AccueilFAQRechercherS'enregistrerConnexion

Partagez | 
 

 Velours et soie, galons et vocalises [PV Morrigan Elkird]

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Tataliä Askiath

avatar

Localisation : Misengris
Messages : 21

MessageSujet: Velours et soie, galons et vocalises [PV Morrigan Elkird]   Sam 23 Nov - 13:25

Comme à chaque fois qu’une réception était donnée dans la maison Askiath, tout le manoir était imprégné des cuisines aux salons d’une agitation d’autant plus fébrile qu’elle ne disait pas son nom. La Dame était venue trouver Ringil l’intendant et Herma la gouvernante, leur avait annoncé le nombre de convives, les personnalités importantes et ce qu’elles impliquaient dans le plan de table, quelques suggestions de menus et des indications sur la vaisselle et les couleurs qu’elle souhaitait voir utilisées, puis elle s’était retirée dans ses appartements pour ne pas risquer d’être importunée par tout ce qui s’en suivrait. De là, le couple forcé et astreint à la direction des domestiques avait déployé les ordres succincts de leur maîtresse en une multitude de directives, précisément ramifiées entre cuisiniers, jardiniers et femmes de chambre afin qu’au plus tôt et au mieux prenne corps dans la maison l’exigence formulée par la Dame des Askiath. La fièvre silencieuse qui avait dès lors gagné les esclaves s’était également répandue dans les couloirs au rythme de leurs courses légères et de leurs murmures empressés, telle une nappe de dentelle frémissante qui n’avait pas tardé à chasser tous les habitants du manoir. Le Maître et la jeune Dame s’étaient rendus dès l’après-midi au bureau de la Guilde de la Soie pour se reposer de détails commerciaux et le jeune Maître n’avait même pas attendu la fin de la matinée pour chevaucher vers la caserne et y passer la journée entière. Seuls l’Aïeul et la Dame étaient restés, l’un retranché dans sa chambre et dans l’aigreur maussade qui faisait, plus que toute autre chose, tomber la vieillesse sur sa poitrine creuse, l’autre derrière l’imperturbable rempart de la musique. Si bien que la tension croissante qui bourdonnait dans tout le manoir selon un rythme parfaitement rodé était au fil du temps perturbée par la voix harmonieuse d’un luth ou d’une harpe.

Et comme Tataliä s’en doutait depuis l’annonce de la réception, vers la fin de l’après-midi la Dame la fit appeler dans ses appartements pour échauffer sa voix, alors qu’elle soutenait tendrement le dos de Sylmaril quand celle-ci jouait dans les plis de sa robe. La jeune esclave confia l’enfant à son amie Alinor, trop heureuse d’échapper à la corvée de vider les perdreaux, et se dirigea docilement vers la chambre de sa maîtresse. Bientôt les douces vocalises de sa voix angélique jetèrent dans la maison le trouble fourmillant, excitant et inquiétant, qui accompagne nécessairement les dernières heures d’attente avant un grand évènement. Cependant, le véritable coup d’envoi ne fut donné qu’au retour de tous les maîtres, lorsqu’il fut alors temps de les habiller. De nouveaux pas connus de tous s’ajoutèrent dans le ballet secret des esclaves, qui allaient et venaient en tous points du manoir presque sans qu’on ne les remarque et, quand les premiers invités arrivèrent à la lumière des lanternes du jardin que l’on venait d’allumer, tout était prêt pour le second acte de la réception du soir. Les Maîtres resplendissants accueillirent chacun des convives avec courtoisie et tous s’égayèrent dans le hall, les salons, les jardins là où les domestiques revêtus de leur riche livrée des grands jours, frappée des armoiries Askiath, avaient disposés boissons et amuse-bouches avant de débarrasser les nobles Supérieurs de leurs manteaux.

Dans la grande salle de réception où trônait la longue table garnie de couverts, Tataliä attendait son heure, dissimulée dans une alcôve par une lourde tenture de velours sombre. Dans quelques minutes, les convives se mettraient à table et sa chanson servirait de prélude au repas. Ensuite, on apporterait les plats. Elle demeurait aux aguets, prête à apparaître aux regards au premier appel de la Dame, et elle tremblait de tous ses membres à l’idée qu’elle devrait bientôt quitter son abri de velours. Ce ne serait pas la première fois, mais elle ne parvenait pas à s’y faire. A chaque fois, le regard hautain que tous ces Supérieurs resplendissants de brocarts et de mépris faisaient peser sur elle lui rappelait le poids et la poigne du jeune Maître et manquait de faire mourir sa voix au fond de sa gorge avant même qu’elle ne commence à chanter. Et elle ne savait toujours pas par quel miracle elle parvenait à libérer les premières notes de l’étau de sa poitrine. Une délivrance si dure et si épuisante qui se réitérait à chacune de ces soirées, en la vidant de ses forces après cette insurmontable pesanteur… Seule la légèreté qui suivait, cette vibration ténue et puissante à la fois qui jaillissait d’elle et la régénérait dans l’effort d’harmonie, parvenait à lui faire oublier le calvaire qui précédait. C’était une des raisons pour lesquelles elle acceptait sans broncher toutes les exigences de la Dame lorsqu’elle lui faisait travailler sa voix. Un monde de peur et de dédain avait beau les séparer, elle comprenait mieux que personne l’émotion qui pouvait naître de la musique, tout comme elle.

C’est pourquoi, lorsque les invités commencèrent à s’installer et que sa maîtresse fit le geste épié et tant redouté, Tataliä parut malgré les tremblements qui l’assaillaient. Pour cette fois, elle portait une ample robe de soie couleur pervenche, aérienne et légère comme un ruban de brume. La coupe masquait ses formes menues et seul un corset court et blanc, brodé de bleu, venait souligner la minceur de sa taille. Elle n’avait, bien sûr, rien de commun avec les nobles dames présentes, toutes radieuses de perles et de joyaux, et elle se sentait de ce fait encore plus oppressée par les regards dédaigneux et surpris qui pesaient sur elle. Sentant la panique resserrer sa gorge comme un piège, elle chercha des yeux une présence amie. Tout ce qu’elle parvint à voir, c’est que le Jeune Maître quittait la pièce à grands pas et que la Dame maintenait sur elle le regard de glace flamboyante qui lui promettait mille tourments si elle ne se montrait pas à la hauteur. Rien de plus. Alors, devant un tel abandon, Tataliä ferma les yeux, posa les mains sur son ventre contracté par le trac, inspira profondément et laissa sa voix venir au monde, offrant ses vibrations à la lumière des chandeliers de cristal.

La troisième ode à Elysbeth, de Sulinor Askiath.

Plus tard, bien plus tard, alors qu'elle ne savait plus du tout où en était le repas et les invités, Tataliä se glissa discrètement sur le balcon du premier étage pour prendre l'air tant que personne ne s'y trouvait. La brise nocturne lui apportait les douces senteurs endormies du jardin et elle les inspira à plein poumon, comme pour apaiser ces derniers après l'effort qu'elle venait de fournir. Elle détestait la fin de ses représentations. Après l'intensité délicate et superbe de son chant, devoir laisser place au silence épais et retrouver les regards encore tendus vers elle avait quelque chose grossier et de lourd qui l'oppressait terriblement à chaque fois et lui donnait envie de rentrer sous terre. Si bien qu'elle était toujours infiniment soulagée quand la Dame lui faisait finalement signe de s'éclipser. L'air frais du dehors lui faisait beaucoup de bien et elle ne ressentait pas encore vraiment le froid malgré la légèreté de sa robe. Un soupir lui échappa et s'envola vers les étoiles.

« Quelle fatigue... »

HRP:
 
Revenir en haut Aller en bas
Morrigan Elkird

avatar

Messages : 8

MessageSujet: Re: Velours et soie, galons et vocalises [PV Morrigan Elkird]   Mer 15 Jan - 13:31


    La cité lui était parue comme couverte d'un infatigable voile de noirceur où âmes éperdues par les réjouissances nocturnes, filaient à tire d'aile. Les constellations s'étaient levées peu après, soulevant l'atmosphère d'une mélancolie douceâtre. Il était question de dîner mondain ce soir-là et ce fut avec un certain déplaisir que la générale quittait ses fonctions pour se fondre dans la mélasse. Dans son hôtel particulier, planté en plein Misengris, théâtre de son enfance, lieu de convalescence moral, la supérieure blanche avait laissé la solitude se morfondre dans les moindres pièces. Il lui fallut se pencher à l'embrasure de la plus haute fenêtre pour demander à ce qu'on lui prépare son destrier. Un bête noire et fougueuse qui blessa plus d'un de ses garçons d'écuries. Morrigan s'en était donc allée vers ce lieu qui lui avait mandé sa présence. Le pas des sabots se joignirent en coeur à l'ivresse des soirs. La vision d'un individu au genre indéfinissable habillé d'une longue cape noire laissait une première empreinte dans son apparition à la maison Askiath.

    Il lui fallut abandonner sa monture et sa cape pour qu'on les visages se parent d'un sourire, quoique hypocrites à en voir certains ou forcés pour d'autres. Trois siècles d'existence et une froideur à vous planter une lame édentée dans la chair. La taille était serrée par un corset et les pans de sa robe de velours tombaient lourdement en arrière. L'ensemble faisait gloire aux plumes scintillantes du corbeau et au rouge sanguinaire d'un coeur frais. Couleurs sinistres et d'une beauté meurtrière qui comblaient la moindre de ses exigences. La générale fut accueillie par les maîtres de maison et se montra cordiale et polie. Les Elkird entretiennent une bonne relation avec les Askiath. Daergön Askiath avait connu Vladrin'fau Elkird, son noble père il a y un peu moins de deux siècles de cela. Mais un tel nom reste gravé dans les annales des supérieurs noirs. Quant à Eringish Askiath, ce jeune officier était ambitieux et rusé, ce qui n'était pas sans rappeler sa jeunesse assez impulsive. Il fut un temps où la supérieure blanche décliner toutes invitations. Le temps avait tendu à ses apparitions irrégulières chez les nobles les plus imminents de la cité et le besoin, non pas de se faire connaître et reconnaître, mais d'avoir un oeil attentif sur la moindre des choses qui fourmillait entre les remparts.

    Bien qu'elle connaissait la plupart des visages à tables, les jeunes lui échappaient un peu parfois, Morrigan se contenta de les saluer avec un certain respect et ce, de manière brève mais protocolaire. Durant le dîner, il fut question de stratégies, commerces et d'autres choses d'une futilité aggravante qui révulsaient le coeur de l'élégant personnage. Une jeune humaine attira l'attention du général. La beauté de l'ode chantée par cette petite dernière suffisaient à couper court à ces discussions agaçantes et soulageaient la langue de Morrigan. Ce fut peu après, qu'elle quitta la table pour rejoindre la fraîcheur de la nuit, guidée par son instinct de stratège. D'une main, tout en prenant place sur le balcon, elle dégrafa les épingles de son chignon tressé et attacha sa chevelure comme elle avait coutume à la caserne. Un simple ruban noir suffisait à la ramener ensemble devant. Morrigan se plaça à la droite de la jeune femme tel un loup à quelques pas de sa proie. Il n'y eu aucun de regard échangé, simplement un mouvement linéaire.

    - Votre représentation ne fut pas désagréable. Pour une humaine, vous êtes plutôt correcte... Les Askiath ont toujours ont toujours su choisir avec soin.

    Sa voix était suave, quoique lente à entendre le vent sifflait au dessus de leur chevelure.
Revenir en haut Aller en bas
Tataliä Askiath

avatar

Localisation : Misengris
Messages : 21

MessageSujet: Re: Velours et soie, galons et vocalises [PV Morrigan Elkird]   Jeu 16 Jan - 22:43

Les roses et les jonquilles du jardin tendaient leur parfum vers elle dans la fraîcheur de l’air du soir et Tataliä se laissait aller à s’accouder contre le balcon, les yeux à demi fermés pour le respirer. Elle savait pertinement qu’elle aurait du retourner sans tarder dans les quartiers des esclaves, la Dame ne la rappelant quasiment jamais pour une deuxième prestation mais les pièces étouffantes des cuisines ou les baraquements sombres n’offraient pas une aussi belle vue sur les jardins. Elle commit donc l’imprudence de demeurer quelques minutes, les paupières closes et le souffle endormi, à se laisser bercer par le calme trompeur de la nuit sur les riches quartiers de Misengris, à peine retenue à la réalité par la rumeur lointaine, confuse, futile, du salon des Askiath. La nostalgie l’envahit sans prévenir, et elle se surprit à se demander en se souvenant du départ précipité du Jeune Maître si elle l’avait déjà croisé, Lui, dans les rues de la ville sans le savoir, à s’éloigner d’elle au fil d’une rue pavée… L’embryon de douleur qui aurait pu naître à cette triste pensée fut soudainement mis à mort par une voix onctueuse, indolente et mesurée qui glissa par-dessus son épaule pour lui faire un compliment qui, tout en demeurant condescendant, n’en était pas moins étonnant de la part d’un Supérieur. Car il s’agissait bel et bien d’une Supérieure, une des invitées de la soirée que Tataliä reconnut lorsqu’elle se retourne précipitamment après un sursaut craintif. Mince et fine dans une longue robe de velours corsetée de noir, le rouge sombre et moiré du tissu faisait crier la pâleur de sa peau diaphane tout autant que l’ébène de sa chevelure nouée sur sa nuque mais ce n’est pas cela qui cloua la jeune femme sur place. Le grenat de ses pupilles, luisant dans les amandes effilées de ses yeux froids et scrutateurs, répandant leur dureté sur ses traits fermés malgré la délicatesse de leur ciselure. Croiser son regard fut suffisant pour la glacer de peur bien plus encore que la perspective de s’être faite surprendre ici et elle recula d’un pas en s’inclina profondément, maudissant cette robe qui dévoilait par trop la ligne tremblante de ses épaules nues.

« C’est… c’est t-trop d’honneur, v-votre Seigneurie ! J-je… je ne fais que servir mes maîtres comme ils l’attendent de moi… »
Sa voix vacillait et elle en était mortifiée. Quelque soit la raison inimaginable pour laquelle cette noble dame lui avait concédé un compliment, Tataliä n’en était pas moins terrifiée à l’idée qu’elle ne fasse le rapport de sa présence en ses lieux aux maîtres de maison, lesquels ne manqueraient sûrement pas de la punir vertement pour la honte qu’elle aurait jetée sur eux. Cependant, elle était piégée ici. Se retirer sans qu’on ne lui en ait accordé la permission serait une injure cuisante de la part d’une simple esclave et la jeune Fille de Dieu ne parvenait pas à comprendre pourquoi on ne la congédiait pas. A vrai dire, il lui était tout aussi incompréhensible qu’une noble Supérieure de cette condition, dont elle ignorait le nom mais reconnaissait les armoiries militaires autrement plus imposantes que celles du Jeune Maître, ait daigné venir lui adresser la parole. Ça n’avait presque pas de sens. Aucun Supérieur ne songeait à s’abaisser de la sorte, la simple idée qu’il puisse être vu de ses pairs suffisant à l’en dégoûter même lorsque la nécessité l’exigeait. Que pouvait bien lui vouloir cette femme ? Tataliä n’avait en aucun cas le droit de le demander, elle n’aurait même pas du songer à lui adresser la parole la première, suprême insolence s’il en était, mais dans le tourbillon de panique et de questions qui l’assaillaient, elle ne put se retenir avant de commettre l’impair. Sans oser regarder la dame dans les yeux, elle bafouilla :

« Ma… ma présence vous importune… p-peut-être? »
Et pâlit, trembla, s’alarma plus encore en réalisant son impudence. Ce fut presque un miracle qu’elle parvint à rester digne face à la froide élégante…
Revenir en haut Aller en bas
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: Velours et soie, galons et vocalises [PV Morrigan Elkird]   

Revenir en haut Aller en bas
 
Velours et soie, galons et vocalises [PV Morrigan Elkird]
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» [RP] Galons, ours en peluche et accueil chaleureux
» [MORRIGAN]
» [Résolu] Rue de la soie
» Le Buisson des Vers à Soie
» Déco Ver à Soie

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
 :: Autour du Château-
Sauter vers: