un client… Un client qui ne vous veut aucun mal…

Cette fois mes pupilles croisent celle du serveur qui semble ressentir un certain malaise. Je pourrais laisser place à la bête et lui arracher la gorge, les entrailles... Mais je ne le ferais pas. Parce que je n’en ai pas envie et que je ne suis pas un monstre… Mais je ne garantis rien s’il continue de me pousser à bout. Finalement le serveur essuie d’un revers de manche quelques gouttes de sueur et affirme d’un ton beaucoup plus amical :

- Si elle est sage alors… je veux bien faire une exception… Que désirez-vous boire monsieur ? Madame ?

Je me rassois et réponds poliment au serveur :

- De l’hydromel je vous prie…

Je souffle un peu, la bête ne sortira pas ce soir… Il ne faut pas. Je veux préserver ce précieux sentiment que je partage avec Shemrie pour ce nouveau Ven. Je ne veux pas qu’elle voit le monstre en moi…
Revenir en haut Aller en bas
Shemrïe Da'Xian

avatar

Localisation : Lorde-Gian
Messages : 166

MessageSujet: Re: Une coupe de quiétude [PV Ionos Selherand][TERMINE]   Lun 22 Juil - 8:58

Shemrïe se doutait qu’Ionos aurait des scrupules à accepter son cadeau. Les hommes humbles et simples comme lui n’ont pas besoin de mille simagrées et colifichets inutiles comme gage de sympathie et elle a bien vu l’hésitation dans ses yeux. Mais elle n’ignore pas non plus qu’il l’acceptera malgré tout parce qu’il lui suffit de croiser son regard pour qu’il comprenne que ce parchemin n’est nullement un cadeau mais un paiement, en complément des Mirs qu’elle lui a déjà donné. Parce que son travail mérite d’être récompensé à sa juste valeur. Et en effet, ses doigts finissent par se refermer sur le papier crissant et il la remercie avec humilité. L’Héritière lui rend son sourire et hoche la tête lorsqu’il accepte timidement de venir sceller leur accord autour d’un verre. Il termine de ranger ses affaires et de remballer son étal, puis elle claque la langue pour faire avancer Calame et les guider tous les deux vers la Ville Haute. L’ascension est longue, autant à cause de la pente des rues pavées que des joyeux drilles occupés à festoyer un peu partout dans les tavernes et sur les placettes. De partout, la musique monte en une rumeur enjouée pour rythmer les cris d’allégresse, les rires et les chants. L’agréable brouhaha des différentes mélodies s’entremêlant dans l’atmosphère légère de la ville la fait sourire, presque involontairement. Oui, il y a longtemps qu’elle ne s’est pas sentie aussi sereine. Profitant d’avoir quelqu’un avec qui partager ce petit bonheur, elle se tourne vers Ionos.

« C’est ce qui me manque le plus lorsqu’il m’arrive de quitter Lorde-Gian. La musique… »

La plupart de ses bons souvenirs sont emprunts de musique. Elle se rappelle bien le flûtiste qui s’installait invariablement sur la même placette, juste sous la fenêtre de leur ancienne maison, et qui jouait des airs sautillants pour faire danser un petit singe. Yondel n’aimait pas ce singe et ses grimaces presque humaines mais Shemrïe ouvrait aussitôt la fenêtre dès qu’elle entendait les premières notes et écoutait la musique en reprisant une chemise ou en balayant la chambre. Jusqu’à ce que la pauvreté s’abatte sur eux aussi sûrement que la maladie prélevait son tribut sur le corps et les forces de son époux, elle n’a jamais manqué de descendre donner une piécette à l’animal quand elle avait terminé son ouvrage. Et aussi la chanson que Mère avait inventée pour elle… L’espace d’un instant, elle se demande si Ionos aime la musique, ou même s’il sait en jouer.

Ils arrivent finalement devant la Lesteplume, le scriptorium public où elle travaille et au-dessus duquel elle habite en attendant d’ouvrir sa propre boutique. Elle a obtenu de l’amarius la permission de loger son cheval dans l’arrière-cour où elle a aménagé un box de fortune avec l’aide d’un autre copiste. C’est là qu’elle se dirige en premier pour délester Calame de tout son chargement. Elle monte ensuite ranger ses boîtes de parchemins et la toile de son auvent dans sa chambre puis redescend pour bouchonner la douce robe palomino de sa jument. Même si elle n’oublie pas qu’Ionos l’attend devant la boutique, elle prend quand même le temps de s’occuper soigneusement l’animal. Une fois que son orge et son fourrage garnissent la mangeoire, elle époussette rapidement les pans de son long mantel écarlate, ouvert sur sa tunique claire, puis rejoint Ionos au dehors. Il l’attendait en câlinant sa chienne, avec une tendresse qui la fait sourire de nouveau. Cet animal révèle son maître plus sûrement que ne le ferait une longue discussion et à travers sa sollicitude presque inquiète envers le Fils de Dieu aux cheveux blancs, Shemrïe devine comme un reste de sentiments lourds peser sur ses larges épaules recouvertes de cuir. Elle le considère en silence l’espace d’une seconde puis accepte de le guider vers la taverne la plus à même de fêter leur nouveau partenariat. Ce n’est pas la plus proche de chez elle, mais l’Héritière a tout de suite aimé la Licorne d’Acier pour la vue qu’elle offre sur le port et la baie de Lorde-Gian et sur l’activité colorée qui y règne. Aussi est-elle heureuse de s’y rendre en compagnie de cet homme timide qui la complimente sur la beauté de ses atours avec l’air attendrissant d’un enfant pris en faute. Elle le remercie d’un seul mot sincère alors qu’il passe la porte de la taverne.

Il faut l’intervention hautaine et absurde du tenancier pour que la quiétude à laquelle elle goûte se voit altérée. Shemrïe pose sur lui son regard perçant, silencieuse tandis que Fafnir glisse sa tête triangulaire et sifflante hors du col de sa tunique pour ramper d’une vingtaine de centimètres autour de son cou. Quelle hypocrisie, sachant qu’elle n’a jamais eu aucun problème en amenant son serpent. Mais bien vite, ce détail lui échappe, éclipsé par autre chose. Une tension brève et soudaine qui semble émaner des muscles contractés et des pupilles vibrantes d’Ionos alors qu’il fait valoir son bon droit d’une voix calme et froide, impressionnante par la menace invisible qui semble couver sous ses mots anodins. Elle pose les yeux sur la haute et solide silhouette du trappeur aux cheveux blancs. Il a facilement cinq pouces et vingt livres de plus que le propriétaire de l’auberge, pourtant ce n’est pas son avantage lors d’une éventuelle bagarre qui inquiète l’Héritière. Elle ignore comment ni pourquoi, mais elle devine presque aussitôt que quelque chose de dangereux est à l’œuvre. Quelque chose qui n’a rien à voir avec sa force physique et qu’il faut désamorcer au plus vite. Par chance, l’aubergiste l’a senti également et son autorité s’effrite à vue d’œil. Histoire de faire définitivement pencher la balance dans le bon sens, elle ajoute en caressant ostensiblement les écailles luisantes de Fafnir :

« Je suis venue chaque delum avec mon serpent et jamais vous ne m’avez traitée de la sorte. Vous ne perdrez pas qu’un seul client si vous persistez à refuser cet animal. Mais dans le cas contraire, je commanderai comme à mon habitude… »

Cela suffit à décider le tavernier qui s’empresse de changer de ton et de prendre leur commande. Ionos se rassoit et demande posément une choppe d’hydromel. Shemrïe n’a pas besoin de rien dire quand à elle, elle vient depuis assez longtemps pour que la maison sache qu’elle prend invariablement une petite coupelle d’alcool de riz accompagné d’une tasse de thé vert. En attendant, elle ne cesse de fixer le trappeur de son regard perçant. La tension est retombée et il semble en être le premier soulagé. Peut-être est-il un de ces hommes à qui la colère fait perdre tout sens. Oui, il y a sans doute de cela même si l’Héritière a aussi senti quelque chose de sauvage dans son attitude, un éclat farouche dans sa froideur qu’elle ne saurait définir mais qui lui reste chevillé à l’esprit comme un détail intriguant. Elle choisit cependant de passer outre pour ce soir. Avant de balayer l’incident, elle commente d’une voix égale :

« Les Héritiers sont bien traités ici parce que le tenancier les craint. Mais ça sera sans doute ton cas aussi, à présent… »

Car pendant un instant, même s’il n’avait pas changé et même s’il avait parfaitement le droit de protester contre un ordre arbitraire, Ionos a eu l’air effrayant. Elle l’a lu dans le regard du tavernier et l’a presque senti elle-même, sans que cette peur ne l’affecte pour autant. Shemrïe a rarement peur de ce qui pourrait se passer. Elle sait d’expérience que la peur n’aide en rien quand le danger menace. Mais comme il n’est pas temps de penser à cela, elle remercie d’un signe de tête la serveuse qui leur apporte leur commande et fait lentement tourner sa coupelle d’alcool pour en dégager l’arôme, avant de demander :

« Parle-moi de ton travail. Où ont lieu tes saisons de trappe ? Combien de temps durent-t-elles ? Combien de fois par ven reviens-tu à Lorde-Gian ? »
Revenir en haut Aller en bas
Ionos Selherand
Trappeur errant
avatar

Localisation : Partout en Eleris
Messages : 210

MessageSujet: Re: Une coupe de quiétude [PV Ionos Selherand][TERMINE]   Mar 30 Juil - 12:56

J’avais vraiment eu peur un bref instant de faire peur à Dame Da’Xian, mais fort heureusement, elle aussi semblait un peu en colère devant le comportement de l’humain. Ceci dit, maintenant que ce bref instant assez désagréable était passé, je pu à nouveau me noyer dans les pupilles étoilés de la belle Shemrie, tout en regardant sa chevelure qui bougeait lentement, telles les vagues d’un océan noir d’encre. Cette humaine était vraiment troublante, mais elle était aussi en même temps une douce énigme que je ne pouvais me résoudre au silence lorsque sa voix angélique berçaient mes oreilles. Si Liv devait avoir une voix, cela aurait été la sienne. Mais bien que je ne me sois éloigné des principes de notre mère Etementa, cela ne m’empêcha pas de parler de mon métier à cette humaine :

- C’est… assez complexe à expliquer. Car, voyez-vous, les animaux ne sont pas de simples créatures aux instincts primaires qui ne réfléchissent pas. Hélas, beaucoup de chasseurs réfléchissent ainsi et ne voient jamais plus loin que le bout de leur nez. Il y a tant de choses à comprendre lorsque l’on chasse un animal, si jamais je vous ennuie n’hésitez pas à me le faire savoir, je m’en voudrais de vous ennuyer avec mes histoires. Tout d’abord, l’endroit où l’on traque le gibier est son domaine, même avec une expérience en chasse de plusieurs décennies, l’animal connaitra toujours son espace de vie mieux que nous. Une autre chose importante est de ne pas chasser n’importe quand. Il faut être à l’écoute du moindre bruit, la moindre sensation que l’on a du mal interpréter. Car il peut s’agir d’une période d’accouplement, d’accouchement… A mes yeux, tuer la mère d’un petit n’est pas de la chasse à mes yeux. C’est aussi cruel qu’un meurtre, car même la plus belle fourrure de ce monde ne mérite pas que l’on ne tue une biche qui a encore son petit.

Je marque une pause, me rappelant l’une de mes premières chasses. J’ai bien failli ce jour-là décocher un carreau en plein cœur d’une biche avant que je ne vois son petit se ruer vers elle pour aller téter son lait. Je n’ai pas pu, sans doute parce que même si je ne me souviens plus de la chaleur et de la douceur que l’on peut ressentir dans les bras de sa mère. Je m’en voudrais de priver cela à n’importe qui, humain comme bête. Je bois une gorgée de mon hydromel, puis je reprends mon récit en souriant un peu à cette sorcière aux prunelles d’astres.

- Chasser ne signifie pas simplement entrer dans une forêt armé jusqu’aux dents. Il faut ressentir la forêt, les arbres, les animaux… C’est si complexe à expliquer mais pour moi, chasser c’est comme ressentir toute la forêt d’Eleris battre en même temps que votre cœur. C’est certainement pour cela qu’en général je chasse presque une année entière. Parcourant ainsi les bois qui sont tout aussi mystérieux et magnifiques que vos parchemins. Je peux chasser le loup sauvage d’Yzfreid, le daim à poils roux des plaines de Lorde-Gian, Le cerf à nobles ramures de Kirigan, Le sanglier de Komcho… Il y a tant d’animaux merveilleux, je pense qu’avec les bonnes fourrures vous ferez des parchemins d’excellente qualité dame Da’Xian.

Je propose à l’Héritière de gouter à mon hydromel et si je peux me permettre de gouter sa liqueur parfumée. Lorsqu’elle me donne son accord, je trempe légèrement mes lèvres sur sa coupelle. Je lui affirme alors :

- Votre boisson est très aromatisée. On dirait qu’il y a de la rose, un peu de thym, une plante mais aussi plusieurs autres arômes que j’ai un peu de mal à reconnaitre…

Je me demande si en fait ce ne sont pas les lèvres de cette humaine qui sont parfumées ainsi. Dans ce cas ses baisers doivent avoir le gout du paradis. Je rends la coupelle à ma partenaire commerciale camouflant du mieux que je peux une légère confusion que je fais mine de mettre sur le dos de l’hydromel. Enfin, je doute que cette héritière soit dupe, j’ai parfois l’impression qu’elle lit en moi comme si j’étais un papyrus vierge qui n’attend plus que de sentir la plume encrée d’un enchanteur.

- J’essayerais de vous rapporter différentes fourrures. Vous pourrez ainsi choisir celles que vous désirez. Et vous ? Est-ce que… Vous me ferez l’immense plaisir de me parler de votre bien étrange métier ? Vous devez être la première enchanteresse que je vois de ma vie.

Mais aussi la première humaine qui me fait à nouveau gouter le miel de l’humanité. Alors je vous en supplie Dame Da’xian, ne me privez pas de ce bonheur que vous m’offrez.

La soirée se déroule assez calmement, j’ai tenu à payer la consommation de Shemrie. J’ai aussi, comment dire escorté cette humaine jusqu’à chez elle. Je ne doutais pas qu’elle puisse se défendre sans mon aide, car un parchemin de feu au visage doit calmer les ardeurs les plus primaires. Mais, disons que j’avais envie une dernière fois de contempler les yeux brillants de cette enchanteresse, sentir son parfum de fleur qui enivre mes narines, entendre sa voix de cristal qui m’apaise… Mais toutes les bonnes choses ont une fin.

Car nous arrivons enfin devant chez elle, je décide de lui faire un … baise main ? Oui je crois que c’est comme ça que ça s’appelle ! J’avais vu une fois un humain habillé de partout avec de drôles de tissus agir ainsi devant une femme avec une robe un peu trop grande ! Et il semble que cela est en effet très galant. Enfin, je ne sais pas pour moi, car peut être que Shemrie risque d’interpréter cela comme un geste de trop ? Je commence à m’éloigner et lui souhaite une bonne fin de soirée :


- Merci infiniment pour cette coupe de quiétude Dame Da’Xian, puisse les divinités vous être favorables.

Je marche lentement sans me retourner, je sens sur ma joue couler une larme. Serais-je triste ? Sans doute de quitter Lorde-Gian pour la première fois. Car maintenant, j’avais une raison de revenir, quelqu’un qui m’attendrait… C’est sans doute une des plus belles choses qu’aspirent les hommes. Revenir gouter au bonheur. Dommage que je sois à moitié humain et à moitié Etementa.

Maudit sois tu Serer…


HRP :
Spoiler:
 

Revenir en haut Aller en bas
Shemrïe Da'Xian

avatar

Localisation : Lorde-Gian
Messages : 166

MessageSujet: Re: Une coupe de quiétude [PV Ionos Selherand][TERMINE]   Mer 14 Aoû - 16:44

Sans rien dire, Shemrïe écoute les paroles d’Ionos en repoussant d’un doigt tendre la tête de Fafnir qui s’approche de la coupelle d’alcool. Au son de sa voix, elle essaie de se souvenir de son dernier passage en forêt pour retrouver les sensations qu’il décrit. Ressent-elle la vie de l’espace qu’elle traverse lorsqu’il lui faut s’aventurer sous les frondaisons à la recherche de cheveux de Liv ou de pousses de corube ? Oui, d’une certaine façon. Consciente qu’elle ne fait qu’emprunter des ressources qu’il lui faudra rendre tôt ou tard, elle arpente toujours les sentiers des bois avec un profond respect. Et puis, il y a quelques choses de religieux dans les voûtes paisibles des branches bruissantes de feuillage. Un sourire affleure sur ses lèvres et elle baisse les yeux sur sa coupelle lorsque le trappeur affirme son refus de tuer les mères et les petits lorsqu’il chasse. Aussi cruel qu’un meurtre, oui… Elle lisse doucement le rouge de sa robe tout en lui répondant :

« Tu as bon cœur. Il est rare de penser ainsi… »

Ou du moins n’a-t-elle pas souvenir d’avoir croisée beaucoup de personnes dotées d’une telle compassion. Sans compter qu’étrangement, il est parfois plus facile d’éprouver de la pitié pour une bête que pour un semblable. Mais il n’est pas temps de se laisser aller à ces tristes songeries, aussi relève-t-elle les yeux et hoche-t-elle la tête quand Ionos lui assure qu’il lui fournira des peaux de qualité pour son travail.

« Je le pense aussi. Mais je me contenterai des peaux de daims ou de chevreuils. Ce sont elles qui offrent le meilleur équilibre entre solidité et souplesse une fois traitées. J’ai du mal à travailler avec les autres. »

La magie a besoin de circuler librement dans la matière qu’elle imprègne et un cuir trop épais ou rigide est long et difficile à enchanter. En ce qui la concerne, elle aime beaucoup les peaux de lapins, particulièrement souples et perméables à son pouvoir. Leur essence est bien trop contraire à celles des sorts offensifs ou défensifs, mais elle est en revanche tout indiquée pour les enchantements plus subtils, telle que les conjurations mineures ou les porte-bonheur. Aussi s’empresse-t-elle de l’ajouter à l’intention du trappeur afin qu’il pense à lui en garder plusieurs, avant d’accepter de s’étendre un peu sur son art. Après tout, il est bien normal qu’ils s’informent de la sorte sur leurs métiers respectifs s’ils sont amenés à travailler ensemble. Après qu’il ait goûté dans sa coupelle et qu’elle ait poliment décliné la sienne, ayant toujours trouvé l’hydromel trop sirupeux, elle lui répond donc :

« L’art du parchemin runique ressemble à celui de la chasse tel que tu le décris. Bien sûr il faut connaître précisément les symboles et les matériaux que l’on utilise, mais ce n’est là que la moitié du travail. Tout le reste est instinct, je ne saurais te l’expliquer mieux. Ce n’est pas moi qui décide quelles runes feront le sort, ce sont les runes elles-mêmes qui se révèlent à ma plume en fonction de ce que je demande, de la position de la lune des astres, des traitements préalables que j’ai fait subir au papier et à l’encre. Il faut être capable d’écouter, de ressentir et de se laisser guider par la magie que l’on sert. C’est pour cela qu’il y a beaucoup de charlatans dans ce domaine, je les repère au premier coup d’œil. »

Et il lui faut rarement plus d’une minute pour les confondre. Elle ne le fait pas par méchanceté, il lui semble simplement injuste que des escrocs se remplissent les poches sur la crédulité de braves gens qui ne cherchent souvent qu’à se garder du mauvais sort, eux et leurs familles. Et puis, il lui est particulièrement déplaisant de voir son art insulté par ce genre de racaille. Malgré tout, elle préfère ne pas s’attarder là-dessus. Ce n’est ni le moment ni le lieu et, rien à faire, elle se sent bien trop sereine en cet instant pour avoir le cœur à s’appesantir sur de telles idées. La compagnie d’Ionos est très apaisante…

Le trappeur a tenu à la raccompagner chez elle une fois la soirée terminée. Shemrïe n’a pas caché son étonnement, mais a accepté de bon cœur. Elle est loin d’être sans défense à l’intérieur des murs de Lorde-Gian mais, poussée par la sympathie que lui inspire cet homme timide et sincère aux cheveux blancs, elle arpente avec plaisir à ses côtés les quelques ruelles qui la sépare de sa maison. Il est plutôt agréable d’avoir quelqu’un avec qui deviser calmement, ou même se taire parfois. Une fois à sa porte, elle laisse prendre délicatement sa main avec un sourire lorsqu’il y dépose un baiser maladroit. Il y avait bien longtemps qu’elle n’avait pas eu droit à ce genre d’attention. Yondel le lui faisait, autrefois… Elle lui rend gracieusement son salut, inclinant brièvement la tête avec respect :

« Puissent-elles l’être pour toi aussi, Ionos Selherand. Ne manque pas de me rendre visite la prochaine fois que tu passeras à Lorde-Gian. Au revoir, petite Zraïfa.»

Elle les regarde s’éloigner quelques instants, puis rentre à l’intérieur. Alors qu’elle monte les marches menant à sa chambre, elle cherche méthodiquement dans sa mémoire ce que lui rappelle ce sentiment. Encore faible et pourtant, l’impression si agréable de pouvoir se fier à quelqu’un. Oui, ce doit être ça. L’impression en ce ven tout nouveau de voire naître une amitié…

HRP:
 
Revenir en haut Aller en bas
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: Une coupe de quiétude [PV Ionos Selherand][TERMINE]   

Revenir en haut Aller en bas
 
Une coupe de quiétude [PV Ionos Selherand][TERMINE]
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» [règles]Pointe de quiétude
» Coupe d'europe 2012
» Détail de l'organisation d'une journée de coupe des régions
» Coupe d'Europe de Plumfoot 2010
» Qualificatifs pour la Coupe Yu-Gi-Oh! 7 février à Heuquevill

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
 :: Coeur de la cité-
Sauter vers: